Le pape souhaite voir revivre "la page enrichissante"
de la coexistence des trois religions du livre
Madrid, 16juin(APIC) Jean Paul II a célébré mercredi une messe au grand
séminaire de Madrid, où il a souligné l’importance d’une solide formation,
dont le but doit être "la configuration du prêtre au Christ". Dans l’aprèsmidi, le pape rencontrant le corps diplomatique à la nonciature, a plaidé
pour les droits de l’homme. 500 ans après la "reconquista" - expulsion des
juifs d’Espagne et la prise de Grenade - le pape a évoqué "la page si enrichissante" de la convivance des trois religions du livre dans le sud de
l’Espagne, un "point de référence éloquent pour aujourd’hui".
Dans son discours aux diplomates, Jean Paul II a rendu hommage au dominicain espagnol Francisco de Vitoria, l’un des pères au XVIe siècle du
droit international, pour évoquer ensuite la Conférence mondiale sur les
droits de l’homme qui a lieu à Vienne sous le patronage des Nations-Unies.
"Il s’agit d’un rendez-vous important pour la communauté internationale,
a déclaré le pape, car cette rencontre, au-delà de l’analyse du chemin parcouru jusqu’ici en matière de protection internationale des droits et des
libertés de la personne humaine, veut donner une impulsion nouvelle à la
collaboration au niveau mondial pour la reconnaissance et la promotion du
respect de ces droits et libertés dans leur dimension individuelle et collective."
"La conscience commune de l’humanité, a poursuivi le pape, perçoit toujours plus clairement l’exigence que le droit international, bien fondé sur
des principes éthiques solides, soit capable d’une protection efficace des
droits et des libertés fondamentales de la personne humaine, sans limitation ni imposition arbitraire dus à des intérêts particuliers étrangers
au bien commun de l’humanité."
Tolède, symbole de convivance interreligieuse
"En ce qui concerne la liberté religieuse, si nous regardons vers le
passé de ce noble pays, nous voyons que pendant une certaine période de son
histoire il y a eu dans la péninsule ibérique la coexistence du christianisme, du judaïsme et de l’islam. Cette page si enrichissante de la culture
espagnole, dont le centre le plus important était Tolède, pourrait représenter même de nos jours un point de référence éloquent et plein de leçons
pour la promotion des valeurs religieuses authentiques, en tant qu’éléments
de cohésion, d’entente et de dialogue entre les membres de la famille humaine."
Après avoir évoqué le rôle de l’Espagne dans la solution du conflit du
Proche-Orient et ses liens avec les pays de l’Amérique Latine, le pape a
mentionné "avec plaisir" la rencontre islamo-chrétienne qui s’est tenue en
mars dernier à Madrid entre la conférence épiscopale espagnole et le Centre
culturel islamique de Madrid. Il a formulé "le voeu fervent que cette initiative louable de l’Eglise espagnole, qui s’inspire de "Nostra Aetate"
(ndlr: la déclaration du Concile Vatican II sur les relations de l’Eglise
avec les religions non-chrétiennes) ouvre de nouveaux chemins de collaboration et de rencontre. J’espère vivement que partout où vivent les croyants
des trois religions qui ont enrichi le patrimoine spirituel et humain de la
péninsule ibérique, et surtout là où la relation met en présence majorité
et minorité, le dialogue et la collaboration règnent, et qu’on évite soigneusement les injustices et les discriminations."
Jean Paul II a souligné le rôle en la matière des Etats et de la communauté internationale, qui doivent "défendre les minorités, les migrants et
le droit des individus de professer librement leur foi".
Ces paroles du pape ne sont pas passées inaperçues, 500 ans après l’édit
promulgué par les souverains catholiques Ferdinand et Isabelle (31 mars
1492), ordonnant l’expulsion de tous les Juifs de leurs royaumes de Castille et d’Aragon. L’édit s’inscrivait dans un objectif politique global: pour
achever la reconquête, il fallait une homogénéité de vie et de religion.
L’édit entraîna l’expulsion d’au moins 75% des membres de la communauté
juive, soit entre 100’000 et 150’000 personnes. Les partants durent vendre
rapidement leurs biens, ce dont profitèrent largement des gens peu scrupuleux. Beaucoup de Juifs périrent en route. Les survivants s’installèrent
notamment sur le pourtour de la Méditerrannée.
1492, année de la "découverte" de l’Amérique, vit également la prise de
Grenade et la chute du royaume arabe qui y avait été fondé. La reconquête
s’achevait donc pour l’Espagne, qui allait pouvoir s’aligner sur la chrétienté européenne et devenir un Etat moderne, idéologiquement homogène.
Canonisation d’Enrico de Osso
Le pape a canonisé mercredi soir le bienheureux Enrico de Osso y Cervello (1840-1896). Cet Espagnol, ordonné prêtre en 1867, se voua à la catéchèse et à l’éducation et fonda en 1876 la compagnie de Ste-Thérèse de Jésus.
Il avait été béatifié le 14 octobre 1979.
Après avoir évoqué la figure du nouveau saint, Jean Paul II a rappelé
l’importance de l’école catholique. "L’éducation des enfants et jeunes continue d’avoir une importance fondamentale pour la mission de l’Eglise, voire pour la société civile, a déclaré le pape. C’est pourquoi il est nécessaire que les parents chrétiens continuent d’affirmer et de soutenir le
droit à une école catholique authentiquement libre, dans laquelle on donne
une véritable écucation religieuse et où les droits de la famille soient
considérés et défendus comme il convient. Tout cela aura des répercussions
sur le bien commun, car l’instruction religieuse contribue à préparer des
citoyens disposés à bâtir une société qui soit toujours plus juste, fraternelle et solidaire." (apic/cip/cb)