Entre le Jubilé, la mort du pape François, le conclave et les premiers pas du pape Léon XIV, la Garde suisse vit une année 2025 historique. A la veille de la prestation de serment de 27 jeunes gardes, le 4 octobre 2025, caporal Eliah Cinotti, porte-parole de la Garde suisse, revient sur cette période très dense.
Comment la Garde suisse a-t-elle vécu l’hospitalisation du pape François ?
Je dois d’abord dire que nous étions tous en prière avec lui. À la caserne, nous étions persuadés qu’il allait rentrer encore plus fort au Vatican. Cela avait été le cas lors des précédentes hospitalisations. Quand il est revenu après 38 jours passés au Gemelli, notre sentiment était toujours le même. Il était diminué, certes, mais il était lucide, avenant, réservant toujours ses bonnes paroles à certains gardes. Nous imaginions pour lui quelques semaines de convalescence suivies d’un retour à 200%. D’ailleurs, sa présence le dimanche de Pâques place Saint-Pierre allait en ce sens. Mais il est mort le lendemain matin. Partir un lundi de Pâques après avoir salué son peuple… Quelle image magnifique !
Pour vous, ce fut le branle-bas de combat ?
Pour ma part, j’étais en permission à Assise quand j’ai appris la mort du pape. Je n’y ai pas cru. Puis le rappel à Rome a été immédiat. Nous avions une mission : accompagner le Saint-Père jusqu’à sa dernière demeure. Je n’ai jamais vu la Garde suisse aussi concentrée et volontaire que durant ces jours historiques. Les services se sont enchaînés à tel point que, pour moi comme pour beaucoup d’autres gardes, le deuil de notre pape s’est fait plus tard, au cours de l’été. Le pape François était pour certains comme un grand-père, une figure de référence. Il a par ailleurs marqué la Garde suisse en faisant passer l’effectif de 110 à 135, en permettant aux gardes de se marier après cinq ans de service, ou bien en faisant monter en puissance la Garde lors des voyages apostoliques.
La Garde se préparait-elle à un tel événement ?
Pas particulièrement. En réalité, tout est enregistré dans un protocole que nous avions dans les archives de 2005. Nous avons suivi à la lettre la procédure. Les choses étaient bien huilées car le savoir-faire du quotidien permet de répondre à une telle mobilisation. Les gestes, les attitudes et les pas ne changent pas. Sans doute que le rythme fut un peu plus lent lorsque l’on a accompagné le cercueil.
Après la mort du pape François, le siège de Pierre était vacant. Votre mission était alors de protéger les cardinaux ?
C’est l’une de nos missions. Avant le conclave, les cardinaux restent libres de leurs mouvements. Ils peuvent dormir à l’extérieur du Vatican. Mais la veille du conclave, ils arrivent à la résidence Sainte-Marthe. Nous veillons sur eux comme sur un pape. Ce n’est pas le plus compliqué car ils sont cloîtrés, ne sont pas en contact avec le monde extérieur, et cela ne dure pas très longtemps. Notre mission est de ne pas les perturber, de maintenir une atmosphère coupée du monde et en connexion avec l’Esprit saint.
Pour le conclave, le commandant de la Garde et le major prêtent serment. Le commandant est posté devant la porte de la chapelle Sixtine. Quand l’élection est terminée, il est le premier militaire à saluer le nouveau pape et il l’accompagne jusqu’au balcon des bénédictions.
Pouvez-vous décrire l’ambiance de la caserne au moment de la fumée blanche ?
Ce fut un moment d’une très grande excitation. Mais c’est peut-être la première fois que j’ai vu la Garde être prête en trois minutes. Je faisais partie du piquet placé sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, sous la Loggia d’où allait apparaître le nouveau pape . Quand j’ai entendu la formule de l’habemus papam, j’ai bien cru perdre l’ouïe tellement la foule a hurlé de joie. Puis le nom a été proclamé. Évidemment, il n’est pas possible de commenter la nouvelle avec son voisin. De même, impossible de lever la tête pour découvrir le nouveau pape à la Loggia. En fait, nous avons été parmi les derniers à voir de nos yeux le cardinal Prévost dans ses habits de Léon XIV.
Comment la Garde a-t-elle vécu l’arrivée de Léon XIV ?
C’est quelque chose de palpitant puisque tout est nouveau. Nous avons de la chance puisque le cardinal Prévost nous connaissait bien. Il était notamment venu visionner un film sur la Garde suisse et avait aussi assisté aux deux dernières cérémonies d’assermentation. Il sait ce qu’est notre mission.
Dans les premiers jours, Léon XIV a dû s’habituer au métier de pape. Nous voyons à présent qu’il aime beaucoup le contact humain. Il n’hésite pas à passer du temps avec la foule avant et surtout après les audiences générales. Il est très serein et c’est très précieux pour un service de sécurité. Notre mission est de faire en sorte qu’il le reste. Cela exige une vigilance de chaque instant.
Bénéficie-t-il de plus de protection ?
Le pape est toujours une personne très exposée. Léon XIV a été élu à 69 ans. Il avait donc 19 ans de moins que le pape François au moment de sa mort. Nous nous adaptons à cette jeunesse et cette plus grande mobilité.
Mais je dois dire que nous faisons face à une nouvelle problématique : les jets d’objet au moment des grandes manifestations place Saint-Pierre. Le pape a un jour rattrapé une balle de tennis en vol et, depuis, une mode s’est enclenchée, avec des jets de peluches, de drapeaux… C’est une vraie difficulté pour les services de sécurité. Par ailleurs, beaucoup de parents nous tendent leurs enfants pour que le pape les bénisse. Comme nous sommes à l’ère du digital, ils sortent immédiatement leur téléphone pour filmer la scène si bien que, quand nous nous retournons pour rendre l’enfant, nous ne savons plus à qui appartient l’enfant…
Vous avez dû aussi vous déployer au Palais du Saint-Office où loge le pape et puis à Castel Gandolfo…
Nous avons effectivement quitté la résidence Sainte-Marthe où vivait le pape François pour assurer la sécurité du Palais du Saint-Office. Pour Castel Gandolfo, c’est une redécouverte puisque le pape François n’y a jamais dormi en douze ans de pontificat. Le savoir-faire s’était presque perdu. Très rapidement, la Garde s’est adaptée pour sécuriser la villa Barberini, résidence pontificale que le pape fréquente presque chaque mardi. (cath/imedia/cv/mp)
Un nouvel uniforme de représentation
Les cadres de la Garde suisse disposent désormais d’un nouvel uniforme, officiellement présenté le 2 octobre 2025. Cette tenue « de représentation », qui sera une alternative au célèbre uniforme dea gala à bandes bleues et jaunes sur fond rouge, est inspiré d’un uniforme abandonné après le Concile Vatican II.
La nouvelle tenue, dite « de mezza gala », comporte un képi liseré d’or, une veste de laine sombre assortie de deux rangées de boutons dorées sur le torse, d’un col officier brodé et des galons étoilés, enserrée par une ceinture à rayures blanches et jaunes – les couleurs du Vatican – sur un pantalon noir.
Cet uniforme intermédiaire vient s’ajouter aux deux autres uniformes officiels de la Garde suisse, se positionnant entre la tenue « petite » et l’uniforme de gala. La « piccola », aussi appelée uniforme d’exercice, est un vêtement uni bleu avec des manches et un col blancs, qui se porte lors de l’instruction, pendant le service de nuit et devant la Porte Sainte-Anne, un des principaux points d’entrée du Vatican. La tenue de gala, inventée au début du XXe siècle mais inspirée des vêtements de la Renaissance, est composé d’un pourpoint et d’un pantalon rouge et de bandelettes bleues et jaunes, ainsi que de gants blancs et d’un béret. Ce dernier est remplacé, pour les très grandes occasions, par un casque à plume rouge, assorti d’une cuirasse du XVIIe siècle.
L’uniforme de représentation est très largement inspiré par une précédente tenue portée par la garde à partir du début du XIXe siècle, notamment dans leur mission d’antichambre. Il est marqué par une nette influence française – notamment le képi qui s’est imposé, préféré à divers couvre-chefs autrefois utilisés, notamment le bicorne ou le casque à pointe. Cette tenue intermédiaire avait finalement été abandonnée en 1976 faute d’être employée après la suppression des corps militaires de la Garde palatine et de la Garde noble par Paul VI en 1970 et la fin de leur mission d’antichambre, dans le sillage des réformes du Concile Vatican II.
Une tenue pour les cocktails
Le commandant de la Garde suisse, Christoph Graf, a expliqué que le besoin d’un uniforme plus fonctionnel s’était fait sentir ces derniers temps, l’uniforme de gala étant inadapté et trop délicat pour des occasions officielles telles qu’un cocktail ou un dîner dans une ambassade.
L’uniforme de mezza gala ne sera porté que par les officiers et sous-officiers de la Garde – qui représentent 40% des effectifs de la petite armée, soit plus d’une cinquantaine de personnes. Financé intégralement par un mécène, il coûte environ 2.000 euros pièce – voire plus pour les uniformes des hauts gradés – et est fabriqué par un tailleur de Rothenthurm, dans le canton de Schwytz. (cath.ch/imedia/cd/mp)