"N’ayez pas peur des pouvoirs de ce monde"
Madrid, 15juin(APIC) Le pape Jean Paul II a poursuivi mardi sa visite
pastorale en Espagne en inaugurant à Madrid une nouvelle cathédrale mais
aussi et surtout en rencontrant les membres de la Conférence épiscopale du
pays. Dans un important discours, le pape a invité les évêques à "entreprendre une action pastorale forte et évangélisatrice dans l’ensemble de la
société espagnole", sans se laisser intimider par les pouvoirs ou par les
critiques: "N’ayez pas peur des pouvoirs de ce monde, ne reculez pas devant
les critiques ou les incompréhensions".
Le pape a exhorté les évêques à prendre l’initiative. "L’heure présente
doit être celle d’une annonce joyeuse de l’Evangile, l’heure d’une renaissance morale et spirituelle". Pour le pape, les valeurs chrétiennes qui ont
modulé l’histoire de l’Espagne "inspireront une impulsion renouvelée de
tous les fidèles de l’Eglise catholique pour témoigner clairement leur foi.
Le moment est venu de déployer l’action pastorale de l’Eglise dans toute sa
plénitude, dans l’unité interne, la solidité spirituelle et l’audace apostolique". (...) Il est temps, a enchaîné Jean Paul II, de renouveler la
vie intérieure "de vos communautés ecclésiales et d’entreprendre une action
pastorale forte et évangélisatrice dans l’ensemble de la société espagnole".
Le pape a expliqué aux évêques que lutter contre la crise morale, c’est
oeuvrer pour le bien de la société. "Je suis conscient de la grave crise
des valeurs morales qui se manifeste de façon préoccupante dans différents
domaines de la vie individuelle et sociale". Crise qui touche tout particulièrement la famille et la jeunesse et qui a des répercussions bien connues
dans l’administration de la chose politique.
Indéniablement, a-t-il déclaré, il y a un processus de sécularisation
croissante, qui se répercute continuellement dans quelques médias, ce qui
favorise la diffusion d’une indifférence religieuse qui s’installe dans la
conscience personnelle et collective. (...) "En vertu de sa vocation de
service à l’homme, dans toutes ses dimensions, l’Eglise s’efforce de contribuer à atteindre ces buts qui favorisent le bien commun de la société,
surtout pour être en même temps signe et sauvegarde transcendante de la
personne humaine".
Intégrité doctrinale
Jean Paul II a exprimé une fois encore sa gratitude pour le travail des
missionnaires espagnols dans le Nouveau Monde, avant de souhaiter que
"l’Année Sainte de Compostelle qui est en cours de célébration puisse contribuer à rendre encore plus étroits les liens entre les citoyens de l’Europe et à redécouvrir les valeurs de l’Eprit en tant que source féconde de
son patrimoine culturel et moral".
Le pape est ensuite revenu sur le devoir de proclamer le message chrétien. "N’ayez pas peur des pouvoirs de ce monde. Ne reculez pas devant les
critiques ou les incompréhensions. Le meilleur service que nous puissons
rendre à notre société est de lui rappeler constamment la Parole et les
promesses de Dieu, de lui offrir ces chemins de salut aussi nécessaires aujourd’hui qu’à tout autre moment de l’histoire. Camoufler la doctrine véritable, garder le silence sur les points de la révélation chrétienne que la
sensibilité dominante a aujourd’hui du mal à accepter ne sont guère le chemin d’un renouveau véritable de l’Eglise, ni une préparation pour un temps
plus propice à l’évangélisation et à la foi".
Le véritable progrès de l’Eglise exige essentiellement la préservation
de sa tradition dans son intégrité, défendue par le magistère vivant du pape et des évêques qui sont en communion avec lui. Si cette intégrité doctrinale s’atténue, immédiatement se font jour dans l’Eglise des méfiances
et des divisions, sa crédibilité diminue, elle s’affaiblit et le service du
salut s’appauvrit. Une Eglise qui renonce à être fidèle à son Seigneur ne
peut pas continuer à être lumière et espérance de notre monde, a insité
Jean Paul II. Pour lui, ce souci de fidélité s’applique tout particulièrement à la formation des prêtres, de ceux qui travaillent à la pastorale et
aux fidèles en général.
Pour une présence catholique "plus incisive"
En fin d’après-midi, Jean Paul II a consacré la nouvelle cathédrale de
l’Almudena, voisine du Palais royal. En chantier depuis un siècle, elle est
la seconde cathédrale que possède désormais la capitale espagnole.
Pendant la messe de consécration, Jean Paul II a revendiqué le rôle social de la religion. "Dans une société pluraliste comme la vôtre, a-t-il
dit, une présence catholique plus incisive et plus grande est nécessaire,
qu’elle soit individuelle ou associative, dans les différents domaines de
la vie publique. C’est pourquoi c’est une prétention inacceptable, car contraire à l’Evangile, de réduire la religion au domaine strictement privé,
en oubliant paradoxalement la dimension essentiellement politique et sociale de la personne humaine. Sortez donc dans la rue, vivez votre foi avec
joie, apportez aux hommes le salut du Christ qui doit pénétrer la famille,
l’école, la culture et la vie politique". (apic/cip/pr)