L’Eglise russe est sortie de la "tutelle forcée de l’Etat"
Moscou, 8août(APIC) A l’occasion du premier anniversaire de son intronisation, le patriarche de Moscou Alexis II a accordé récemment un entretien
au quotidien soviétique IZVESTIA. Le patriarche y dresse le bilan d’un an
d’action à la tête de l’Eglise orthodoxe russe et s’exprime sur plusieurs
sujets d’actualité. Prenant notamment position dans le débat de société qui
est en cours en Union Soviétique, il se déclare favorable au passage du
pays à l’économie de marché, tout en soulignant la nécessité de tenir compte des besoins sociaux des plus démunis. Cette intervention tranche avec
les positions de certains conservateurs de tous bords qui affirmaient entre
autres que le libéralisme économique était incomptible avec "la tradition
orthodoxe" propre à la Russie.
Interrogé sur le passé, le patriarche se déclare solidaire des actes de
ses prédécesseurs. "Je dois prendre sur moi la responsabilité de tout ce
qui a eu lieu dans la vie de mon Eglise: non seulement le bien, mais aussi
les pages sombres et douloureuses", affirme-t-il. Reconnaissant que la déclaration de loyauté à l’égard des autorités soviétiques, signée par le métropolite Serge (Stragorodsky) en 1927 et interprétée comme un acte de soumission de la part de l’Eglise, a été obtenue sous la contrainte au moyen
de pressions morales terribles (la menace de fusiller plusieurs dizaines
d’évêques), le patriarche Alexis affirme que cette déclaration "très éloignée de la vérité" avait pour seul but de sauver l’Eglise.
"Je sais que beaucoup répliquent que c’est le Christ qui sauve l’Eglise
et non les hommes (...), mais (seule) l’Eglise universelle est indestructible", explique le patriarche. Il existait en Russie des forces qui désiraient supprimer l’Eglise, tout comme a pu disparaître l’Eglise de Carthage de
même que les diocèses de Cappadoce qui sont pourtant le creuset de la pensée chrétienne orientale. Aujourd’hui, affirme encore le patriarche Alexis,
l’Eglise russe est sortie de la "tutelle forcée de l’Etat", avant d’ajouter
que "la déclaration du métropolite Serge est totalement reléguée dans le
passé. (...) Nous ne nous en inspirons plus".
Le retour aux sources spirituelles est engagé
Revenant sur son expérience personnelle en tant qu’évêque à l’époque de
Khrouchtchev et de Brejnev, le patriarche reconnaît les pressions qui étaient exercées alors sur la hiérarchie par les autorités politiques, tout en
révélant qu’il a pu par ses interventions réussir à stopper en 1960 la fermeture de la cathédrale de Tallin et du couvent de Pioukhtitsa, en Estonie". "A tous ceux pour qui ces concessions, ces silences, cette passivité
forcée ou ces déclarations de loyauté ont causé des souffrances, je demande
le pardon, la compréhension et leurs prières", déclare Alexis II.
Face à l’avenir, le patriarche se déclare optimiste, car le retour aux
sources spirituelles est dès à présent engagé et l’on assiste à une véritable renaissance de tous les aspects de la vie ecclésiale. Des cours de catéchisme, des écoles paroissiales, des services d’actions sociale et médicale se mettent en place à l’initiative des diocèses, des paroisses et des
fraternités orthodoxes. L’un des principaux problèmes reste la restauration
et la reconstruction des églises, car de nombreuses techniques ont été perdues. Le financement de ces travaux est également difficile.
Le danger de l’extension des divisions intestines
Toutefois, le seul véritable danger qui peut remettre en cause ce processus est représenté par l’extension des divisions intestines. "La menace
du schisme est la chose qui me chagrine le plus aujourd’hui", explique le
patriarche qui craint l’intrusion des passions politiques dans la vie de
l’Eglise. "Il ne peut y avoir une ’Eglise libre de Russie’, ni une ’Eglise
démocrate de Russie’, ni une ’Eglise monarchiste de Russie’", répond-il à
ceux qui s’opposent aujourd’hui au patriarcat de Moscou pour des motifs
d’ordre idéologique. "Quand la société est déchirée par ses contradictions
ethniques ou politiques, l’Eglise doit être le lieu où les gens les plus
différents doivent pouvoir comprendre et vivre l’unité de leur dignité
d’enfants de Dieu, l’unité de leur foi et l’unité de l’amour de Dieu envers
nous tous", poursuit-il.
S’adressant aux partisans de l’Eglise russe hors-frontières qui, l’année
dernière, a ouvert une structure ecclésiale parallèle en Union Soviétique,
le patriarche souligne que "tant que nous vivions en Russie et eux en Amérique, ce n’était pas encore le schisme, c’était seulement une certaine
désunion, mais quand dans la même rue apparaissent deux églises et que dans
chacune d’elles le prêtre, au lieu d’annoncer la Parole de Dieu, se trouve
occupé à expliquer pourquoi il ne faut pas aller dans l’église d’à côté, là
ce sera vraiment le schisme".
"Je voudrais en outre rappeler que l’Eglise hors-frontières, dès ses débuts, a promis qu’au moment où le patriarche de Moscou retrouverait sa liberté, le synode hors-frontière soumettrait à son jugement toutes les affaires traitées durant la période de séparation forcée. Aujourd’hui, ils
posent le problème autrement: tout le clergé de l’Eglise russe doit venir
faire pénitence devant le tribunal", déclare encore à ce propos le patriarche Alexis II, avant de répéter une nouvelle fois que la solution des divisions passe par le repentir général que le jugement des actes du passé appartient à Dieu et à l’histoire. (apic/sop/sjb).