Madrid, 23janvier(APIC) La liberté est un bien précieux de la personne
humaine, qui reste toujours responsable des décisions qu’elle prend. C’est
pourquoi "la reconnaissance de cette liberté et son exercice est une exigence tant de la société civile que de l’Eglise" : c’est ce que rappelle
le cardinal Enrique y Tarancon, ancien archevêque de Madrid, dans un article publié par l’hebdomadaire catholique espagnol "Vida Nueva".
"Si la convivance exige une certaine limitation des libertés personnelles, celle-ci devra être celle qui est strictement indispensable pour ne
pas contraindre indûment la liberté personnelle", écrit le cardinal. Ainsi,
"si la structure hiérarchique de l’Eglise impose des devoirs particuliers à
ceux qui adhèrent au christianisme, ces devoirs ne peuvent jamais être des
contraintes pour la conscience personnelle."
Le cardinal Tarancon admet, la condition humaine étant ce qu’elle est,
et face aux sollicitations des idéologies, de la vie sociale et de la propagande, que l’acquisition et l’exercice de cette liberté se heurte à bien
des écueils. Il est donc "légitime que l’autorité publique, tant de l’Etat
que de l’Eglise, ait le souci de protéger la liberté personnelle, ce pourquoi elle n’aura d’autres remèdes que de limiter, même par des méthodes
coercitives, certaines ’soi-disant libertés’ qui s’opposent au bien du
peuple ou de la communauté ecclésiale, et même de les prohiber formellement". L’ancien archevêque dit partager l’avis de ceux qui affirment que
toute démocratie, qui doit être le régime des libertés, a besoin d’une autorité ferme; et que l’Eglise a le droit "d’exclure de la communauté ceux
qui perdent de vue la communion essentielle établie par le Christ comme
bien fondamental de la communauté chrétienne et garant de l’efficacité de
sa mission évangélisatrice".
La liberté des enfants de Dieu
Le cardinal Tarancon en vient à son propos en évoquant certaines "situations conflictuelles ou simplement anormales qui favorisent les abus, tant
dans le domaine civil que religieux, et qui peuvent nécessiter des mesures
d’urgence". Il attire l’attention sur le risque de voir certains dirigeants
"se laisser guider par une crainte de la liberté qui, au bout du compte,
est toujours pernicieuse". Le cardinal fait ici allusion à la resurgence,
dans le champ politique, de réflexes autocratiques que l’on croyait
dépassés et, pour l’Eglise, à "un climat diffus de crainte de la liberté
qui étouffe toute attitude avancée ou critique, en favorisant une uniformité qui paraissait totalement suranée".
Après avoir relevé certains signes "ambigus" et "alarmants" et dénoncé
la tentation de l’extrémisme à laquelle induit souvent la peur, le cardinal
madrilène met en garde : "La crainte de la liberté peut facilement conduire
à contraindre indûment les personnes ou les communautés, sous le couvert
d’un bien supérieur. Cela est très dangereux et, en outre, en contradicton
avec le dessein de Dieu et avec la conduite qu’a toujours observée
Jésus-Christ tout au long de sa vie terreste. Et cela peut nous conduire à
l’autoritarisme, que l’on justifie par le moindre risque de déviation ou
autres intérêts secondaires que peut préserver une autorité dictatoriale".
"La liberté, conclut le cardinal, est l’une des qualités essentielles de
la personne douée de raison, telle qu’elle a été créée par Dieu. C’est dans
ce sens que nous, chrétiens, disons que l’homme a été créé à l’image de
Dieu et à sa ressamblance, lui qui est la liberté absolue. Aucune priorité
humaine n’a le droit de contraindre indûment la personne humaine. Et c’est
ce qui se produit très facilement lorsque ceux qui gouvernent ont peur de
la liberté. L’Apôtre nous parle de ’la liberté des enfants de Dieu’. La
philosophie parle elle aussi de la liberté essentielle de la personne humaine. Cette liberté doit être canalisée, mais elle n’a pas besoin d’un
barrage qui la réprime et, pratiquement, l’annule." (apic/cip/bd)