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    Eglise-Mongolie

    Marie-Lucile Kubacki: «l'Église mongole peut inspirer l'Église universelle»

    Dans Jésus en Mongolie (Ed. du Seuil), Marie-Lucile Kubacki, correspondante à Rome pour l’hebdomadaire La Vie, s’intéresse à la toute petite communauté catholique mongole, récemment mise en valeur par le pape François à l’occasion d’un voyage inédit en 2023.

    L’agence I.Média a interrogé l’auteure qui, en partant de l’expérience concrète de l’Église de Mongolie, propose dans son essai une réflexion plus ample sur l’évangélisation en Asie, mais aussi sur l’avenir de l’Église catholique en Occident.

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    Marie-Lucile Kubacki | DR

    À l’origine de votre livre se trouve l’annonce, en mai 2022, de la création de Giorgio Marengo, préfet apostolique d’Oulan-Bator en Mongolie, comme cardinal. Qu’est-ce qui vous a marqué dans la personnalité du cardinal Marengo?
    Marie-Lucile Kubacki: En étudiant son profil pour préparer un entretien en 2023, j’ai découvert qu’il avait théorisé son approche de l’évangélisation comme un «murmure», parlant de «murmurer l’Évangile au cœur de la Mongolie». Cela a attisé ma curiosité. Ce qui m’a marquée chez lui, c’est sa grande simplicité et sa profondeur spirituelle. Il tutoie facilement, mais ce tutoiement n’est pas de la familiarité; c’est plutôt une habitude qui repose sur un fondement évangélique. Il respecte une certaine distance, mais cela reflète une volonté de ne pas se situer en surplomb, pour être dans une attitude d’écoute.

    Cela se retrouve dans son approche missionnaire, dans sa conception de l’évangélisation comme «murmure», qui implique l’écoute de l’autre pour construire un dialogue authentique. Il n’y a pas d’effacement de sa part, car il est pleinement dans l’annonce de Dieu, mais cela n’a rien d’un prosélytisme invasif.

    Qu’est-ce qui vous a frappé?
    Son attachement à la transmission de la culture mongole. À son contact, j’ai immédiatement ressenti son amour pour ce pays, sa culture et son histoire. Le cardinal Marengo ne s’est pas contenté de maîtriser la langue mongole: il mène une véritable recherche sur l’histoire et l’anthropologie du pays. Il connaît bien la vie des Mongols d’aujourd’hui, tant ceux qui vivent à la campagne qu’en ville. Il est conscient qu’il évolue dans une société ancrée dans de très fortes traditions, mais aussi sujette aux effets directs de la modernité mondialisée, notamment à Oulan-Bator, une ville en pleine transformation avec des chantiers partout. Le cardinal comprend la complexité de la Mongolie sans la réduire à un folklore.

    Le choix du pape François de créer cardinal Giorgio Marengo en 2022 a pu étonner beaucoup d’observateurs. Ce pays, après tout, compte moins de 1’500 catholiques. Comment expliquez-vous ce choix?
    Dans ce livre, j’ai voulu observer comment vit une minorité chrétienne dans une société qui ne l’est pas. C’est intéressant, surtout à une époque où l’Europe traverse un sentiment d’effondrement politique et religieux, où les courbes de la pratique religieuse ou des baptêmes d’enfants sont en chute libre, attestant d’un phénomène de minorisation en cours. Je me suis demandé ce que ces premiers chrétiens de Mongolie, qui sont présents depuis une trentaine d’années, et en particulier ces 1’450 fidèles catholiques, pouvaient nous apprendre.

    "Ce que j’ai vu en Mongolie, c’est une réalité germinale, ce que peut être une Église en construction, autour de l’essentiel de la foi."

    Il ne s’agit pas d’une leçon toute faite, bien sûr, car les situations ne sont pas comparables: l’Europe est façonnée par le christianisme, même si l’on assiste à un processus de déchristianisation qui bouscule les croyants dans leur rapport au monde. Comment être chrétien dans une société qui l’est de moins en moins? Ce que j’ai vu en Mongolie, c’est une réalité germinale, ce que peut être une Église en construction, autour de l’essentiel de la foi. On retrouve une sorte de sève vivante que l’on avait parfois perdue au fil des siècles ou à cause des déceptions de l’histoire, comme récemment avec les scandales de violences et d’abus sexuels.

    Qu’est-ce que le charisme originel ou la “foi des origines” que vous observez dans la communauté catholique mongole?
    C’est la notion de simplicité, qui est centrale. Car la première annonce de l’Évangile exige de témoigner et de vivre simplement. Les chrétiens mongols attachent beaucoup d’importance aux relations et à la communauté: le soutien mutuel, la prière en communauté, et le partage des préoccupations. Mais aussi la possibilité d’avoir une relation personnelle avec Dieu. Cela rappelle énormément l’Église des origines, des premiers chrétiens. La fraternité y est très importante, tout comme la simplicité.

    Jésus-Mongolie
    Jésus-Mongolie
    | DR

    Aujourd’hui en Mongolie, il n’y a qu’un seul prêtre local en service, et le “personnel ecclésial” est composé d’une soixantaine de missionnaires étrangers. Il y a également une quarantaine de catéchistes mongols. C’est une Église qui privilégie la rencontre, et la lourdeur institutionnelle n’y a pas sa place. Les débats sur des détails, les querelles théologiques que l’on trouve parfois ailleurs, sont absents. Ici, tout se passe autour de la table: on sert, on partage le pain, la parole de Dieu et les amitiés. C’est là que j’ai compris l’idée d’une évangélisation qui procède par attraction, et non par prosélytisme. L’attraction passe par une rencontre humaine authentique.

    Votre livre élargit sa réflexion en partant de la Mongolie pour essayer de mieux comprendre la réalité de l’Église en Asie, qui semble particulièrement intéresser le pape François. Quelles sont les spécificités de l’Église catholique dans ce continent?
    La plupart des Églises d’Asie évoluent, à quelques exceptions près, dans un contexte minoritaire, même si chaque “minorité” est différente. C’est ce contexte qui suscite une attitude de dialogue avec les autres cultures et religions. Le cardinal Marengo est ainsi très investi dans le dialogue au niveau institutionnel et a organisé les deux premières rencontres entre les responsables bouddhistes mongols et le pape au Vatican, la dernière ayant eu lieu en janvier dernier.

    Les Églises d’Asie doivent s’adapter à des contextes très diversifiés. Ce qui caractérise l’Asie, c’est sans doute son extrême diversité de situations religieuses, sociales, politiques, qui la distingue des autres continents. L’intérêt du pape François pour l’Asie, au-delà de ce qu’on peut dire habituellement – le fait qu’il soit jésuite, sa vocation missionnaire au Japon, etc. – réside dans ce rapport à la multiplicité et cette capacité de s’intégrer à la vie des gens.

    Selon vous, serait-il possible d’avoir un pape asiatique lors des prochains conclaves?
    C’est une question impossible! Et l’histoire des conclaves nous invite à la prudence quant aux pronostics. Ce qui est peut-être nouveau, c’est que le nombre de cardinaux sur ce vaste continent a doublé sous le pontificat de François, et qu’en Asie, il y a une conscience émergente de la possibilité de faire entendre une voix asiatique propre. Cependant, mon analyse, pour l’heure, est que l’Asie est encore trop fragmentée pour imaginer un bloc asiatique votant massivement pour un pape asiatique, sans compter que les critères présidant au choix d’un pape dépassent la question de ses origines.

    Au-delà d’une dynamique d’ensemble, voyez-vous émerger des personnalités remarquables?
    La grande nouveauté, c’est en effet qu’il y a de grandes figures asiatiques qui ont émergé ces dernières années. Cela vaut tant pour ceux qui sont à la Curie – le cardinal Tagle ou le cardinal You – que pour des personnalités comme le cardinal archevêque de Tokyo, qui dirige actuellement la Caritas au niveau mondial, ou l’archevêque de Hong Kong, Stephen Chow. Certains de ces cardinaux asiatiques peuvent incarner une voix prophétique, d’autant plus dans des sociétés archipélisées, où la mondialisation fait de la diversité un enjeu toujours plus important.

    "Nos Églises meurent de souvent débattre à la fois trop et mal."

    La problématique pour les chrétiens sera de plus en plus de trouver une place au sein d’une multiplicité de voix et de groupes qui pensent différemment. En ce sens, l’Église mongole peut inspirer l’Église universelle. Nos Églises meurent de souvent débattre à la fois trop et mal. Nous sommes souvent prisonniers de conflits idéologiques parfois très court-termistes, mais surtout d’attitudes de jugement du frère, qui sont des contre-témoignages, phénomène aggravé par les réseaux sociaux et la culture du clash et du ricanement. Avec comme conséquence la peur d’aborder les questions en profondeur.

    Les Églises d’Asie ne sont pas parfaites, mais dans leur capacité à se tenir ensemble dans des contextes souvent minoritaires, elles pourraient nous aider sur ce plan. Cela rejoint ce que disait Ratzinger dans une interview en 1969 sur l’avenir de l’Église qui sans avoir “le pouvoir dominant d’autrefois” sera de plus en plus appelée à vivre “un renouveau”. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Jésus en Mongolie, Marie-Lucile Kubacki, Editions du Seuil. 216 p.

    Marie-Lucile Kubacki, est journaliste pour le magazine La Vie depuis 2011, et correspondante au Vatican depuis 2017. Mariée et mère d'un enfant, elle est responsable de la rubrique "Religion" de l'hebdomadaire, pour lequel elle suit l'actualité vaticane et ecclésiale française et internationale.

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