Une nouvelle enquête atteste d’un comportement fautif dans la gestion des abus sexuels des anciens évêques de Mayence, dont le cardinal Karl Lehmann, longtemps président de la Conférence épiscopale allemande.
Une nouvelle étude sur les abus sexuels dans le diocèse allemand de Mayence depuis 1945 atteste que les trois anciens évêques Albert Stohr (1935-1961), Hermann Volk (1962-1982) et Karl Lehmann (1983-2016) ont eu un comportement défaillant face aux abus sexuels. Globalement, ils ont plutôt veillé à protéger le système de l'Eglise catholique qu’à prendre soin des victimes. Le cardinal Lehmann a été pendant plus de trois décennies l'une des figures les plus marquantes de l'Eglise catholique en Allemagne. De 1987 à 2008, il a également dirigé la conférence épiscopale du pays.
Les auteurs de l’étude ont dénombré de manière "hautement plausible" 181 prêtres abuseurs et 401 victimes. Cela ne signifie pas pour autant que d’autres autres cas ne sont pas vraisemblables. Parmi les victimes, on décompte 59 % des garçons ou d’hommes et 41% de filles ou de femmes. La moitié des victimes ont subi des délits graves ou très graves. L'essentiel des actes a été commis durant l’épiscopat de Mgr Hermann Volk entre 1962 et 1982. Mais la zone d'ombre reste importante et n'a pu être éclaircie que partiellement.
Mgr Lehmann n’avait pas conscience de la gravité du problème
Les auteurs de l'étude résument l'attitude de Mgr Alfred Stohr face aux abus par les mots "exhorter et transférer". Pour Mgr Volk, il s'agissait de "minimiser et passer sous silence". L'épiscopat de Mgr Lehmann est divisé en trois phases, décrites par les termes "repousser et feindre", "s'en sortir et se défendre" et enfin "admettre et gérer". Selon les chercheurs Mgr Lehmann n'a jamais considéré les abus sexuels comme une question prioritaire et n'aurait pas pris conscience du problème. L'évêque n'a "à aucun moment été à la hauteur de ses propres exigences".
Des risques d’abus
L'étude identifie comme facteurs de risque d'abus un lien étroit avec l'Eglise et une situation personnelle difficile pour les victimes. Souvent, une mauvaise gestion de l’autorité et de la confiance a également favorisé les abus. Parmi les autres raisons on peut relever une exaltation du sacerdoce et un manque de maturité personnelle des clercs dans leur rapport au célibat. Il est toutefois nécessaire d'examiner chaque cas individuellement, car de nombreuses structures ecclésiales ont favorisé les abus ou créé un environnement propice. (cath.ch/kna/mp)