"Il y a des peuples crucifiés et d’autres qui crucifient"
Madrid, 19septembre(APIC) Madrid a accueilli du 12 au 16 septembre le
Congrès annuel de l’Association de théologiens Jean XXIII. Organisée depuis
1981, la rencontre rassemble les voix les plus progressistes de l’Eglise
espagnole. Elle a réuni cette année 1’600 participants autour du thème
"Dieu et l’argent". A la différence des années précédentes, aucun évêque
n’y a pris part.
Plusieurs interventions ont marqué ce Congrès, dont celle du théologien
jésuite Ion Sobrino, vice-recteur de l’Université Centro-Américaine (UCA)
de San Salvador, à propos des inégalités entre les pays du Nord et du Sud.
"Sans les ressources du Sud, le Nord ne vivrait plus. C’est pourquoi, a-til déclaré, il y a des peuples crucifiés et d’autres qui crucifient".
Ion Sobrino s’est par ailleurs dit convaincu que parmi les commanditaires de l’assassinat de six jésuites de l’UCA, il y a près d’un an, figurent
de hauts responsables de l’armée salvadorienne. Selon lui, "la théologie de
la libération est en train d’être assiégée par les puissants de ce monde,
symbolisés par Bush, Thatcher, Rockfeller et le Vatican".
Le théologien a en outre critiqué la déclaration votée par deux tiers
des théologiens présents au colloque international récemment organisé à
Louvain (Belgique) pour le 25e anniversaire de la revue de théologie "Concilium": "Il y a quelque chose de plus important que la liberté des théologiens: c’est la liberté des êtres humains. On parle du pouvoir du Vatican,
mais on ne dit rien de l’influence de l’OTAN", a-t-il expliqué.
Confrontation Nord-Sud
Le professeur Javier Iguinez, de l’Université catholique de Lima (Pérou), a pour sa part fait un exposé sur "L’inégalité Nord-Sud et la dette
extérieure du tiers monde". "Nous assistons, a-t-il déclaré, à une confrontation bien plus importante que le conflit entre l’Est et l’Ouest... La population est en train de se concentrer dans ce qu’on appelle le Sud. Il ne
reste plus au Nord que 20% de la population mondiale et, d’ici quelques années, ce ne sera plus que 16%. Ce recul démographique va provoquer une invasion de la main d’oeuvre du Sud dans le Nord et la création d’un unique
marché du travail".
Dans leurs conclusions, les participants affirment que "si le capitalisme axé sur la consommation des pays développés parvenait à s’établir à
l’échelle planétaire, il conduirait rapidement au suicice de l’humanité et
à l’anéantissement de la vie sur la terre". Ils préconisent en conséquence
"de nouveaux modes de vie beaucoup plus écologiques, de nouveaux équilibres
entre l’être et l’avoir".
S’ils considèrent que le socialisme à un avenir, dans la mesure où il
restera toujours une utopie, les congressistes estiment que la fatalité du
système capitalisme est la conséquence, "non d’abord d’un choix entre le
marché ou la planification, mais avant tout du pari pour l’égoïsme et la
convoitise débridée, au lieu de la solidarité et de la capacité d’un échange des biens amical et fraternel".
Parmi les théologiens invités à prendre la parole au cours de ce Congrès
figuraient également Josef Fobeski, professeur à l’Université de Prague;
Mbundu Booto, professeur à l’Université de Kinshasa; Josep Vives, professeur à l’Université de Catalogne; José Maria Diez-Alegria, président de
l’Association de théologiens Jean XXIII. (apic/cip/pr)