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    Mauritanie: Amnesty international dénonce la pratique de l’esclavage

    "Complicité bienveillante" du gouvernement

    Nouakchott, 10 novembre 2002 (APIC) Amnesty International (AI) a dénoncé la pratique de l’esclavage en Mauritanie, soulignant que "c’est une calamité accablante pour l’avenir du pays". Le gouvernement a officiellement interdit l’esclavage, il y a 21 ans. Mais AI l’accuse d’adopter une attitude de complicité bienveillante face à la persistance du phénomène.

    L’organisation de défense des droits de l’homme s’interroge, dans un rapport publié jeudi 7 novembre 2002 à Dakar, sur ce qui pourrait arriver à la Mauritanie dans les années à venir avec la persistance de ce fléau social. Le document critique le comportement des tribus de la minorité blanche qui détient le pouvoir politique et économique. C’est cette communauté qui est le noyau central de toute la question à cause de sa domination politique, matérielle, intellectuel et idéologique des maures blancs.

    Des milliers d’esclaves dans le pays

    Dans les villes et les campagnes, ce sont des milliers de personnes de toutes origines qui sont employés comme esclaves, dénonce Amnesty. Elles sont chargées de garder les troupeaux, ne mangeant que ce qui reste des plats et n’ont droit, comme habit, qu’à un boubou et un pantalon, une fois par an. Ces mains d’oeuvre sont pratiquement maintenues en détention et ne peuvent pas quitter leurs maîtres. Elles travaillent sans compensations. En plus de cette servitude domestique, elles subissent régulièrement des corrections physiques.

    Selon AI, l’abolition officielle de l’esclavage en Mauritanie, le 9 novembre 1981, n’a jamais été suivie de mesures réglementaires la rendant effective. Elle ne protège pas les esclaves ou ceux d’entre eux qui arrivent à se libérer. Elle ne répare pas non plus les atteintes qu’ils ont subit pendant tout le temps de leur esclavage.

    Le rapport a été favorablement accueilli par les organisations de lutte contre l’esclavage. Un responsable de l’Association mauritanienne "SOS Esclavage", Abdel Nasser Ould Yassa, a précisé à Radio France internationale (RFI) que certains esclaves vont même jusqu’à être enchaînés pour insoumission. Ils ont le sentiment d’appartenir à leurs maîtres et travaillent jusqu’à des heures indues, sans être protégés par le droit du travail. Les biens qu’ils peuvent acquérir durant toute leur vie ne leur appartiennent pas. A leur mort, c’est la famille du maître qui les réclame, en héritage. "C’est une discrimination raciale dont les victimes noires ne disposent pas du droit élémentaire à disposer d’elles-mêmes".

    Magistrats liés organiquement à l’esclavagisme

    Le sujet de l’esclavage est toujours tabou en Mauritanie. Les magistrats qui appliquent la loi, ainsi que les agents des forces de sécurité et ceux de l’administration centrale sont "organiquement liés à l’esclavagisme, c’est à dire issus d’anciennes familles d’esclavagistes ou d’anciens maîtres", a souligné Abdel Nasser Ould Yessa.

    Le gouvernement mauritanien a de tout temps nié l’existence de l’esclavage. Le président de l’association SOS Esclavage, Boubacar Ould Messaoud, a déclaré à la BBC qu’à chaque fois qu’un problème d’esclavage est posé devant l’administration, celle-ci tranche en faveur de l’esclave. "Si un esclave réclame la restitution de ses enfants ou de ses biens spoliés par son maître, il obtient gain cause". Mais, a-t-il souligné, l’action s’arrête là et aucune sanction n’est prise à l’encontre du maître, car pour l’Etat, la pratique n’existe pas. (apic/ibc/bb)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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