Lyon: remous après les déclarations de Mgr Decourtray sur le Golfe(071190)
Lyon/Paris, 7novembre(APIC) Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de
Lyon, s’est expliqué dans le quotidien "Le Progrès" de Lyon du lundi 7 novembre sur ses déclarations faites le jour de la Toussaint au micro de la
radio "Europe I". Le président de la Conférence des évêques de France avait
en effet tenu un discours "accueilli avec surprise" par beaucoup de catholiques français, entre autres, en déclarant à propos de la crise du Golfe:
"S’il faut absolument choisir entre la guerre et le déshonneur, entre la
guerre et l’injustice, mieux vaut encore la guerre, même si c’est le drame
le plus épouvantable qu’on puisse imaginer".
Le cardinal Decourtray commente dans le quotidien de la région lyonnaise, et de façon peu convaincante, estiment les chroniqueurs, ce qu’il entend par "déshonneur". Il reconnaît que ce mot est "ambigu" et qu’il peut
être "mal interprété". Pourquoi l’avoir utilisé? "Peut-être parce que dans
ma jeunesse, à Lille, de 1940 à 1944, j’ai entendu une voix nous dire depuis Londres: ’Honneur et patrie, voici la France libre’, j’ai retenu aussi
cette phrase de Churchill: ’Si vous préférez le déshonneur à la guerre,
vous n’éviterez pas le déshonneur et vous aurez la guerre par-dessus le
marché’", répond Mgr Decourtray.
Pour moi, explique-t-il encore, "le mot ’honneur’ est devenu synonyme de
’dignité’, mais je reconnais qu’il n’en est pas ainsi pour beaucoup et
j’aurais peut-être mieux fait d’en employer un autre".
Un mot qui, en effet, sonne mal aux oreilles de nos contemporains, comme
l’observe le quotidien catholique "La Croix" dans son édition du 6 novembre
qui relève non sans ironie que "le cardinal Decourtray a eu raison de préciser sa conception très ’churchillienne’ de l’honneur".
Le commentaire de "La Croix" va plus loin encore dans sa critique en
écrivant: "Aujourd’hui, on attendrait plutôt des hommes d’Eglise un cri
plus prophétique en faveur des solutions qui évitent le recours à la violence. Car la guerre moderne ne tue pas seulement des combattants. Les populations civiles y sont crucifiées, avec le lot de déchirures irréparables que cela suppose... Alors que chars et canons manoeuvrent dans le désert, on attend plutôt un cri de paix avant que le choc ne soit inévitable".
Désapprobation et "surprise attristée"
Un sentiment que partage l’évêque d’Evreux, Mgr Jacques Gaillot, qui,
invité à se prononcer sur le discours de Mgr Decourtray, a déclaré sur "Antenne 2": "Si un homme d’Eglise légitime la guerre, où va-t-on?". Il souligne en outre que "s’il y a déshonneur, c’est parce que nous n’avons rien
dit pendant le massacre des Kurdes, parce que nous avons vendu des armes à
l’Irak et cautionné des situations d’injustice par rapport aux immenses
fortunes des émirs face aux populations arabes".
Si le mouvement "Pax Christi" de France refuse de se prononcer sur le
cas en relevant qu’"il faut essayer de laisser décanter les choses. Nous
sommes un mouvement d’Eglise et nous ne pouvons pas parler contre l’Eglise", la Commission française de "Justice et Paix" a fait parvenir à Mgr
Jacques Delaporte, archevêque de Cambrai, un texte sur la situation actuelle dont la teneur sera prochainement rendue publique.
Du côté protestant, les synodes régionaux de l’Eglise réformée de France
ont exprimé leur réprobation. Le synode de la région Centre-Rhône-Alpes a
adressé une lettre ouverte à Mgr Decourtray pour exprimer sa "surprise attristée" devant un langage qui "laisse penser qu’il existe encore des guerres justes". (apic/cip/mjh/pr)