Malawi: en route vers la démocratie? (250193)
Bruxelles, 25janvier(APIC) Les choses bougent au Malawi, où la lettre
pastorale de Carême publiée par les évêques du pays en 1992 a servi de détonateur. "Le processus vers la démocratie est irréversible et il aboutira,
affirme à deux mois d’un référendum (15 mars) Denis Nkhwazi, secrétaire général de l’"Alliance for Democracy in Malawi (AFORD, hôte à Bruxelles de la
Commission belge "Justice et Paix".
Il y a bientôt un an, les évêques du Malawi dénonçaient dans une lettre
pastorale le fossé grandissant entre riches et pauvres dans le pays, "la
mauvaise foi et l’injustice, la corruption et le népotisme". Ils reprochaient notamment au gouvernement d’avoir supprimé la liberté académique et réduit les médias au silence; ils réclamaient de plus l’instauration du multipartisme, la liberté de la presse et la mise en route d’un débat ouvert
dans le pays.
La réaction du pouvoir fut immédiate. Les évêques furent convoqués par
la police et interrogés pendant huit heures - leur élimination physique ayant même été envisagée -, avant d’être relâchés sous la pression internationale. Mgr John Roche, de nationalité irlandaise, considéré comme l’instigateur et le rédacteur de la lettre, fut lui expulsé du pays. Une époque
qui avait valu aux 7000 catéchistes du Malawi d’être convoqués par les forces de sécurité. La radio nationale annonçant pour sa part que toute personne trouvée en possession de la lettre pastorale serait considérée comme
coupable de sédition.
L’arrestation des évêques eut un retentissement international considérable. Même l’Eglise d’Ecosse au Malawi, à laquelle appartient le président
Banda, éleva une vive protestation, n’hésitant pas à s’associer à la prise
de position des évêques catholiques. Le Siège-Siège, de son côté, envoya en
mission spéciale au Malawi un nonce travaillant à la secrétairerie d’Etat
du Vatican, Mgr Giovanni De Andrea.
Un test décisif
Le référendum qui se déroulera le 15 mars prochain à l’initiative du
président Banda, entend donner "le choix" à la population de se prononcer
pour le maintien du parti unique ou pour le retour au système du pluripartisme, tel qu’il existait avant l’indépendance. Pour l’opposition malawienne, ce référendum constitue un test décisif en vue des changements indispensables. "C’est pour nous le premier pas vers une nouvelle Constitution,
de nouvelles élections et une nouvelle culture politique. A condition que
le scrutin puisse se dérouler dans la loyauté et dans la liberté et que la
pression internationale soit suffisante pour construire le régime", affirme
Denis Nkhwazi.
Créée en septembre dernier, l’AFORD (qui n’est pas encore un parti politique, le système étant toujours en vigueur) "est la réponse du peuple malawien à la lettre de Carême des évêque de mars 1992", affirme notre interlocuteur, qui assure que cette lettre fut reçue au Malawi "comme une sévère
critique à l’encontre du régime et comme un plaidoyer en faveur de la démocratie". Critiques auxquelles s’associèrent rapidement les autres Eglises.
C’est sur la base d’une plate-forme constituée autour des Eglises que s’est
formée en septembre 1992 l’Alliance démocratique.
La réponse de l’opposition au président Banda
Le président Banda a tenté de court-circuiter l’initiative en annonçant
au pied levé, en décembre dernier, l’organisation d’un référendum dans les
trois mois, de façon à ce que l’opposition n’ait pas le temps de s’organiser, explique Denis Nkhwazi. Selon lui, le président a fixé cette consultation au moment de la saison des pluies afin de lui permettre d’exercer plus
facilement un contrôle sur le pays.
L’opposition a néanmoins saisi la balle au bond, mais en posant un certain nombre d’exigences. Le référendum devra se dérouler dans les meilleures conditions, sous le contrôle d’une commission indépendante au sein de
laquelle doit être représentée l’opposition. L’Alliance réclame en outre un
libre accès aux médias; l’arrêt des arrestation arbitraires; la protection
de la police lors de meetings politiques; la présence d’observateurs internationaux.
Selon le secrétaire général de l’AFORD, l’opposition ne dispose que de
moyens très limités, mais cela ne l’empêchera pas de faire entendre sa voix
à travers le pays qui compte quelque 7,8 millions d’habitants. (apic/cippr)