La crise provoquée par la pandémie du coronavirus interpelle les Eglises dans le monde entier. Pour Martin Brunner-Artho, directeur de Missio Suisse à Fribourg, la coopération, la solidarité et l'aide d'urgence sont une expression de la communion ecclésiale mondiale.
Le pape François a annoncé le 6 avril 2020 la création d'un fonds de 750'000 dollars pour l'aide d'urgence aux projets de l'Eglise en Afrique, Asie, Océanie et Amérique latine. Le pontife argentin a également demandé aux Œuvres pontificales missionnaires européennes, dont fait partie Missio Suisse, d'y apporter leur contribution. Missio Suisse, par exemple, est impliqué en Guinée-Conakry - et pas seulement financièrement.
Le fonds lancé par le pape François permettra d’aider les personnes et les communautés particulièrement touchées par la propagation du Covid-19 dans les pays du Sud, par le biais des structures et des institutions de l'Eglise.
Pour l'éducation et la santé, souvent il n'y a que l'Eglise
Dans de nombreuses régions du monde, l’Eglise catholique est la seule organisation qui offre des soins et une scolarisation, surtout en zone rurale. Rien qu’en Afrique, plus de 74'000 religieuses et 46'000 prêtres gèrent 7'274 hôpitaux et dispensaires, et 2'346 maisons de retraite et de soins. Plus de 19 millions d'enfants sont scolarisés dans 45'088 écoles primaires.
Les personnes qui dépendent de ces institutions ou qui y travaillent sont particulièrement touchées par la crise actuelle. Le fonds d’urgence Covid-19 permettra d’atteindre quelque 1'100 diocèses situés en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amazonie.
Achat de produits désinfectants
Missio Suisse n’a pas attendu l’appel du pape pour venir en aide à l’un de ces diocèses en difficulté. Ainsi, dans le diocèse de N'Zérékoré, dans la région du sud-est de la Guinée Conakry, un soutien financier extraordinaire a permis d'acheter, par exemple, des réservoirs d’eau et de l’eau de javel pour la désinfection des installations et des surfaces sanitaires.
"Nous sommes vraiment inquiets parce que nous n'avons pas les structures de santé nécessaires. Priez pour nous", a communiqué à Missio Suisse le Père Jean-Marie Guemou, vicaire général de N'Zérékoré et responsable des écoles du diocèse. Si le virus n'a pas encore atteint son diocèse, l'abbé Guemou reste vigilant. Le nouveau virus inquiète particulièrement les Guinéens qui gardent en mémoire l’épidémie d’Ebola de 2014-2016.
Le Covid-19 a d'abord touché une dizaine de personnes. Mais les cas se sont rapidement multipliés pour compter plus d'une centaine de personnes détectées actuellement. Or la structure hospitalière du pays ne permet pas une prise en charge adéquate en cas de pandémie.
Se soutenir en tant que communauté
"L'aide que nous leur apportons maintenant est un signe fort de solidarité mondiale. Nous aidons l’Eglise à aider", explique Martin Brunner-Artho. D’autres pays touchés ont également besoin d’une aide. "Il est important, surtout en ces temps extraordinaires, que nous nous soutenions mutuellement en tant que communauté", déclare le directeur de Missio Suisse. L’action commencée à N’Zérékoré doit être urgemment élargie à d’autres diocèses. Missio Suisse va donc collecter les dons destinés au fonds d’urgence Covid-19 et les transmettre aux Œuvres pontificales missionnaires.
Dans les diocèses de Guinée-Conakry, les communautés locales tirent leurs revenus des seules collectes. Si maintenant, en raison de mesures restrictives, les services religieux sont interrompus, les paroisses ne peuvent plus exercer leurs fonctions et assumer notamment les nombreux projets sociaux qu'elles ont mis sur pied.
Situation préoccupante en Guinée-Conakry
La situation en Guinée-Conakry est "très préoccupante tant du point de vue sanitaire que social". Chiara Gerosa, collaboratrice de Missio Suisse, a visité ses partenaires du diocèse de N'Zérékoré, en novembre 2019 pour préparer la campagne du Mois de la Mission universelle en octobre 2020. Depuis sa visite, le pays a été marqué par les violences politiques et les premiers cas de coronavirus. (cath.ch/missio/be)