Madagascar: béatification de Victoire Rasoamanarivo (010589)
Antananarivo, 1ermai(APIC) Moment culminant de la visite de Jean Paul II
à Madagascar, le pape a procédé dimanche matin 30 avril à la béatification
de Victoire Rasoamanarivo. Quelque 500.000 fidèles assistaient en plein air
à cette célébration. Victoire est née en 1848 et appartenait à la famille
royale. Elle croît dans le climat païen de la cour et se convertit à 15 ans
au catholicisme, à la grande surprise de sa famille. Un an après, elle se
marie. Veuve 18 ans plus tard, elle se distingue par son amour envers les
pauvres et son zèle apostolique. Elle meurt à l’âge de 46 ans.
Le pape a célébré la messe de béatification devant environ 500.000 personne et en présence du président du Madagascar, Didier Ratsiraka, et de
l’opposition. Cette dernière n’a pas rencontré le pape mais a été reçue par
le cardinal secrétaire d’Etat Agostino Casaroli. La messe a été accompagnée
par des chants et des danses malgaches. Dans son homélie, le pape a souligné l’intensité de la prière de Victoire, son profond amour de la messe
et sa solidarité, générosité et humilité envers les pauvres, malades et
prisonniers.
En citant le thème du voyage "L’Eglise communion au service de la solidarité d’un peuple", Jean Paul II a déclaré aux participants que le thème
les place à la suite de Victoire, en soulignant que tous sont responsables
du bien commun et doivent partager les biens spirituels et matériels en
cherchant la justice et en travaillant pour avancer sur le chemin du développement intégral de l’homme. "Victoire illustre la place qui revient aux
femmes dans l’Eglise", a dit le pape en ajoutant, citant l’exhortation du
dernier synode sur les laïcs (1987) "que la reconnaissance et la dignité
personnelle de la femme constituent le premiers pas à la promotion de sa
pleine participation tant à la vie de l’Eglise qu’à la vie sociale et
publique".
A l’issue de la cérémonie, le pape a confié l’Eglise de Madagascar à la
protection de la Vierge en La priant de donner aux fils et aux filles malgaches "qui sont éprouvés par la souffrance, la force, l’espérance et la
paix du coeur". Le pape a en outre confié à l’archevêque d’Antananarivo un
message destiné aux détenus du pays.
Rencontre avec les laïcs
Dans l’après-midi, Jean Paul II a rencontré le laïcat catholique dans
l’église de la paroisse de Saint-François d’Assise de la capitale. Plus de
1000 personnes y ont participé. Après le salut du président de la commission épiscopale pour l’apostolat des laïcs et d’un représentant des laïcs,
le pape a prononcé un discours dans lequel il a indiqué comment les laïcs
malgaches s’étaient organisés dès le début, notamment les jeunes de l’Union
catholique, dont la bienheureuse Victoire. Jean Paul II a déclaré que "pour
agir et témoigner en chrétien il faut d’abord être chrétien", en énumérant
en outre les activités actuelles des laïcs: direction par les catéchèses et
par un comité de laïcs de la prière dominicale, en l’absence du prêtre; la
préparation aux sacrements; la catéchèse qui, dans la brousse, dépend presque entièrement des laïcs; la pastorale familiale; le service des pauvres
et des malades.
Jean Paul II a encore soulevé le problème de l’importance d’une bonne
formation en relevant que l’apostolat doit "chercher à introduire la nouveauté de l’Evangile dans les mentalités et les structures sociales pour permettre le progrès moral et spirituel des personnes et des communautés". Le
pape a ajouté que c’est un devoir pressant lorsque la société risque de se
dégrader. "Si les leaders (malgaches) ont une responsabilité première, tous
les citoyens sont concernés pour la recherche de la justice, la dignité de
l’homme, la lutte contre la corruption", a dit le pape. S’exprimant au sujet de la collaboration avec les protestants et avec les autres croyants
pour le redressement moral Jean Paul II a encouragé tous les mouvements et
associations de laïcs.
S’adressant ensuite aux prêtres, religieux, religieuses et séminaristes,
réunis dans l’église Saint François-Xavier, le pape a attiré leur attention
sur trois orientations générales. Il leur a d’abord demandé de travailler
dans la communion entre eux, avec les évêques, avec tout le peuple de Dieu
et avec l’Eglise universelle. Une communion qui doit se traduire
concrètement par la charité, la solidarité, l’entraide entre les régions et
l’option préférentielle pour les pauvres. Jean Paul II a relevé à ce propos
que "la nation malgache, qui souffre parfois de divisions, a besoin du
témoignage de ce qu’est l’Eglise : une famille".
A chacun, le pape a ensuite demandé d’approfondir sa relation avec le
Seigneur. Il a enfin insisté sur l’importance d’une solide formation humaine, religieuse et théologique. Comme l’avaient relevé auparavant les religieux, le pape a estimé que l’élaboration théologique est encore insuffisante pour mener à bien l’oeuvre d’inculturation nécessaire. A l’intention
du clergé, il a attiré l’attention des 176 prêtres diocésains et des 969
religieux (dont 40% de Malgaches) présents sur l’île au sujet de la répartition inégale des forces pastorales, qui fait que certains d’entre eux,
dans des régions ou ils sont "clairsemés", travaillent dans des conditions
souvent ingrates, souffrent d’isolement, sont en butte au découragement.
S’adressant enfin aux religieuses autochtones, il s’est réjoui de l’augmentation "étonnante" de leurs effectifs, puisqu’elles représentent désormais
76% des consacrées présentes sur l’île (environ 1.600 sur 2.079 religieuses).
Au corps diplomatique : solidarité et respect
Le discours prononcé par Jean Paul II devant le corps diplomatique,
qu’il a rencontré en fin d’après-midi à la nonciature, a particulièrement
retenu l’attention. Lors de cette ultime rencontre de la journée, le pape a
en effet touché des thèmes comme le développement, une "préoccupation
majeure" pour le générations actuelles, et le respect de l’environnement.
Jean Paul II a souligné "la nécessité d’une coopération active entre les
nations, en précisant que les échanges économiques et la coopération ne
peuvent atteindre leur but que "dans un esprit de solidarité et dans le
respect de l’identité de chaque peuple, de chaque culture, de son
environnement, de son indépendance". Ce n’est que cette solidarité, a-t-il
dit, qui permettra de résoudre le problème de l’endettement des pays les
plus pauvres.
Quant à la détente observée dans les relations internationales ces
dernières années, elle devrait, a affirmé Jean Paul II, favoriser "la
collaboration des hommes de science et de culture dans le monde entier" en
vue du développement du Tiers-Monde. Il a rappelé que deux tiers de
l’humanité continue de souffrir de la faim, à être privés de moyens
d’éducation et d’information suffisants. Il a souhaité églaement une
"collaboration au-delà des frontières et des zones d’influence. "Il est
urgent, a-t-il dit, que la communauté internationale se donne les moyens
juridiques et techniques de garantir la protection de l’environnement".
Après avoir affirmé le droit à la santé, le pape a touché un mot du
fléau de la drogue. Une "véritable mobilisation" s’impose, car "on ne peut
accepter les trafics de mort", a-t-il déclaré, demandant qu’une aide soit
apportée aux cultivateurs qui tirent leurs revenus de la drogue, de façon à
permettre une reconversion qui leur épargnera la misère.
Sur le thème de la famille, Jean Paul II a insisté sur la préparation
des jeunes à leurs responsabilités d’époux et de parents, tout en avertissant qu’on "ne saurait rechercher la modification des comportements par des
pressions contraires à une saine éthique".
Dans ce discours, le pape a déploré que, dans certaines régions, des
missionnaires ont, récemment encore, été victimes de "violences
injustifiées". Il a souhaité qu’ils pourront dorénavant travailler "dans la
sécurité et l’amitié". (apic/jt/cip/pr/bd)