Namur, 13mai(APIC/CIP) C’est une approche historique du Baptême de la
Russie que le professeur Wladimir Yagello, éminent spécialiste de la langue
et de l’histoire russes et professeur agrégé au Lycée Marie de Champagne à
Troyes, a proposée lors d’une conférence, à Namur au début du mois de mai.
Wladimir Yagello a montré combien la célébration du Millénaire était attendue par les orthodoxes russes, y compris en Union Soviétique, ou les
chrétiens s’y préparent depuis plus de vingt ans.
La conversion du Prince Vladimir de Kiev et de son peuple symbolisent et
synthétisent à la fois "la civilisation essentiellement chrétienne" d’un
pays qui était une sorte de "trait d’union entre l’Orient et l’Occident", a
souligné le professeur Yagello. Païen converti et pécheur repenti, celui
qui allait être vénéré plus tard comme Saint Vladimir fut, en effet, le
premier des princes de cette nouvelle chrétienté ou "l’équilibre entre la
foi et l’Etat (et non entre l’Eglise et l’Etat) souhaité au VIe siècle par
Justinien" pourra, un certain temps du moins, se réaliser.
L’architecture, la peinture, la littérature russes, et l’art russe en
général, a relevé Wladimir Yagello, sont imprégnés d’une même conception de
la sainteté : non celle du "juste" a priori, mais celle de quelqu’un qui se
sait sanctifié par le rachat et le pardon de Dieu. On ne saurait oublier, à
cet égard, les personnages de Dostoïevski et leurs poignants états d’âme.
Que l’Eglise orthodoxe russe ait été présente à toutes les grandes heures de l’histoire de la nation est une évidence. D’Alexandre Nevski à Boris
Godounov, et jusqu’à des temps très récents, son intervention a permis de
sortir le pays "des ornières ou il s’était parfois enfoncé", comme sous le
joug tataro-mongol. Et Wladimir Yagello de rappeler que, durant la seconde
guerre mondiale, c’est le métropolite Serge qui, avant les communistes, a
lancé l’appel à la résistance face aux Allemands. Ce qui a valu, à l’époque, un relatif répit à l’Eglise russe.
Le Millénaire et la perestroïka
Et aujourd’hui ? "A l’heure ou Gorbatchev parle de transparence et de
restructuration, la catéchèse est toujours intedite, les rapports pastoraux
sont inconcevables, les livres religieux réduits à la clandestinité, a fait
remarqué le professeur Yagello. Les Eglises n’ont pas de statut juridique
et toutes les confessions dépendent de l’Administration des Cultes".
La célébration du Millénaire, selon Wladimir Yagello qui se rend
fréquemment en URSS, semble redoutée par les autorités soviétiques : celles-ci sont conscientes de l’inanité de leurs interdits sur une foi
viscéralement ancrée dans l’histoire russe. Mais il semble qu’il y ait un
hiatus au sein même du gouvernement : "Le Ministère de l’Intérieur, a fait
observé le professeur Yagello, souhaiterait qu’il n’y ait aucune célébration. Le ministère des Affaires étrangères, soucieux d’une image d’ouverture vis-à-vis de l’Occident, souhaite le contraire".
Des festivités sont donc prévues à Moscou, mais, curieusement, rien à
Kiev, en Ukraine, ou tout a commencé. En outre, les autorités soviétiques
elles-mêmes ont demandé à l’UNESCO d’organiser des célébrations de ce
Millénaire.
Bien des orthodoxes émigrés en Occident sont sceptiques : ils pensent
que le peuple russe ne pourra pas véritablement fêter ce Millénaire selon
son voeu. D’ou la conclusion du professeur Wladimir Yagello : "Nous
croirons à la restructuration et à la transparence lorsque le gouvernement
aura fait droit aux demandes qui ont été formulées par les orthodoxes
russes et pour l’ensemble des confessions". (apic/cip/bd)