"Tout ce que j’ai fait dans mon diocèse, je le dois d’abord aux femmes"
Bruxelles, 13février(APIC/CIP) Il est né aux Pays-Bas en 1931. A l’âge de
17 ans, il part au Brésil et entre chez les religieux carmes. En 1980, il
devient le premier évêque du nouveau diocèse d’Itaguai, à 200 km au sud de
Rio de Janeiro, le long de la côte atlantique. Mgr Vital Wilderink se trouve actuellement en Belgique, à l’occasion de la campagne de carême.
"Quand j’ai été nommé à Itaguai, raconte Mgr Wilderink, j’ai commencé
avec dix prêtres. Et j’ai dû faire appel à des religieuses de l’extérieur
qui sont venues vivre au milieu des gens. Au fond, tout ce que j’ai pu faire dans mon diocèse depuis huit ans, je le dois d’abord aux femmes".
Pour l’organisation du diocèse, l’évêque s’est entouré d’une équipe de
cinq personnes: trois prêtres, une religieuse et une laïque. Chaque personne a la responsabilité d’une dimension particulière de la paroisse:
l’unité, l’ouverture biblique, la liturgie, l’engagement prophétique qui se
réalise aux côtés des ouvriers, des femmes, des paysans sans terre, des
pêcheurs, des malades... Aujourd’hui, déclare l’évêque, je n’ai que 18
prêtres, de neuf nationalités, mais je peux compter sur une trentaine de
religieuses. "J’ai voulu que mes prêtres se sentent responsables de tout le
diocèse, confie-t-il, en ajoutant que les responsables laïcs partagent cet
esprit".
Chez nous, précise l’évêque d’Itaguai, on ne sépare pas la religion de
l’action socio-politique. Par exemple, lorsque des familles vont protester
devant la préfecture contre le manque d’eau et d’électricité, elles récitent aussi le Notre Père. Car on ne peut sauver les familles, qui sont au
centre de la Création, sans changer les structures politiques, économiques,
sociales et culturelles. Or, poursuit-t-il, le capitalisme a pris des formes violentes: il est un facteur de désagrégation des familles".
Le poids de la dette
La dette extérieure du Brésil s’élève aujourd’hui à 120 milliards de
dollars. Le pays emprunte pour rembourser les intérêts. Mais cela ne suffit
pas. "Donc, explique Mgr Wilderink, on prend l’argent ailleurs: on comprime
les salaires, on réduit les budgets nationaux pour la santé, l’éducation ou
le logement. C’est l’effet boule de neige: les pauvres deviennent toujours
plus pauvres, et les paysans continuent à venir gonfler la ceinture de
misère autour des villes". Les hommes ne trouvent plus de travail, les femmes se proposent pour quelque emploi modestement rétribué "quitte à laisser
les enfants en bas âge attachés à un meuble de la maison jusqu’au soir, ou
à abandonner les autres à la rue et à la délinquance. S’il n’y avait pas la
dette, à coup sûr, il y aurait moins de violence, moins de familles
désagrégées".
Un exemple parmi tant d’autres de l’exploitation des enfants et des
pauvres: dans le diocèse, raconte l’évêque d’Itaguay, nombre de femmes et
d’enfants fabriquent des pétards pour l’exportation. Du travail au noir,
dangereux et mal payé puisque pour cent pétards, les femmes touchaient un
dollard il y a 15 ans. Ceux et celles qui les fabriquent aujourd’hui touchent 400 fois moins pour la même quantité. Et ceux qui exploitent cette
main d’oeuvre ont tout prévu: même les pharmacies "spécialisées" dispensent
d’aller chez le médecin en cas d’accident, de brûlure, etc.
Avec les pauvres...
Comment l’Eglise atteint-elle les familles pauvres? "D’abord par les
communautés ecclésiales de base, répond Mgr Wilderink; pour l’instant, elles touchent en particulier les régions rurales déshéritées et la
périphérie des villes, là ou vivent les plus pauvres. Les Clubs de mères
sont aussi très importants pour permettre aux femmes, souvent brimées, de
réfléchir à leur vie, à leurs difficultés et à leurs rôles de femmes dans
la société".
La pastorale de la santé joue également un rôle non négligeable, relèvet-il encore: "Le grave problème de la déshydratation des enfants a été
l’occasion, par exemple, de mener une campagne auprès des mères pour les
aider à sauver leurs enfants par une simple solution salée-sucrée et à
prendre mieux en charge d’autres problèmes. Mais une conscientisation continue est indispensable", souligne-t-il.
En fait, conclut Mgr Wilderink, l’Eglise du Brésil essaie de relever un
double défi: il faut que les chrétiens plongent dans les réalités sociales,
économiques et politiques; mais il faut en même temps une nouvelle spiritualité. "C’est ce qu’essaient de vivre justement les communautés ecclésiales de base. Avec le risque, dit-il, que les chrétiens soient tellement
plongés dans les réalités politiques qu’ils en oublient de revenir à la
source: leur communauté qui les questionne. (apic/cip/pr)