Madagascar: Forum national sur fond de crise (130492)
Paris, 13avril(APIC) Crise économique, violence et pauvreté croissante:
Madagascar vit des heures pénibles. De retour d’un voyage effectué dans ce
pays à la demande de la Fédération protestante de France, le pasteur Bertrand de Luze et un Malgache, Hérimampionanna Rajaonarison ont donné un
aperçu de la situation au cours d’une conférence de presse donnée le 10 avril à Paris, en évoquant notamment le Forum national qui s’est tenu du 22
au 31 mars.
Le pasteur de Luze, qui était porteur d’un message du président de la
Fédération protestante de France destiné au président du Conseil chrétien
des Eglises de Madagascar (FFKM), a apporté son témoignage en relevant que
le Forum national s’est tenu sur fond de crise économique. Un kg de riz
coûte 800 francs malgaches, alors que le salaire minimum théorique n’excède
pas 45’000 fm.
"Les magasins sont beaucoup mieux achalandés, mais inabordables pour la
très grande majorité". La situation dans les prisons est plus que dramatique. Dans celle de Tsiafahy - pour les longues peines - les conditions de
vie sont inhumaines: 8 personnes croupissent dans une surface de 4m2. La
nourriture est jetée à terre. Les prisonniers n’ont droit ni à la gamelle
ni à des couverts; ils souffrent en outre de l’absence de médicaments, de
conditions d’hygiène déplorables. A quoi il convient d’ajouter les emprisonnements arbitraires et le retard des tribunaux. "Certains détenus sont
en prison depuis cinq, voire dix ans sans être jugés".
Pendant toute la durée du Forum, diverses manifestations ont eu lieu. Le
dernier jour, l’armée a ouvert le feu sur des manifestants qui voulaient
entrer dans le camp où se tenait la rencontre. Bilan: cinq morts et 37
blessés. Malgré cela, ont relevé les orateurs, le Forum a atteint son but:
le projet de Constitution a été accepté à la quasi unanimité. Les discussions ont porté sur trois points: la République de Madagascar doit-elle
être fédéraliste ou pas?; la composition du Sénat; l’élection du président
de la République. Reste le problème de savoir qui sera éligible.
Attaques contre les églises et engagement des Eglises
Avant le Forum, les opposants se sont manifestés: trois temples de
l’Eglise de Jésus Christ de Madagascar (FJKM) FJKM et plusieurs églises
catholiques ont été brûlés, la stèle qui rappelait le souvenir de la première venue de l’Evangile a été plastiquée. Pour certains, les Eglises se
sont trop engagées. Il faut savoir que les présidents des différentes commissions étaient tous des pasteurs et que le jour de l’ouverture, un culte
public a réuni quelque 50’000 personnes.
L’Eglise catholique était elle aussi engagée, mais de façon moins visible. "Si les Eglises n’étaient pas là, ce serait la pagaille. Elles doivent
prendre des décisions qui déplaisent à certains partis. C’est inévitable",
a déclaré le pasteur de Luze. Un ton déjà utilisé il y a quelques semaines
par le pasteur Héry Ramanbasoa, de l’Eglise de Jésus Christ de Madagascar,
lors d’un séjour à Paris: "Nous n’avons nullement l’intention de gouverner.
Nous souhaitons l’avènement d’une société juste et démocratique. Une fois
le nouveau gouvernement établi, nous nous retirerons et laisserons le terrain libre au politique". (apic/ecl/pr)