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    Mgr Kräutler à Lucerne: (210289)

    Sauvons l’Amazonie, le "poumon vert" du monde

    L’Eglise ne peut rester neutre face au génocide des Indiens du Brésil

    Lucerne,21février(APIC) Il y avait avant la "soi-disant découverte" et

    la colonisation portugaise près de 7 millions d’Indiens au Brésil; ils ne

    sont plus maintenant que 200’000 et leur survie est menacée par la

    disparition progressive de la forêt amazonienne, ce "poumon vert" du monde.

    Ce cri d’alarme en faveur d’une population et d’un environnement en danger

    de mort a été lancé mardi à Lucerne par Mgr Erwin Kräutler, évêque de la

    prélature de Xingu, en Amazonie brésilienne.

    Invité dans le cadre de la campagne de Carême 1989, centrée cette année

    sur la sauvegarde la création, Mgr Kräutler a expliqué que l’engagement de

    l’Eglise en faveur de la protection de l’environnement se base sur

    l’Evangile et que c’est un combat fondamental pour le respect de la vie.

    L’évangélisation doit être globale et s’adresse à l’homme concret. L’évêque

    de Xingu, une prélature de 350’000 kilomètres carrés - près de dix fois la

    Suisse - qui compte plus de 300’000 habitants, sait de quoi il parle. Il

    est depuis une vingtaine d’années le témoin de la destruction de la forêt

    amazonienne et de la lutte des Indiens pour leur survie.

    Les Indiens : une priorité pastorale

    Même s’ils sont moins de 4’000 dans son diocèse, les Indiens sont devenus une priorité pastorale pour l’Eglise locale. Il a fallu expliquer aux

    paysans et aux colons pauvres qui s’installent le long de la Transamazonienne, que les Indiens avaient des droits. Grâce à la réflexion menée ces

    vingt dernières années par les communautés de base - il y en a 400 actuellement dans la prélature - les Indiens ne sont plus considérés comme des

    "sauvages", mais comme des "frères et soeurs". Cela n’est pas toujours facile, car le gouvernement dresse les pauvres contre les pauvres et s’en lave les mains, déplore le prélat d’origine autrichienne.

    En effet, les paysans sans terre qui envahissent l’Amazonie et pénètrent

    dans les réserves indiennes sont victimes de l’accaparement de la terre par

    les latifundistes et le refus du gouvernement de réaliser une réforme

    agraire pourtant nécessaire. Les droits des Indiens, ancrés dans la Constitution adoptée le 5 octobre dernier après un long combat des Indiens, soutenus par le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) dont Mgr Kräutler est

    le président, sont dans la pratique foulés aux pieds, déplore le prélat de

    Xingu qui n’hésite pas à parler "d’apartheid" à propos de la politique gouvernementale.

    La responsabilité de la Banque Mondiale

    Grâce à l’appui de la Banque Mondiale, d’immenses projets de

    développements (routes transamazoniennes et gigantesques barrages) voient

    le jour en Amazonie. Mais, déplore Mgr Kräutler, la Banque Mondiale porte

    la responsabilité des conséquences de tels projets : déforestation, brûlis,

    "réfugiés écologiques". Ainsi, des communautés entières de "gauchos" du Sud

    du Brésil sont venus s’installer à Xingu, victimes du barrage d’Itaipu. De

    gigantesques projets de barrages financés par la Banque Mondiale à Tucurui

    et Balbina vont prochainement noyer d’immenses surfaces de forêt, chasser

    encore une fois des milliers de personnes. L’extraction industrielle des

    matières premières a déjà empoisonné des centaines de kilomètres de

    fleuves, menaçant la vie des populations indiennes qui en tirent leur

    nourriture.

    L’humanité menacée

    L’humanité entière est concernée par la catastrophe qui se vit

    actuellement en Amazonie, relève le prélat. En effet, le "poumon vert" du

    monde est menacé par les brûlis : rien qu’entre mai et octobre 1987, pas

    moins de 21 millions d’hectares ont été brûlés; 210’000 m2 de forêts

    vierges, plus de 5 fois la surface de la Suisse, ont été réduits en cendre

    en quelques mois. Les conséquences en sont connues : ces gigantestques feux

    de forêt rejettent dans l’atmosphère plus de 500 millions de tonnes de gaz

    carboniques, favorisant un gigantesque "effet de serre" au niveau mondial.

    Peut-être cette menace directe fera-t-elle prendre conscience de la

    responsabilité commune de l’humanité face à la survie de la création.

    A l’égal de Chico Mendes, le leader syndical qui s’est battu des années

    durant contre la destruction de la forêt amazonienne et qui vient d’être

    assassiné par des tueurs à la solde des gros propriétaires, Mgr Kräutler

    sait que sa vie est en danger : le 16 octobre 1987, les mêmes milieux ont

    mis en scène un accident de la route qui a coûté la vie à un de ses

    prêtres, le P. Salvatore Deiana. Remis de ses graves blessures, Mgr Kräutler, avec l’appui de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB)

    poursuit son combat et s’apprête à retourner à Altamira ou l’attendent

    "ses" Indiens. (apic/be)

    Encadré

    Mgr Kräutler et l’Action de Carême

    Mgr Erwin Kräutler, en tant que président du CIMI, le Conseil Indigéniste

    Missionnaire, un organisme de la CNBB, la Conférence nationale des évêques

    du Brésil, est un partenaire de l’Action de Carême. Le CIMI, fondé en 1972,

    s’engage énergiquement aux côtés des Indiens d’Amazonie pour défendre leurs

    droits. Malgré les garanties constitutionnelles, les territoires réservés

    aux Indiens sont fréquemment envahis et leurs terres occupées. L’Action de

    Carême soutient le programme d’aide juridique du CIMI pour un montant de

    45’000 francs. De nombreux autres projets en faveur des Indiens relèvent de

    l’important programme de l’Action de Carême pour l’Amérique latine,qui

    comprend 260 projets pour un montant global d’environ 6,6 millions de

    francs. (apic/be)

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