Tananarive, 17août(APIC) "La crise dépeuple les campagnes, dégrade les
villes, entretient le chômage, ronge la santé et l’espoir, creuse le fossé
entre gouvernement et gouvernés, délabre les solidarités". Ce bilan sans
complaisance et terriblement négatif concerne Madagascar. Il est dressé aujourd’hui par le "Cercle chrétien d’études et d’action pour le développement à Madagascar" (CEADAM). Face à la crise que traverse actuellement la
grande île, les évêque malgaches, eux aussi, en appellent au "redressement
de la nation".
Selon le CEADAM, la situation à Madagascar "est passée de grave à tragique". En raison "d’importantes erreurs de politique et de gestion économique, et parce que des pratiques éhontées de détournements et d’enrichissement, de vols et de pillages à une grande échelle restent impunies", affirme cette organisation chrétienne.
Elle n’est pas la seule à le dire, du reste. Les Eglises de Madagascar
ont en effet souvent dénoncé cette situation, notamment à travers le Conseil chrétien des Eglise qui groupe les Eglises catholique, anglicane,
luthérienne et l’Eglise de Jésus-Christ. Toutes invitent leurs fidèles à
s’engager concrètement en faveur du redressement du pays.
Ce but est à l’origine de la naissance du CEADAM, en 1986. Créée avec
l’accord du Conseil des Eglises, cette association va dès lors ouvrir une
large campagne et inviter les forces vives du pays (économistes, politiciens, syndicalistes, responsables d’Eglises, groupements de femmes, de
jeunes, etc), à se mobiliser dans le cadre d’un débat national et public
qui devrait prochainement avoir lieu.
Le bilan dressé par les évêques sur la situation de l’île n’est guère
plus brillant. Même si ces derniers, tactiquement, commencent par évoquer
ce qui va bien, ils n’en dénoncent pas moins la perte des valeurs malgaches
traditionnelles. Surtout, ils mettent en accusation la passion de l’argent,
la violence, le fossé entre les riches et les pauvres, la déchéance
matérielle et morale de la population.
Cette réflexion n’est pas nouvelle. Depuis 1984 en effet, les évêques de
Madagascar ont écrit quatre lettres pastorales destinées à attirer l’attention sur la difficile situation vécue par le pays. La dernière en date,
publiée à la suite de leur conférence annuelle, porte précisément sur le
"redressement de la nation" et s’adresse tout particulièrement aux
chrétiens qui ont "les leviers de commande du pays et qui décident finalement de son sort".
Atteinte au droit de réflexion et à la liberté de la presse
Autre aspect dénoncé par les évêques: l’idéologie. Celle qui est "imposée à l’exclusion de toute autre". C’est inadmissible, disent-ils, "il
s’agit d’une atteinte au droit de réflexion et à la liberté d’opinion". Par
là, les évêques évoquent la censure sévère imposée aux journaux, aux radios
et au télévisions, tout en stigmatisant le "double jeu mené par des
chrétiens qui accrochent leur foi au vestiaire dès qu’ils occupent un poste
important".
Pour sortir de la crise, disent les évêques de Madagascar qui mettent
leur espoir dans ce qu’ils appellent "les collectivités décentralisées" et
dans les communautés de base, en quartier ou dans la brousse, il faut que
chacun s’attelle à la tâche, et redonne confiance à la population. Ils insistent encore pour que la paix sociale soit instaurée. "Il convient de
respecter l’équité et le droit, l’égalité de tous devant la justice. Un
contrôle sérieux des services publics est nécessaire afin de lutter contre
la corruption", concluent-ils, en souhaitant une information honnête sur la
sécurité du pays. (apic/dia/pr)