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    Mexique: Seconde visite de Jean Paul II (010590)

    à une Eglise qui "n’existe pas"

    Fribourg, 01mai(APIC) C’est par "un bonjour, monsieur" peu avenant, mais

    constitutionnel, que le pape Jean Paul II, lors de sa visite au Mexique en

    1979 - le premier voyage apostolique de son pontificat -, avait été accueilli par le président Lopez Portillo. Celui-ci entendait mettre d’emblée

    les points sur les i : pas question de revenir sur le statut de l’Eglise.

    Il est fort à parier que l’actuel président, Carlos Salinas de Gortari, y

    mettra plus de forme au moment d’accueillir le pape le 6 mai à Mexico,

    après son initiative de procéder à un échange de représentants officieux

    avec le Saint-Siège.

    Curieux cas que celui du Mexique : alors que plus de 90% de ses 84 millions d’habitants sont catholiques, cela fait plus d’un siècle que l’Eglise

    "n’existe pas" pour ce gouvernement officiellement athée: le seul pays

    d’Amérique Latine à ne pas entretenir de relations diplomatiques avec le

    Vatican! Une situation jugée anachronique par l’immense majorité du peuple

    mexicain comme par la majorité des hommes politiques, et qui pourrait prendre fin au lendemain de la visite papale.

    Quant au président Salinas qui considère que la reconnaissance juridique

    de l’Eglise constiturait "un pas vers la modernité", il a montré une réelle

    volonté d’ouverture. Lors de son installation officielle, en décembre 1988,

    il avait invité le délégué apostolique, le président de la Conférence épiscopale et l’archevêque de Mexico, le cardinal Ernesto Corripio Ahumada.

    Certains lui prêtent l’intention , face à une situation économique grave et

    à l’influence grandissante d’un nouveau parti favorable à la reconnaissance

    de l’Eglise, de mettre à profit cette seconde visite pour recevoir du pape

    une légitimité que d’aucuns lui dénient.

    Un rôle de pionnier

    La présence de l’Eglise au Mexique remonte à l’envoi par Charles Quint

    en 1522, cinq ans après le débarquement de Cortes, d’un premier contingent

    de missionnaires : les gantois Jean Dekkers, Fr. Van den Auwera et Pierre

    Van der Moers - le fameux Pedro de Gante - qui jouent un rôle culturel et

    social essentiel, comme le feront ceux qui suivront durant la période coloniale (1519-1821). La conquête par le cruel Cortes de ce qui va s’appeler

    la Nouvelle-Espagne est pour les indigènes une véritable apocalypse: ils

    sont privés de leurs terres, de leur remarquable organisation sociale, de

    leurs chefs, de leur culture. Ils voient leurs temples rasés et leur population décimée. Le premier souci des missionnaires est de regrouper les

    survivants et de les protéger des exactions de conquérants impitoyables.

    Alertée par eux, la Couronne d’Espagne met en place une législation qui

    les protège, avant d’envoyer sur place des fonctionnaires chargés de vérifier si elle est respectée. Les premiers arrivent à l’appel des évêques

    des deux premiers diocèses érigés dans le pays, Juan Zumarraga à Mexico

    (1525) et Julian Garces à Tlaxcala, au Yucatan (dès 1523). Ce dernier faisant même appel au pape Paul III.

    De cette période émergent d’autres noms: outre Pierre de Gand, fondateur

    d’un collège pour jeunes Indiens, qui accueille dès le départ un millier

    d’élèves, il y a par exemple Vasco Quiroga, un évêque qui fonda les hôpitaux de Santa Fe et introduisit les métiers ( on parle aujourd’hui du

    "grand-père Vasco"), Bartolomé de las Casas, évêque de Chiapas en 1546,

    sans doute le plus connu pour ses dénonciations...A la fin du XVIe siècle,

    la Nouvelle-Espagne compte quantité d’écoles, pas loin de 150 hôpitaux et

    quelques 500 paroisses. La prospérité est assurée par l’exploitation des

    richesses minières, qui favorisent également le commerce et l’agriculture.

    La persécution

    Le développement rapide de l’Eglise s’est effectué sous le régime du

    "patronat". L’atmosphère s’alourdit au lendemain de l’indépendance (1821),

    quand le gouvernement mexicain se sent frustré de ce droit, qui était devenu, à partir du XVIIIe siècle un instrument d’oppression. Une violente persécution se déclenche qui va disloquer les solides institutions par lesquelles l’Eglise assurait l’éducation et l’assistance du pays. La confiscation des biens ecclésiaux, qui passe dans des mains privées, rend pratiquement impossible un concordat avec le Saint-Siège. En 1829, il n’ y a plus

    un seul évêque. Si des contacts officieux permettent d’en nommer six en

    1831, il faut attendre 1936 pour que des contacts formels soient établis

    avec Rome. Tandis que l’Eglise cherche refuge, aide et ressources dans le

    peuple, "la guerre froide" va se poursuivre, entretenue par les familles

    qui s’étaient enrichies en accaparant les subtanciels biens ecclésiatiques.

    C’est dans ce contexte que sont promulgués les "lois de réforme"

    (1856-1860). La Constitution de 1857 ne reconnaît plus le catholicisme comme religion officielle. Suivent, en 1861, la séparation de l’Eglise et de

    l’Etat et, entre 1873 et 1875, une série de lois et de mesures vexatoires

    (dont l’expulsion des religieux) que vont confirmer le régime de Porfirio

    Diaz (1876-1911). La Constitution de 1917, toujours en vigueur, accentue

    encore les mesures antérieures, notamment concernant l’enseignement, les

    propriétés ecclésiastiques, le culte, les droits civils et politiques du

    clergé...

    Vers la normalisation?

    D’autres obstacles seront mis par la suite au développement de l’Eglise

    notamment la "loi Calles" (1926), qui impose les sanctions les plus graves

    (suspension du culte dans tout le pays). Plutarco Elias Calles, c’est le

    fondateur du Parti Révolutionnaire Institution (PRI), un parti aux racines

    anticléricales qui a vu le jour en 1929 et qui depuis n’a jamais perdu une

    seule élection. Un parti auquel appartient l’actuel président Salinas, dont

    les efforts pour normaliser la situation de l’Eglise risquent fort de se

    heurter à la résistance des plus récalcitrants au sein de son propre parti,

    comme dans les petits partis de gauche. A moins qu’il s’agisse de contrer

    le nouveau Parti de la Révolution Démocratique (PRD), dont le populisme

    semble séduire les pauvres, les gens pieux et surtout les campesinos, dont

    le leader, dans son premier meeting, a réclamé la reconnaissance légale de

    l’Eglise?

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