Madeleine Dunoyer de Ségonzac
gerie). J’ai vécu 33 ans de mission au Sahara et dans le Jurjura en Kabylie, région montagneuse d’Algérie, puis 8 ans à l’Institut des sourds à Alger. J’ai passé énormément de temps à enseigner le français aux petits arabes et aux petits berbères et à étudier moi-même leur dialecte. C’est ce
qui m’a préparé, je crois, à entrer en contact avec les sourds, parce
qu’enm fait, j’ai été sourd, dans ce cas précis, à leur langue, comme eux
étaient sourds à la mienne, ces enfants perdus dans le désert.
Sans m’en rendre compte, je ne savais pas qu’un jour j’allais finir ma
carrière missionnaire en Algérie, chez les sourds. Mais je pense que cela
m’a beaucoup préparé. J’ai débuté ma carrière missionnaire en 1946. J’étais
encore au noviciat, à l’époque. On étudiait aussi l’arabe, une meilleure
connaissance de l’islam pour pouvoir communiquer. Déjà un travail de communication, même si je n’ai pas pensé qu’un jour je serais en plein dedans.
C’est grâce à ces enfants sourds si j’ai développé une telle visualisation
de la parole. En fait, mon soucis, ça a été, à partir des enfants sourds
que j’avais, j’avais remarqué qu’ils écoutaient avec leurs yeux. Qu’ils
voyaient tout avec leurs yeux. Et je me disais: il faut essayer de visualiser au maximum tous ces phénomènes de la parole.
Maintenant, je vais plus loin en me disant qu’ils il faut qu’ils les
sentent, les voient, les touchent. C’est-à-dire qu’ils développent les autres sens qu’ils ont même plus développés que les notres. Compare les aveugles qui développent le touché, un touché infiniment plus raffiné que le
notre. Pareil pour les sourds. J’ai eu la chance, à ce moment là, lorsue
j’étais avec les sourds, de rencontrer deux grandes méthodes: la méthode
Martenot de dessin, qui dessine avec tout le corps, et la méthode Verbotonale, qui parle avec tout le corps. Peindre et dessiner, c’est aussi s’exprimer. Ces méthode Martenot, dessinant avec tout le corps, c’est-à-dire on
fait une longue préparation corporelle et spirituelle, part de la relaxation, une imprégnation longue dans la nature de la chose qu’on veut peindre, et ensuite, on va partager verbalement ce qu’on a vu et senti. On va
aussi l’exprimer avec notre corps. Et les dernières minutes, on fait une
réalisation qui est habituellement très belle, parce que même les gens qui
ne savent pas peindre, ils savent redire ce qu’ils ont ressenti et senti de
meilleur. (Méthode Martenot)
Méthode verbotonale) Comment on peut aggrandir les mouvements générateurs de la parole. Et puis aussi l’importance du rythme. A partir de là,
j’ai été me former à Bruxelles, pendant 6 ans de suite. Pour me plonger
dans leur façon de faire en flamand et en français, pour retourne ren Algérie pour le mettre en Arabe. Mes première recherches ont été faites en
langue arabe, pour aider les petits arabes à vraiment... c’était en 1974.
Tout à commencer là. Relativement récent. Et l’information que je donne
maintenant, elle a dix ans. Elle n’existait pas avant.
Tout cela a été fait en accord avec votre Congrégation? Oui, mais pas
tout de suite. Il y a eu énormément de réticences. Mais c’est normal. Parce
que dans les Congrégations, il ne faut pas sortir des rails. On est infirmière, on est enseignante, mais on n’est pas une voyageuse, loin de sa
communauté. Elles n’ont pas compris tout de suite. Elles se demandaient
dans quel aventure j’allais me lancer. Et lancer els autres. Ma communauté... je vis ma vie religieuse complètement, là ou je suis, est à côté de
Lyon. "Cuir le Bas". Votre âge? née en 1922. J’ai eu 70 ans au mois de janvier. Une jeune ne pourrait pas faire ce que je fais. Ce que j’offre dans
mon travail... c’est le fruit de toute une vie. J’ai fait toute le méthode
Martenot d’un bout à l’autre. Je me suis formée pendant 6 ans à Bruxelles.
J’ai fait cela de 74 à 79. je suis ensuite rentrée en France pour me faire
opérer d’une hanche. Et là mes supréieures ont trouvé que ma santé n’était
plus assez solide pour retourne ren Algérie. Arrivée en France avec tout ce
que j’avais déjà un petit peu bâti pour les enfants sourds, ils m’ont dit:
Mais nous, on a pas tout cela, il faut nous le mettre en français.
Je suis entrée dans les ordres à 21 ans. Ma maman ne voulait pas avant..
Je n’ai pas décidé de me consacrer à cette méthode... Je suis venue en
France pour me faire opérer, et dans mon esprit, c’était d’utiliser ce que
j’avais découvert là-bas pour aider les petits enfants du quartiers. Et
comme j’ai fabriqué deux jeux, le SOLEIL DES VOYELLES SUR PLATEAU et le JEU
DE RYTHME, avec des morceaux de bois de tailles différentes, je me disais:
je vais fabriquer ces jeux, cela aider ama communauté, et puis je les utiliserai avec les petites enfants du quartiers qui sont en difficultés. A ce
moment là, j’ai un parent, père des missions africaine, qui passe par là,
me dit: Mais dit donc, cela va prendre de l’envergure, il faudrait trouver
des éditeurs. Je cherche, on a pris rendez-vous avec les éditions Roberts.
On a pris rendez-vous et lorsqu’ils ont vu ce que je faisais, le directeur
a été tout de suite intéressé. "Je suis tout à fait prenant et partant avec
vous". J’ai commencé à faire un petit article dans le cadre d’une année à
l’initiation à la musique par le jeu et par l’art. Tout a commencé comme
ça. Un petit article. Puis on m’a dit: il va falloir en faire un livre. Déveoppé votre article par un livre. Je leur ai montré les jeux. "On m’a dit,
4a, il faudraiot l’éditer. J’ais aussi fait des cahiers de musique, avec
une cassette pour pouvoir chanter ce qu’il y avait dedans (le livre). Nons
l’avons également édité. "On me dit: pour faire connaître, il faut faire
aussi des sessions. Et moi, je n’en avais pas du tout envie. Parce que je
méétais toujours occpé d’enfants depuis l’âge de 12 ans - on était six à la
maison - j’étais la seconde - J’ai plus de 50 ans de pédagogie en fait. Je
ne voyais pas du tout avec des adultes. J’ai attendu. Puios heureusement,
quelques personnes m’ont aidé au démarrage. Puis j’ai eu tout de suite un
premier groupe à Lyon, de la région qui est venu, groupe dans lequel il y
avait des parents d’enfants sourds, ainsi que des jeunes enseignants, des
orthophonistes, etc. Et tout de suite, un orthophoniste d’Annecy a dit: Oh,
mais là, il faudrait faire des adeptes... ce que je n’aime pas du tout,
parce que ça n’est pas une secte, c’est un travail pédagogique. Il faut
former du monde, m’a-t-il dit. C’est tout à fait merveilleux pour sentir,
voir et toucher la parole pour la matérialiser, la visualiser. Despuis ce
temps-là, c’était en 1981, je n’ai eu que des encouragements.
Ce fut très pénible de démarrer avec des adultes quand on a eu à faire à
des petits enfants. Mais petit à petit, je me suis formée.
Comment vous avez mis au point votre méthode? D’abord, nous ne l’appelons pas méthode, nous y donnons le nom de Dynamique. De Dynamique plutôt
qu’une méthode rigide. C’est parti d’un état d’âme, d’un état d’esprit...
Essayer de matérialiser cette parole, de la visualiser, de la sentir, de la
voir et de la toucher. Le noeud. Le départ. Trois fois rien... Mais cela
nous a donné un travail gigantesque. Depuis, elle n’arrête pas.
Fondamentalement, en quoi a consisté votre travail de départ. Pour éditer votre cassette, et votre livre. "J’en ai d’abord fait une toute petite
- de brochure - parce qu’on m’a dit, il faut vite éditer autrement, on va
vous voler votre découverte. La première édition... c’est vraiement les
grandes lignes. Aujourd’hui, j’en ai un beaucoup plus complet, avec tous
les fruits de notre travail. Chacun, collaborateurs, apporte ses éléments
de recherches pour mieux matérialiser la parole.