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    seraient efficaces pour un changement en Afrique du Sud

    Mgr Napier : si l’Occident était sérieux, ses sanctions

    Bruxelles, 10novembre(APIC/CIP) De passage à Bruxelles, Mgr Wilfred Fox

    Napier, évêque de Kokstad et président de la Conférence épiscopale d’Afrique australe, était l’invité, le 9 novembre, du Foyer catholique européen

    et de l’Association oecuménique européenne pour Eglise et société. Mgr Napier a donné une conférence sur l’Eglise et la politique en Afrique du Sud,

    répétant le choix de l’épiscopat pour la non-violence, tout en interpellant

    les Européens sur le sérieux de leurs "sanctions économiques" à l’encontre

    du régime de l’apartheid.

    Eglise et politique : ce rapprochement est souvent dénoncé par "la

    propagande du régime sud-africain", reconnaît Mgr Napier. Mais le règne de

    Dieu concerne bel et bien la transformation du monde, ajoute-t-il. C’est

    pourquoi il importe de répondre aux attentes de la population : quel peut

    être le rôle de l’Eglise dans la situation de "crise" actuelle ?

    L’évêque noir parle, en effet, de "crise" pour décrire les effets

    désastreux de l’apartheid sur différents plans. Au plan social, il y a

    ségrégation raciale "pour maintenir le groupe blanc dans sa position dominante". Au plan économique, la minorité blanche (4,5 millions d’habitants

    sur plus de 30 millions, si l’on intègre dans le compte des 29 millions de

    Noirs la population des Etats reconnus "indépendants" par Pretoria), contrôle l’essentiel des moyens de production et 78 % des ressources nationales. Au plan politique, il n’y a pas seulement relégation des Noirs dans

    des "homelands", mais développement séparé des communautés ethniques, jusque dans l’organisation de l’enseignement. Et le nouveau Parlement, aux

    chambres distinctes pour les Blancs, les gens de couleur ou Métis, et les

    Indiens, à l’exclusion des Noirs, renforce entre l’apartheid dans le détail

    de la législation.

    La non violence, seul choix légitime

    Face à la situation actuelle, Mgr Napier passe en revue les réactions

    des divers groupes sociaux. La plupart des afrikaners, dit- il, forment un

    groupe très conservateur : ils défendent l’apartheid pour protéger les privilèges des Blancs. Du côté anglophone, les Blancs voient la solution dans

    le développement de la "libre entreprise", dont ils vantent les mérites à

    longueur de colonnes dans les journaux. Quant aux Noirs, ils réclament,

    dans l’ensemble, un système non racial et démocratique, encore que les revendications puissent prendre des formes plus ou moins radicales.

    L’Eglise, souligne Mgr Napier, se doit évidemment de prendre parti pour

    les opprimés, de s’opposer aux injustices, mais aussi de garder le souci

    des oppresseurs et donc de privilégier une solution non violente. C’est le

    seul choix justifié. Et ce n’est pas seulement la hiérarchie catholique,

    mais tout le peuple de Dieu qui est mis au défi d’assumer ses responsabilités face à l’apartheid. En effet, l’engagement socio-politique des

    chrétiens ne peut se limiter à l’exercice du pouvoir via des organes politiques, mais il s’agit de promouvoir dans toute la société et la justice et

    la moralité. Si la participation du clergé à des instances proprement politique est exclue, il peut au moins former les laïcs à leurs responsabilités

    propres. C’est en ce sens que l’épiscopat sud-africain intervient régulièrement pour réclamer l’égalité des droits entre les hommes, interpréter

    et actualiser la doctrine sociale de l’Eglise, encourager des actions de

    solidarité avec les pauvres et les opprimés.

    Problème majeur : quelle alternative ?

    Dans le contexte sud-africain, la nouvelle évangélisation pose à

    l’Eglise catholique un problème d’autant plus difficile que nombre de

    chrétiens, constate Mgr Napier, ne voient pas suffisamment que la pratique

    de leur religion, et donc l’annonce de l’Evangile, suppose qu’ils

    contribuent à l’avénement d’une société de justice et de paix. C’est

    pourtant dans ce sens-là que les évêques invitent les chrétiens à marcher

    de plus en plus. Mais un problème essentiel est de trouver des alternatives

    concrètes, toujours dans une optique non-violente. Ces alternatives, estime

    Mgr Napier, ne sauraient se développer qu’à travers une série d’efforts

    convergents. Pour commencer, explique-t-il, il faut mettre des gens

    ensemble, les aider à former de véritables communautés, qui soient au

    service du plus grand nombre et de leur dignité humaine. En d’autres

    termes, le défi qui leur est lancé est de vaincre à sa racine la

    ségrégation raciale.

    L’évêque noir de Kokstad est convaincu que de telles communautés peuvent

    faire tache d’huile : les pratiques de libération aussi peuvent être contagieuses, en même temps qu’elles demeurent des lieux permanents d’évaluation de ce qui se fait pour sortir de la situation de "crise". C’est dans

    cette ligne, en définitive, que Mgr Napier voit le visage de l’Eglise sudafricaine d’après Vatican II.

    Les blessés et les brigands

    Pour résumer sa position, le président de la Conférence épiscopale

    d’Afrique australe évoque la parabole évangélique du bon samaritain. "Il ne

    suffit pas, insiste-t-il , de faire tout pour soigner le blessé. Il faut

    encore mettre les brigands hors d’état de nuire." L’Europe peut-elle contribuer, par des mesures de pression, à hâter la fin de l’apartheid en

    Afrique du Sud ? L’épiscopat sud-africain a plusieurs fois déclaré qu’il

    était partisan de sanctions économiques prises par d’autres pays à l’encontre de l’Afrique du Sud, tant que le régime de Pretoria n’évoluera pas

    de manière significative. "Mais le problème des sanctions est qu’on dépend

    d’autrui pour les imposer", observe Mgr Napier.

    Sur ce point, Mgr Napier ne mâche pas ses mots : "Si l’Occident était

    sérieux, il prendrait des sanctions efficaces pour hâter le changement.

    Qu’on ne me dise pas que cette efficacité supposerait des mesures dont le

    contrecoup serait intolérable pour la majorité opprimée. Car il suffirait

    que les Noirs voient le début du changement suscité par des sanctions efficaces pour que leur degré de souffrance soit déjà moindre..." (apic/bo/be)

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