Mgr Ignace Bessi Dogbo, nouvel archevêque d’Abidjan, a été créé cardinal le 7 décembre 2024. Pour le prélat de 63 ans, il s’agit d’une grande surprise car son prédécesseur à Abidjan est encore cardinal électeur. Il y voit une opportunité pour parler au pape de la situation de son pays et de l’Afrique de l’Ouest, région que le pontife n’a jamais visitée.
Mgr Bessi Dogbo était à Rome en train de relire des documents du Synode sur la synodalité quand son téléphone a sonné: des proches souhaitaient le féliciter pour son cardinalat. “Stupéfaction”. Tel est le sentiment que l’Ivoirien dit avoir ressenti en comprenant que le pape François venait de le faire entrer dans le collège cardinalice, rapporte Vatican News.
Un prédécesseur encore électeur
Il faut dire que le nom du tout nouvel archevêque d’Abidjan – nommé seulement en mai – n’était pas attendu dans la liste du pape. La tradition veut en effet qu’il n’y ait pas deux cardinaux électeurs pour un même diocèse. Or, le prédécesseur d’Ignace Bessi Dogbo, le cardinal Jean-Pierre Kutwa, archevêque d’Abidjan de 2006 à mai 2024, reste encore électeur jusqu’au 22 décembre 2025, date à laquelle il aura 80 ans et sortira naturellement du collège des cardinaux votants en cas de conclave.
Signe d’un lien qui unit Mgr Bessi Dogbo au pape François, ce dernier l’a nommé personnellement membre du Synode sur la synodalité, vaste chantier pour rendre l’Église plus inclusive et participative, et dans lequel la voix de l’Afrique s’est faite entendre. Au Vatican, lors de la session d’octobre 2023, Mgr Bessi Dogbo, souffrant du pied, s’était retrouvé en fauteuil roulant, tout comme un seul autre participant au Synode: le pape François.
Un théologien bibliste
Né le 17 août 1961, Ignace Bessi Dogbo a grandi dans une famille catholique. Comme le rapporte La Croix, il intègre à l’adolescence une chorale fondée par un missionnaire laïc basque, Arnaud Castorène, un choix qui sera déterminant dans sa vocation.
Ordonné prêtre en 1987, le théologien bibliste a étudié pendant quatre ans les Écritures saintes à Rome. En 2004, il est nommé évêque du diocèse de Katiola, au centre de la Côte d’Ivoire. En 2017, il est choisi comme administrateur du diocèse de Korhogo et devient archevêque en 2021 de ce diocèse du nord du pays. Entre-temps, il est élu président de la Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire (2017-2023).
Nouvel évêque d’Abidjan depuis mai 2024, Mgr Ignace Bessi Dogbo prend alors la succession du cardinal Jean-Pierre Kutwa, qui fut parmi les premiers cardinaux créés par François en 2014. Ce dernier avait été une personnalité importante pour désamorcer la crise politique au début des années 2010 entre le président sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara.
"La menace terroriste est réelle au nord de la Côte d'Ivoire"
Le choix de donner un plus jeune cardinal à la Côte d’Ivoire tient peut-être du contexte politique. Le pays vivra une élection présidentielle en octobre 2025, quinze ans après l’arrivée au pouvoir du président Ouattara.
Dans ce pays multiconfessionnel où les catholiques représentaient en 2014 un peu plus de 17% de la population, le rôle de l’archevêque d’Abidjan est respecté – le Premier ministre l’a d’ailleurs félicité pour son cardinalat. Le diocèse compte environ 4 millions d’habitants, dont près des deux-tiers sont catholiques. Son territoire regroupe environ la moitié des catholiques de Côte d’Ivoire.
Faire entendre à Rome la voix de l’Afrique
Mgr Ignace Bessi Dogbo voit dans son cardinalat l’opportunité de partager les difficultés de l’Afrique de l’Ouest au pape François. «Quand on est auprès du pape, on peut lui souffler les problèmes que nous vivons», a-t-il confié à Vatican News. Il a évoqué “l’hydre” du terrorisme islamique qui bouleverse cette partie du monde. «En étant proches du pape, on pourra lui dire que l’Afrique de l’Ouest aussi existe», a-t-il ajouté.
La Côte d’Ivoire est relativement épargnée par les attaques djihadistes. Mais la menace terroriste est réelle au nord du pays, notamment à la frontière avec le Burkina Faso. Les Nations Unies reconnaissent une longue tradition d’accueil des réfugiés en Côte d’Ivoire. Le pays continue d’ouvrir ses frontières aux personnes en quête de protection, y compris, depuis mai 2021, à des réfugiés burkinabés fuyant des violences commises par des groupes armés.
Le nouveau cardinal Bessi Dogbo pourra se faire le porte-parole de sa région auprès du pape et des autres cardinaux. À Rome comme en Afrique, certains observateurs relèvent le manque de représentation du continent au sein du collège cardinalice ou bien à la Curie romaine, administration qui ne compte plus aucun préfet de dicastère originaire de cette partie du monde. En près de 12 ans de pontificat, le pape François n’a par ailleurs jamais visité de pays d’Afrique de l’Ouest. (cath.ch/imedia/hl/rz)