Mgr Philarète (URSS) : pas question d’accepter les uniates (200488)
Rome, 20avril(APIC/CIP) Il est hors de question pour l’Eglise orthodoxe
russe d’accepter le principe d’une Eglise uniate : c’est ce que rappelle le
métropolite Philarète de Minsk, responsable du Département des relations
extérieures du Patriarcat de Moscou, dans une interview accordée à
"L’avvenire".
Le jour même de la publication du message adressé par le pape Jean Paul
II aux catholiques ukrainiens (uniates) à l’occasion du millénaire du
baptême de la "Rus’ de Kiev", dans une interview accordée au quotidien
catholique italien "L’avvenire", le responsable orthodoxe russe rappelle
que "l’Orient n’a jamais accepté les uniates".
Le métropolite commence par évoquer ce jubilé, en déclarant : "le millénaire du baptême de la Russie est une fête pour tous les chrétiens vivant
en Union soviétique. Et nous constatons avec reconnaissance que ce n’est
pas seulement notre fête, mais celle de toute la grande famille chrétienne,
comme l’a rappelé Jean Paul II dans sa récente lettre apostolique consacrée
à ce millénaire". L’Eglise orthodoxe russe, précise-t-il, a invité aux célébrations du millénaire les représentants de toute les Eglises, notamment
de l’Eglise catholique romaine.
Le dialogue avec l’Eglise catholique romaine avance
Interrogé sur l’avancement du dialogue entre l’Eglise catholique et
l’orthodoxie, le métropolite de Minsk rappelle que celui-ci a été inauguré
il y a 25 ans, quand quelques représentants des Eglises orthodoxes furent
invités au Concile Vatican II en qualité d’observateurs. "Nous avons eu par
la suite des rencontres périodiques sur des thèmes ayant valeur universelle
et ne présentant pas de difficultés particulières pour un travail commun,
précise-t-il. Il s’agit de thèmes comme la paix, la justice, le
tiers-monde. D’autres rencontres ont eu lieu sur des thèmes plus
strictement religieux. Quant aux contacts entre le Patriarcat de Moscou et
l’Eglise catholique romaine, nous avons eu six colloques, dont le dernier
s’est tenu à Venise en octobre dernier."
Jean Paul II vu de Moscou
Certains prétendent que le Patriarcat de Moscou manifeste une attitude
critique à l’égard du pape actuel. Le métropolite répond : "La séparation
des Eglises d’Orient et d’Occident, qui s’est produite en 1054, n’a pas été
une bonne chose. Nous savons qu’elle est due à plusieurs causes de
différente nature : des facteurs psychologiques, des problèmes administratifs de systématisation du siège apostolique, des questions théologiques.
Un dialogue est actuellement en cours sur ces questions, et nous entretenons d’excellents rapports avec le Secrétariat pour l’unité des
chrétiens.’’
"Le problème, dit-il, est constitué par le principe de l’Eglise uniate.
L’Union de Brest de 1596 était une tentative de réformer l’Eglise sur des
bases autoritaires. Il s’agissait là d’une solution politique imposée par
le feu et par l’épée. L’Orient n’a jamais accepté les uniates. Aujourd’hui,
je pense que nous devons affronter très sérieusement ce problème, en
renonçant une fois pour toutes au principe uniate."
L’Eglise uniate : un camouflage pour les indépendantistes ukrainiens ?
Le journaliste de "L’avvenire" observant que l’Eglise catholique de rite
oriental n’en existe pas moins et que le pape ne peut l’abandonner, le
métropolite poursuit : "Jean Paul II apporte son soutien aux uniates. Je
comprend sa position d’un point de vue pastoral. De fait, l’Eglise uniate
existe dans de nombreux pays ayant accueilli des Ukrainiens immigrés. C’est
un aspect de la question que nous ne sous-estimons pas. Mais il y a un
autre aspect, à savoir notre attitude de principe. Les uniates sont une
couverture d’intérêts nationalistes en Ukraine, et cela n’a rien à voir
avec la théologie et avec l’Eglise. Leur objectif n’est autre que l’indépendance de l’Ukraine (...) et nous ne pouvons accepter cela."
Cela signifie-t-il que le pape, en soutenant les uniates, encourage
cette aspiration à l’indépendance des nationalistes ukrainiens? "Je n’ai
pas dit cela, précise le métropolite. (...) j’ignore quelle est l’opinion
de Jean Paul II sur cette question." "Quant à résumer la question uniate à
un problème de liberté religieuse en Union soviétique, Mgr Philarète n’est
pas d’accord. Il y a en Ukraine des centaines d’églises catholiques de rite
latin, qui jouissent d’une grande liberté, dit-il, et rien n’empêche les
catholiques fidèles à Rome de fréquenter ces églises.
Jean Paul II à Moscou ? "Pas encore mûr"
Interrogé enfin sur l’éventualité d’une visite de Jean Paul II à Moscou,
pour y rencontrer le patriarche de l’Eglise orthodoxe, Mgr Philarète estime
que "le temps n’est pas encore mûr pour une rencontre aussi importante.
Chaque sommet doit être préparé et avoir des résultats positifs, dit-il.
Nous espérons donc que l’on pourra arriver à ce stade dans un avenir
proche. L’Eglise orthodoxe russe est très reconnaissante pour l’attention
accordée à son jubilé par toutes les Eglises chrétiennes. Et la célébration
du millénaire de notre baptême contribuera sans aucun doute à l’unification
de tous les chrétiens dans l’unique grande Eglise du Christ.’’ (apic/jt/be)