Matran: le mariage pourquoi, l’amour comment (270193)
Matran, 27janvier(APIC) "Le mariage pourquoi, l’amour comment" c’est sur
ce thème que se penchent pendant trois jours les quelque 150 participants
aux journées pastorales du canton de Fribourg réunis à Matran. Exposés,
dialogues et nouveaux éléments d’approche ont occupé les prêtres, les religieux et religieuses et les permanents laïcs qui poursuivent la réflexion
entamée l’an dernier. France Quéré, théologienne protestante française et
mère de famille, et l’abbé Francis Deniau , vicaire épiscopal de Nanterre
en région parisienne, ont apporté leur éclairage sur la question.
Pour France Quéré, il s’agit de rendre le mariage séduisant et de ne pas
le ramener à une vieille discipline. Le non-mariage autorise aujourd’hui à
peu près les mêmes choses que le mariage: vie commune, enfants etc. Il est
donc légitime de s’interroger sur le pourquoi du mariage et du sacrement
chrétien. France Quéré commence par les raisons qui "montent de la terre",
qui sont dictées par le réalisme. La première est d’empêcher la rupture et
l’abandon, pour le couple comme pour les enfants. En cas de séparation, le
mariage permet aussi a contrario de donner un caractère formel au divorce
et d’éviter ainsi les ambiguïtés dangereuses. Parmi les raisons positives,
le mariage permet d’assurer l’orde interne de la famille en donnant à chacun son titre, ses droits et son rôle. Dans le non-mariage, l’individu reste simplement fils ou fille de quelqu’un et ne devient pas beau-fils, belle
-fille, beau-frère, belle-soeur. Pour France Quéré, il s’agit là d’une forme de refus du monde de l’autre. Le mariage crée un nouveau réseau familial
qui est important pour l’individu, comme pour la famille et la société.
Le mariage assure aussi l’ordre externe vis à vis de la société. Une
personne mariée n’a pas le même statut qu’une personne qui ne l’est pas.
Elle ne porte pas le même nom et n’a pas d’alliance par exemple. Elle est
donc soumise à des sollicitations extérieures plus fortes et peut toujours
utiliser l’argument facile: "Après tout nous ne sommes pas mariés". "Si
tout repose sur le sentiment, souligne France Quéré, la partie est perdue
d’avance!"
Dans ce sens, la promesse faite lors du mariage est différente d’un aveu
de l’amour. La promesse est un acte de foi, l’aveu est un constat. Promettre c’est vouloir accepter le risque, le respect de la liberté de chacun
l’exige. Cette parole conduit alors à l’action qui ouvre le couple vers
l’extérieur.
L’amour comment
Reprenant un schéma du philosophe danois Kierkegaard, France Quéré distingue trois stades dans la vie d’un couple. Le stade esthétique est celui
du charme, du sentiment où l’amour est source permanente de délices. Même
si cet état est illusoire dans la durée, il importe de respecter les commencements et la finesse de l’approche. Il faut laisser à l’amour tout au
long d’une vie congugale des zones libres pour le langage des sentiments et
de la poésie. Trop de couples sont enfermés derrière le mur des conversations utiles, constate France Quéré. Cela vaut de même pour l’effort de
plaire et l’image qu’on donne de soi-même.
Le deuxième stade est celui de l’éthique. Le mariage est un échange pernament, il ne peut jamais être un marché encore moins un acte de propriété.
Il institue fondamentalement un rapport d’égalité, même dans une société
patriarcale, chacun cédant à l’autre une part de son pouvoir. Chacun a également le droit légitime à sa part de solitude, le droit de ne pas communiquer à son conjoint les zones qu’il ne veut pas. Le partage des tâches
entre dans ce même horizon. Il ne fait pas partie d’une justice arithmétique, mais du plaisir à servir l’autre. C’est au début que la vie conjugale
est la plus difficile. Le pardon bien sûr est aussi une attitude fondamentale dans toute vie de couple.
Le troisième stade est celui du religieux. La promesse est faite sous le
regard de Dieu. Ce stade accomplit et dépasse celui de l’éthique. Le têteà-tête ne se clôture pas sur lui-même, mais se tourne vers l’absolu de
l’amour. Le conjoint est le reflet de Dieu, image qui persistera quelles
que soient les altérations de l’autre. L’amour devient croissance. C’est ce
qu’exprime la théologie quand elle parle de Jésus-Christ comme époux de
l’Eglise, remarque France Quéré.
La "négociation sacramentelle"
L’abbé Francis Deniau a apporté quelques éléments plus concrets de la
"négociation sacramentelle" avec les futurs époux. Il insiste sur la liberté des choix et l’écoute des fiancés. Le libre choix du conjoint paraît
évident de nos jours, mais l’Eglise s’est beaucoup battue pour l’obtenir.
Le choix du mariage, sans chantage ecclésial ni pression familiale est
souvent encore à faire. Le mariage n’est pas la simple prolongation d’une
vie commune existant parfois depuis plusieurs années. "Le divorce est trop
souvent la première véritable décision individuelle", déplore l’abbé Deniau. Le mariage est vraiment un seuil à franchir vers une nouvelle étape.
Cela suppose un exposé clair et ferme des quatres "conditions" du mariage:
la liberté, l’indissolubilité, la fidélité et l’ouverture aux enfants.
L’insistance sans équivoque sur l’indissolubilité du lien matrimonial a pu
laisser perplexe et apparaître comme une exigence irréalisable, remarque le
Catéchisme de l’Eglise catholique (no 1615). L’abbé Deniau souligne qu’il
faut entendre cet engagement à vie comme une Bonne Nouvelle, fruit de la
croix du Christ qui restaure la création primitive. L’assurance de la réussite repose sur le Christ et non pas sur les forces humaines. (apic/mp)