Moscou: le Patriarche Alexis II critique vis-à-vis de Rome (020891)
Rome, 2août(APIC) "Les rapports actuels entre l’Eglise orthodoxe russe et
le Vatican sont extrêmement difficiles", déclare dans une longue interview
accordée cette semaine à l’hebdomadaire italien "Il Sabato" le Patriarche
de Moscou Alexis II, successeur du Patriarche Pimène depuis le 7 juin 1990.
Une interview dans laquelle il adopte une attitude plutôt critique envers
Rome.
Le Patriarche compare la situation actuelle avec celle qui prévalait il
y a une ou deux décennies, lorsque l’Eglise orthodoxe russe, selon lui,
sentait l’appui des catholiques dans son opposition à l’idéologie athée. Il
affirme que "notre peuple de croyants est toujours plus méfiant envers
l’Eglise catholique. Je veux être précis, ajoute-t-il, sa méfiance augmente
à chaque pas que fait le Vatican pour s’établir dans des terres traditionnellement orthodoxes, non seulement en Ukraine, mais en Russie et en Sibérie".
A ce propos, Alexis II critique la nomination, le 13 avril dernier, de
l’évêque jésuite Joseph Werth comme administrateur apostolique de Novossibirsk, en Sibérie. "Comment peut-on par exemple justifier, se demande-t-il,
la nomination d’un évêque catholique à Novossibirsk ? Là-bas, les catholiques pratiquants sont groupés dans une paroisse, deux au maximum ! Aucune
chose de ce genre n’a eu lieu par le passé". Le Patriarche souligne que la
nomination "d’évêques parallèles" est perçue dans son Eglise comme "une opposition évidente à l’orthodoxie". Pour lui, l’Eglise catholique a quitté
le chemin du dialogue amorcé par le Concile Vatican II. "Dès que la situation politique a changé et que s’est présentée pour elle l’occasion d’élargir sa présence dans les pays orthodoxes, la position du Concile a été totalement oubliée".
Pour ce qui est de la relation avec l’Eglise gréco-catholique en Ukraine
et en particulier de la restitution des églises, Alexis II observe que le
problème est de moins en moins "théologique et ecclésiastique", mais qu’il
"devient un problème de revanche politique et d’autoexcitation nationaliste". Il évoque "la haine envers ces réalités que la mentalité des idéologues du nationalisme ukrainien associe au communisme: la Russie et l’orthodoxie". Le Patriarche suggère que le problème de l’utilisation et de la
propriété des églises soit résolu de manière démocratique. "Si la majorité
de la communauté décide de passer à l’uniatisme, qu’il en soit ainsi. Mais
si la majorité sent que ses racines sont dans la tradition orthodoxe, alors
on ne peut détruire par les méthodes administratives son unité dans l’orthodoxie et avec l’orthodoxie. La communauté majoritaire doit posséder
l’église, mais elle doit aussi construire à ses propres frais une église
pour la minorité locale". Selon Alexis II, "le prosélytisme catholique actuel et les actions des uniates dans les zones de l’Ukraine orientale construisent un mur encore plus haut entre la Russie et le chritianisme occidental". (apic/jt/sjb)