Oulan Bator, 22octobre(APIC) Sous la pression populaire, le gouvernement
de Mongolie avait promis en mars 1990 de rouvrir au culte deux monastères
devenus musées d’Etat. Il semble que les autorités soient disposées à tenir
leurs engagements, puisque au mois d’avril dernier, le plus ancien des monastères mongols, celui d’Erdene-dzun, était rendu au culte dans l’ancienne
cité impériale de Karakorum. On peut s’attendre à voir prochainement celui
de Choijin - autour duquel avait eu lieu la manifestation préludant au
changement d’orientation de la politique religieuse - réaménagé pour accueillir à nouveau des moines.
"Maintenant tous les moines ont quitté le parti communiste", a déclaré
un ancien lama qui a pu, à 79 ans, réintégrer son monastère après 60 ans
d’interruption. A partir de 1944, une seule lamaserie avait été autorisée à
fonctionner pour l’ensemble du pays: celle de Gandan, à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, qui abrite 160 religieux. Ceux-ci mettent maintenant
leur espoir dans des groupements démocratiques tout récents qui défendent
la liberté de religion.
Avant la révolution, le pays comptait plus de 800 lamaseries, alors peuplées de plus de 100’000 moines. Beaucoup d’entre eux furent exécutés ou
forcés d’abjurer lors de l’avènement du régime marxiste, déterminé à "libérer les masses de tout préjugé d’ordre religieux". Il est vrai que le lamaïsme, depuis son introduction dans le pays, 400 ans auparavant, représentait - ne fût-ce que par l’importance de son clergé - une puissance politique et sociale avec laquelle il fallait compter.
Un renouveau religieux modeste, mais significatif
Le nouveau climat politique envers la religion se manifeste d’une manière encore très modeste, mais renaît cependant lentement après des années de
persécution. Un fait nouveau symbolique: à Moron, chef-lieu de la province
septentrionale de Khovsgol, vient de s’établir une nouvelle lamaserie. Autrefois il y en avait une vingtaine, avec quelques milliers de moines. Extérieurement, rien ne distingue ce petit centre religieux perdu dans cette
ville de 20’000 habitants; rien sinon une bandelette de tissu rose flottant
sur le toit d’une yourte en tout semblable à ses voisines. Ils ne sont encore que quelques moines: le plus âgé atteint 84 ans et le plus jeune a 19
ans. Ils mènent une vie commmunautaire dont ils s’efforcent de retrouver
les formes anciennes et la population les aide de ses aumônes dans la mesure de ses moyens.
"Les gens n’ont plus peur maintenant de se dire bouddhistes, mais ils
ont perdu l’habitude de venir aux offices et la plupart ont oublié leurs
prières ou n’ont jamais eu l’occasion de les apprendre", constate un des
membres de la communauté. "Il faudra encore bien longtemps avant que le
bouddhisme ne retrouve ici son efflorescence d’antan", affirme-t-il tout en
déplorant qu’aucune relation n’ait pu encore être rétablie avec les instances religieuses bouddhiques des autres pays. (apic/eda/ ba)