ceux qui en attendaient trop
Bruxelles, 26novembre(APIC/CIP) Au récent Synode des évêques consacré à
la vocation et à la mission des laïcs, le Zaïre était représenté par trois
délégués de la conférence épiscopale (Mgr Matondo, Mgr Kaseba et Mgr Monsengwo), par un membre nommé directement par le pape (le cardinal Malula,
archevêque de Kinshasa) et par un auditeur laïc, M. Bisimwa, secrétaire du
Mouvement International des Etudiants Catholiques (MIEC) (1). De passage en
Belgique après le Synode, Mgr Kaseba, évêque de Kalemie-Kirungu, a communiqué ses impressions à l’agence de presse CIP.
"Beaucoup ont été déçus du Synode, mais en réalité ils en attendaient
des choses qu’il était incapable de donner. On ne pouvait brûler les
étapes. Ce qui importe avant tout, c’est ce que nous essayons de faire dans
nos diocèses. Or, les diocèses d’Afrique peuvent compter depuis toujours
sur un laïcat très actif. Cela remonte à la fondation même de nos Eglises.
Dès le début de l’évangélisation, des laïcs africains ont été étroitement
associés au travail des missionnaires, non seulement dans des tâches
matérielles, mais aussi dans des fonctions apostoliques:
traducteurs-interprètes, cathéchistes, chefs de prière, etc. Le droit
propre aux pays de missions donnait aux préfets et aux vicaires
apostoliques de grandes facilités canoniques: des laïcs assistaient les
mourants, conféraient des baptèmes en cas d’urgence, recevait le
consentement des jeunes mariés dans certaines circonstances. Cette
tradition de participation active des laïcs s’est poursuivie. Certains y
voient une conséquence d’un manque de prêtres, déjà dans le passé.
Quoiqu’il en soit, au début, c’est le pragmatisme qui a guidé les
missionnaires. Ce n’est que peu à peu que s’est affirmée la réflexion
doctrinale sur la place qui revient de droit aux laïcs."
"En arrivant au Synode, poursuit Mgr Kaseba, nous nous sentions donc,
dans une certaine mesure, en avance sur d’autres régions quant à la place
des laïcs dans l’Eglise. Ainsi, par exemple, un intervenant dans l’aula
synodale a souhaité que l’on permette aux femmes d’accéder à la présidence
des Conseils pastoraux; chez nous, cela se fait couramment."
Triple satisfaction
"Si l’on considère le Synode comme une étape, comme un pas qui sera
suivi d’autres, on peut se réjouir de plusieurs choses, estime Mgr Kaseba.
"En premier, l’apport des auditeurs laïcs au Synode fut non négligeable.
Ils étaient une soixantaine, hommes et femmes, venant de toutes les parties
du monde et représentatifs de divers engagements. Ils ont pu s’exprimer
dans l’aula; leur temps de parole autorisé était même plus long (20
minutes) que celui des évêques (8 minutes). Ils étaient membres, à part
entière, de tous les carrefours d’échanges. ils ont participé aux liturgies
et y ont exercé le rôle de lecteurs et de lectrices. Plusieurs d’entre eux
ont été agréablement surpris de la chaleur de l’accueil qui leur était
réservé et de la fraternité qu’ils ont partagée avec les évêques. A mon
sens, on a beaucoup parlé de "fidèles du Christ", c’est-à-dire de ceux qui
ont mis leur foi dans le Christ et ont été incorporés à lui par le baptème,
ce qui est la caractéristique de base de tout chrétien, qu’il soit laïc,
religieux, prêtre ou évêque.
"Deuxième sujet de satisfaction : le Synode s’est montré favorable au
principe de l’accès de tous les chrétiens, sans discrimination (donc, les
femmes aussi bien que les hommes) à tous les ministères non ordonnés. Mais
les principes devraient rester très généraux pour permettre aux Eglises
particulières de déterminer les orientations précises en fonction des
conditions concrètes de vie dans chaque pays. Il serait dangereux de
légiférer à partir du sommet, en méconnaissant les réalités qui varient
d’un lieu à l’autre.
"Enfin, le Synode a incontestablement apporté un enrichissement à ceux
qui y ont participé. En effet, nous avons pris conscience du grand nombre
d’initiatives qui émergent dans les diverses Eglises, ainsi que des
importantes variations culturelles et pastorales existantes. Les directives
du Concile, par exemple, ont été appliquées de manières très diverses.
Cette constatation a été pour nous tous un stimulant."
Part abstraite, la sainteté
Concernant le message final que les Pères synodaux ont adressé au Peuple
de Dieu, Mgr Kaseba, estime que "ce serait une erreur d’interprétation d’y
voir un exutoire au désir des Pères de faire eux-mêmes quelque chose de
visible". "C’est devenu maintenant une tradition synodale explique-t-il:
les Pères veulent communiquer au Peuple de Dieu l’essentiel de ce qu’ils
ont vécu et expérimenté. Ce texte a été rédigé par une équipe
intercontinentale, il a fait ensuite l’objet d’un examen approfondi et a
connu de nombreux amendements. Nous voulons notamment y montrer que la
sainteté ne peut être abstraite, mais qu’elle est liée à un engagement réel
pour la justice et la solidarité effectives et affectives avec les pauvres
et les opprimés."
"Au Zaïre, conclut Mgr Kaseba, nous souhaitons tout mettre en oeuvre,
dans l’Eglise locale, pour que les laïcs soient de mieux en mieux formés et
intégrés dans des actions concrètes, au service de l’évangélisation et de
la promotion humaine. Pour nous, en effet, il s’agit là de deux aspects
complémentaires de la misson de l’Eglise." (apic/bo/bd)