"Le théologien brésilien n’est pas réduit au silence"
Rome, 12avril(APIC) Le franciscain Leonardo Boff, théologien brésilien de
la libération, mondialement connu pour ses livres traduits en de nombreuses
langues, mais aussi pour ses démélés théologiques avec la Congrégation romaine de la Doctrine de la foi, n’est actuellement soumis à aucune mesure
de silence. Il jouit seulement d’une période sabbatique qu’il a lui-même
désirée. Ceux qui le poursuivent et exercent sur lui des pressions pour
l’exploiter lui rendent un mauvais service. C’est en substance le message
que vient d’adresser aux provinciaux d’Amérique latine, le Père Hermann
Schalück, le ministre général de l’Ordre des Frères Mineurs.
Depuis son élection à la tête de l’ordre franciscain, en juin 1991, le
Père Schalück a eu l’occasion de rencontrer Leonardo Boff à plusieurs reprises. Ils se connaissent du temps où ils ont étudié ensemble à l’Université et la Fraternité franciscaine de Munich. Le 19 janvier dernier encore,
le ministre général a rencontré le théologien brésilien à Sao Paulo. "Nous
avons conversé, comme toujours, dans l’esprit de notre Frère François et de
notre règle, partageant dans la confiance nos préoccupations", écrit-il
dans sa lettre.
Le Père Schalück est harcelé par des interpellations de frères bien intentionnés, mais mal informés. "Lors de mes visites aux frères, surtout
dans votre continent, écrit-il, je suis constamment sollicité à répondre à
des questions concernant Leonardo et à tirer au clair tant d’informations
exagérées, voire fausses, résultant de publications souvent tendancieuses
et mal informées. On a également publié ces derniers mois à propos de la
situation actuelle de Leonardo, surtout dans le monde hispanophone, et jusque dans différents bulletins de notre Ordre, des nouvelles incorrectes qui
pourraient lui faire du tort et jeter le doute chez de nombreux frères".
Le ministre général des franciscains a donc tenu à mettre les points sur
les "i", "par amour de la vérité et en se faisant l’interprète des sentiments de Leonardo", précise-t-il.
Première mise au point: "Il n’y a actuellement de la part de notre Ordre
et de la Curie romaine ni "mesures, ni censures destinées à lui imposer le
silence". Lui-même n’est pas, comme l’affirment de façon stéréotypée certaines publications, condamné au silence. Il n’est pas vrai non plus d’affirmer "qu’il renonce à sa mission de théologien et à sa vocation franciscaine". Au contraire, il continue et entend continuer à assumer sa vocation
dans l’Eglise".
Pour le Père Schalück, Leonardo doit prendre connaissance qu’il est parfois manipulé. Aussi l’a-t-il mis en garde contre ses faux amis. D’où cette
deuxième mise au point: "Leonardo jouit actuellement, depuis le 1er juillet
1991, d’une période sabbatique qu’il a lui-même sollicitée de son ministre
provincial, dont l’objet est de repenser et de développer sa théologie sans
perdre son temps dans des débats publics et des polémiques stériles. Mais
je le répète, il n’a pas été "réduit au silence". Il demande seulement la
paix et m’a demandé de l’aider à en jouir. Ceux qui le "poursuivent", exercent sur lui des pressions et "l’exploitent" sont certains représentants de
l’opinion publique à la recherche de sensationnel. Pour ma part, je lui ai
demandé avec insistance, comme frère et comme ministre, de respecter avec
cohérence ce besoin vital de paix intérieure et extérieure, comme je lui ai
prodigué quelques conseils d’ordre pratique, spécialement pour ce qui regarde ses contacts avec les moyens de communication sociale. Leornardo luimême est conscient de sa grande responsabilité à cet égard":
La lettre dénonce une autre manipulation: "Certaines interprétations erronées sont dues à la publication non autorisée et, de ce fait, immorale et
manipulatrice, d’une ancienne lettre que Leonardo m’a adressée à titre privé avant le Chapitre Général, soit avant que j’assume ma charge actuelle.
Leonardo lui-même a déploré cette publication".
Enfin, ultime mise au point du Père Hermann Schalück: "Je dois répéter
que, comme Ordre des Frères mineurs, nous voulons cheminer toujours en
communion avec l’Eglise et avec les pauvres. Nous continuerons à soutenir
de façon spéciale, avec "tendresse et vigueur", tous nos frères qui assument une mission particulière et vraiment importante, quoique difficile et
compromettante, sur le chemin que nous devons tous faire ensemble". (apiccip/ba)