La lettre existe, mais n’est pas encore arrivée à Rome
Rome, 20novembre(APIC) La salle de presse du Saint-Siège a confirmé lundi
l’existence de la lettre à Jean Paul II de Mauricio Colorado, procureur de
la République du Salvador, demandant que le Vatican retire du pays "certains évêques proches de l’Eglise populaire". La salle de presse, regrettant qu’elle ne soit pas encore arrivée au Vatican, souligne qu’il s’agit
d’une lettre privée et que jusqu’à maintenant aucune démarche officielle
n’a été entreprise, ni de la part du ministère de la justice ou du ministère des affaires étrangères ni du chef de l’Etat du Salvador.
On ne comprend pas pourquoi le procureur général voulait donner tant de
publicité à sa lettre avant même qu’elle ne parvienne au pape, relève la
salle de presse. Pour de larges parties de l’opinion publique, écrit le
procureur sans citer de noms, certains évêques portent une co-responsabilité pour les événements violents de ces derniers jours au Salvador. Mauricio
Colorado affirme que ces prélats dont l’idéologie serait proche de "l’Eglise populaire", feraient mieux de quitter le pays.
Campagne d’intimidation contre l’Eglise
Le gouvernement, écrit-il, "a beaucoup de souci" que d’autres responsables de l’Eglise ne subissent le même sort que les six jésuites assassinés
jeudi dernier. Des radios contrôlés par le gouvernement ont taxé les six
jésuites de "communistes", ainsi que Mgr Rivera et son auxiliaire, Mgr Gregorio Rosa Chavez, tous deux considérés pourtant comme des "modérés" et des
partisans de la paix. Les menaces à peine voilées contre le personnel ecclésiastique font partie d’une campagne d’intimidation contre l’Eglise, relèvent les observateurs, qui rappellent que des témoins ont entendu des officiers de l’armée hurler dans des haut-parleurs près de l’Archevêché de
San Salvador : "Ellacuria et les autres sont tombés, continuons à tuer les
communistes!"
Mgr Rivera a cependant déclaré dimanche lors de la messe d’enterrement
des six jésuites avoir déjà reçu dans le passé de nombreuses menaces, "mais
nous sommes dans la main de Dieu". Il a cependant émis les craintes que
l’on assiste bientôt à une "vague terrible d’actes de vengeance, de menaces
et de meurtres" et à une "chasse aux sorcières". Le supérieur des jésuites
d’Amérique centrale a quant à lui, sous les applaudissements de la foule,
déclaré lors des obsèques de ses confrères que l’Eglise resterait "aux côtés des pauvres, quoi qu’il arrive". (apic/kna/cic//be)