Mexique: sixième jour de la visite de Jean Paul II (130590)
Tuxtla Gutierrez, 13mai(APIC) Le pape Jean Paul II s’est rendu à Tuxtla
Gutierrez, une ville de 170’000 habitants, capitale de l’Etat de Chiapas,
dans l’extrême sud du Mexique, lors de la sixième journée de sa visite dans
ce pays. Il y a adressé un message d’espoir aux indigènes spoliés dans le
passé de leurs terres et de leurs attaches culturelles.
Bousculant le programme établi, Jean Paul II s’est d’abord rendu à la
cathédrale de la ville pour y prier pour les 23 victimes de la catastrophe
aérienne de la ville, catastrophe qui a notamment causé la mort de l’évêque
de Tapachula, Mgr Luis Miguel Canton Marin.
Reprenant le programme officiel, le pape a célébré une messe à laquelle
assistaient de nombreux indigènes et des réfugiés, venus pour la plupart du
Guatemala tout proche (ces derniers sont environ 80’000 au Mexique). Dans
son homélie, il leur a rappelé la réponse qu’apporta le prophète Isaïe à
Israël au moment de la déportation à Babylone, quand les exilés se mirent à
douter de la puissance d’un Dieu qui les avait abandonnés. Le pape a parlé
des injustices criantes dans la région: manque de moyens, impossibilité de
garantir à tous une formation suffisante, attaques incessantes contre les
cultures traditionnelles,... "Ils pourraient se sentir encore plus oubliés,
ceux qui ont dû abandonner leur maison, les lieux qui les ont vu naître,
dans une recherche fébrile du minimum indispensable pour continuer à
vivre", a-t-il ajouté.
Jean Paul II a appliqué à leur situation la mise en garde contenue dans
son encyclique "Sollicitudo rei socialis", dans laquelle il plaidait pour
"un authentique développement": l’attente du Règne de Dieu "ne pourra jamais justifier que l’on se désintéresse des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale,
parce que celle-ci - maintenant surtout - conditionne celle-là.
Le pape a invité les indigènes à vivre en "bons chrétiens". "Ne
succombez pas, leur a-t-il lancé, à la séduction des vices, comme l’abus de
l’alcool, qui cause tant de massacres ! Ne prêtez pas votre concours au
trafic de drogue, cause de la destruction de tant de personnes dans le
monde !" Il les a enfin exhortés à prendre eux-mêmes des initiatives:
"Chacun doit agir selon sa responsabilité propre, sans attendre tout des
structures sociales, d’assistance et politiques, ou l’aide d’autres
personnes qui ont davantage de moyens".
Les sectes: "un fait douloureux"
A Villahermosa, la capitale de l’Etat de Tabasco, au Nord du Chiapas,
Jean Paul II a béni la chapelle de la cathédrale. Edifié en 1614, cet édifice a été détruit lors de la révolution de 1910-1913 et est actuellement
en voie de reconstruction. "En vérité, a dit le pape, la cathédrale représentera de manière éloquente la place centrale que Jésus doit toujours occuper dans la vie de tout diocèse et de chacun de nous". Jean Paul II a repris l’exhortation de saint Paul, demandant aux fidèles de se comporter
toujours comme de "sages architectes, qui savent construire leur existence
sur le vrai fondement, sur l’unique fondement solide, Jésus-Christ".
Le pape a choisi Villahermosa pour aborder la douloureuse question de
l’offensive des sectes, au cours d’une Eucharistie célébrée l’après-midi,
avant de regagner Mexico après un détour à Zacatecas. "Un fait douloureux",
a confessé Jean Paul II en constatant que "quelques-uns ont rompu ce lien
d’unité salvifique" et que "d’autres sont assaillis de doutes et chancèlent
par manque de foi". Et de lancer un appel à "raviver votre unité avec le
Christ dans l’Eglise en faisant sienne la responsabilité de soutenir ceux
qui vacillent et de récupérer ceux qui sont éloignés ou indifférents".
Le pape s’est adressé "d’un coeur angoissé" à ceux qui ont quitté
l’Eglise: "Je voudrais rencontrer chacun d’entre vous pour lui dire: revenez dans le giron de l’Eglise votre Mère !" "N’ayez pas peur de revenir !
L’Eglise vous attend les bras ouverts et de vous rencontrer à nouveau dans
le Christ !", a-t-il supplié. Il s’est ensuite arrêté sur les raison des
ruptures: "Probablement (...) quelques préoccupations à la fois spirituelles et matérielles vous ont-elles portés à esquiver la rencontre avec la
très sainte Vierge, à vous éloigner d’elle. Il est possible que vous soyez
restés seuls avec cette préoccupation, en pensant que s’approcher de Dieu
dépend avant tout de son propre effort. Vous avez même pu croire que pour
obtenir le bien-être économique il fallait laisser de côté la foi catholique. Et à ces motifs pourraient s’en ajouter beaucoup d’autres, comme celui
de se sentir mieux accueilli dans de petits groupes de gens qui se connaissent et s’entraident".
L’Etat de Tabasco est largement en tête pour ce qui regarde la pénétration des sectes et Villahermosa est un véritable nid de prédicateurs protestants de toutes sortes. La ville n’abrite pas moins de 532 sectes. Une situation alarmante qui a poussé l’épiscopat à lancer un cri d’alarme, et qui
n’est pas étrangère à l’attitude adoptée dans les années quarante par un
gouvernement particulièrement anticlérical qui d’une main signait des décrets marginalisant les catholiques et de l’autre multipliait les directives auprès des autorités locales pour les inviter à réserver un bon accueil
aux missionnaires protestants. Selon les estimations, les non-catholiques
représenteraient aujourd’hui 21% de la population de l’Etat, contre 13,9%
il y a dix ans. Les adventistes y ont à l’heure actuelle 500 temples, les
presbytériens au moins 600. (apic/cip/jt/cor)