Mongolie: le renouveau bouddhiste inquiète la Chine (260492)
Oulan-Bator/Paris 26avril(APIC) Le renouveau du bouddhisme en Mongolie
est spectaculaire. 70 ans de régime stalinien avait réduit le bouddhisme
mongol à quelques temples et une poignée de moines. Il renaît aujourd’hui
plus vivace que jamais. C’est ce que rapporte l’agence Eglises d’Asie. Les
autorités de la Chine craignent que cette "pollution spirituelle" ne parvienne jusqu à la Mongolie intérieure chinoise et que le gouvernement d’Oulan Bator ne soit entrainé à soutenir la cause de l’indépendance tibétaine.
Kushok Bakula, ambassadeur de l’Inde dans ce pays, reçoit, le samedi, en
sa qualité de "bouddha vivant", 20e incarnation du sage bouddhiste Bakula
Arhat, beaucoup plus de visiteurs qu’il n’en accueille en semaine lorsqu’il
exerce ses fonctions de diplomate. Les fidèles viennent à lui de tout le
pays pour recevoir sa bénédiction et ses conseils sur des sujets variés allant de la médecine homéopathique à la construction de temples ou de monastères.
Traditionnellement le bouddhisme de la Mongolie est lié à celui du Tibet
et au Dalaï Lama. En septembre 1991, 700’000 personnes se sont rassemblées
à Oulan Bator pour vénérer le Dalaï Lama lors de sa visite. Pékin avait
alors élevé une vive protestataion, d’autant plus que le président chinois,
Yang Shangkun avait cru obtenir dans la capitale mongole, un mois auparavant, l’assurance que la visite du Dalaï Lama serait annulée. Les autorités
chinoise craignent une contagion du phénomène dans la Mongolie intérieure
chinoise. Elles redoutent aussi que le gouvernment d’Oulan Bator ne soutienne la cause de l’indépendance tibétaine.
Selon des observateurs, les inquiétudes de Pékin sont injustifiées. Le
fait que les bouddhistes mongols considèrent le Dalaï Lama comme leur chef
spirituel ne veut pas dire qu’ils soutiendront forcément la cause de l’indépendance tibétaine. En outre les lamas d’Oulan Bator ne considèrent pas
automatiquement Pékin comme un ennemi de la religion. Enfin l’infiltration
religieuse entre la Mongolie et la Chine peut se faire dans les deux sens.
Quelques lamas qui s’intéressent à la Mongolie intérieure sous domination chinoise, estiment en effet qu’il ont beaucoup à apprendre des établissements religieux de cette région qui ont gardé des traditions aujourd’hui disparues en Mongolie, plus particulièrement dans le domaine de
la discipline monastique.
La 9e réincarnation de Jebtsundamba Khutuktu, chef de la hiérarchie
bouddhiste dans la Mongolie d’avant le stalinisme, a été officiellement reconnue par le Dalaï Lama en la personne d’un Tibétain agé d’une soixantaine
d’années vivant en Inde. Pour l’instant, celui-ci ne semble pas pressé de
venir à Oulan Bator, ce qui semble arranger les autorités mongoles et surtout chinoises.
En janvier 1992, une loi prévoyant d’instaurer le bouddhisme comme
religion d’Etat à échoué de justesse devant le parlement mongol.
Par ailleurs, le Vatican et la Mongolie ont renoué des relations
diplomatiques le 4 avril et 3 missionnaires scheutistes se sont établis
dans la capitale récemment. (apic/eda/mp)