Massacre au Zaïre: Les missionnaires belges expulsés témoignent (200292)
Bruxelles, 20 février(APIC) Une initiative pacifique, "la marche des chrétiens", organisée dimanche à la sortie des églises de Kinshasa pour que
reprenne la Conférence nationale qui devrait ramener la démocratie au Zaïre, a été réprimée dans le sang. Selon les milieux de l’Eglise, une cinquantaine de fidèles, tombés dans une véritable embuscade, ont péri sous
les balles des soldats de Mobutu et une centaine ont été grièvement blessés. Le bilan officiel est maintenant de 17 morts. Une nouvelle marche est
prévue à Kinshasa pour dimanche.
Selon le témoignage de trois missionnaires étrangers expulsés - le Père
scheutiste belge Leonard Heyse, Bernard Kips, Frère des Ecoles chrétiennes
belge, et le Père espagnol Rodriguez Santiago - l’armée n’a pas hésité à
ouvrir le feu sur une foule pacifique et sur des fidèles qui s’étaient mis
à genoux pour prier.
7 prêtres et 3 religieuses parmi les blessés
Parmi les blessés figurent 7 prêtres et 3 religieuses. Cinq prêtres ont
en outre été arrêtés. Des chrétiens de Kinshasa ont annoncé que la marche
pacifique se poursuivrait, tandis que les fidèles ont à nouveau été exhortés à ne pas provoquer les militaires. Lorsque l’armée a tiré, la manifestation était tout à fait pacifique et les gens portaient des branches de
palmier, des chapelets et des livres de prières, ont témoigné les missionnaires mercredi à leur arrivée à l’aéroport de Bruxelles.
Expulsés pour avoir "troublé l’ordre intérieur" du Zaïre, ils ont été
reçus mercredi par le roi Baudoin et le lendemain par le ministre belge des
relations extérieures Mark Eyskens. Comme a raconté le Frère Kips, il avait
été convenu dimanche que les chrétiens se rassemblent à 9h du matin à cinq
endroits de Kinshasa, pour rejoindre différentes paroisses.
"Notre groupe s’est mis en route en chantant et en priant, poursuit-il,
des manifestants exemplaires! Jusqu’à la fin, je n’ai pas perçu le moindre
comportement déplacé... A la sortie de l’église, nous sommes tombés dans
l’embuscade que les soldats nous avaient tendue. Ils ont d’abord lancé des
grenades lacrymogènes, ils ont ensuite tiré de nombreux coups de feu en
l’air, puis ce fut la panique..." Après son arrestation, le Père Rodriguez
a été, comme d’autres détenus, battu par les soldats.
Des critiques circulent à Kinshasa à l’endroit de l’archevêque de la capitale zaïroise, le cardinal Frédéric Etsou-Nzabi-Bamungwabi - originaire
de la même région que le dictateur Mobutu -, en raison de son attitude jugée excessivement prudente, en comparaison du langage clair de Mgr Laurent
Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani et président de la Conférence
épiscopale du Zaïre. (apic/kna/cip/be)