Week-end de réflexion de l’ACAT-France
Lyon, 29 janvier(APIC) Où en est l’Afrique aujourd’hui? Quelles sont les
chances de survie pour ce continent qui vit au quotidien le déclin économique, la misère et la négation des droits de l’homme? Pour aider à mieux
comprendre ces problèmes, l’ACAT-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) a organisé les 25 et 26 janvier à Lyon un week-end de
réflexion et de prière. Africains et Français, laïcs et pasteurs d’Eglise
ont essayé de relire les événements actuels à la lumière de l’histoire passée et récente de l’Afrique.
Dressant un bilan de 30 ans d’indépendance en Afrique franconphone constituée de 13 pays, Yolande Diallo, du Centre des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, s’est préoccupée de l’avenir de ces pays "grevé par
un passé de dictature où les chefs d’Etat ont dépensé pour leur prestige quand ils ne l’ont pas purement et simplement détourné - l’argent de
l’Etat. A quoi il convient d’ajouter des économies déstabilisées par la
chute constante du cours des matières premières et une agriculture fragilisée parce qu’orientée presque exclusivement vers l’exportation.
Pour André Jacques, président de l’ACAT-France, plus que de l’Afrique,
c’est du visage de ce continent et des Africains qu’il faudrait parler.
Mais il faut reconnaître que l’Occident est en partie responsable des problèmes qui se posent à ces Etats: "Après la seconde guerre mondiale, l’Allemagne a dû payer des dommages de guerre. Qu’est-ce que l’Afrique a reçu
pour l’occupation qu’elle a subie avec le colonialisme. Quant à notre développement, nous le devons à la sueur de la souffrance de ceux qui récoltent
pour nous le thé et le café".
Drame des réfugiés, drame de la malnutrition, corruption, violation des
droits de l’homme... "Les causes relèvent en partie de la responsabilité
des Africains", a déclaré Yolande Diallo en constatant qu’il y a eu des répressions terribles et que face à elles, "on a baissé les bras". Les puissances coloniales "ont souvent appuyé des régimes violents lorsqu’ils allaient dans le sens de leurs intérêts".
Le rôle des Eglises
Outre les Conférences Nationales qui, dans nombre de pays, ont ouvert la
voie à la démocratie, les jeunes représentent l’espoir de l’Afrique. Plus
de la moitié des Africains ont moins de 20 ans: "Ils ont une plus grande
conscience des droits de l’homme et de leur dignité. Ils savent que leur
avenir est en Afrique", a affirmé la représentante des Nations Unies.
Et le rôle des Eglises? "Celles-ci doivent accompagner la marche vers la
démocratie. Selon Mme Diallo, "on a reproché aux Eglises d’être restées
trop spectatrices. Mais même dans les pays à majorité musulmane, les instances religieuses forment toutes les élites et les dirigeants de demain".
Depuis 1988, a-t-elle précisé, les Eglises sont entrées dans l’’âge éthique’ et se mettent à parler avec ’souffle et force’".
Quant au Père Bruno Chenu, professeur à l’Institut catholique de Lyon,
il a évoqué l’événement à venir pour l’Eglise catholique d’Afrique: le prochain Synode africain qui se tiendra en 1993.
Un Synode annoncé le 6 janvier 1989 par le pape Jean Paul II, et qui a
provoqué des réactions les plus diverses: déception chez les uns parce que
le Synode a une autorité consultative et non délibérative; crainte de récupération chez les autres; mais aussi espoir pour beaucoup que ce Synode
ouvre un âge nouveau pour la vie ecclésiale en Afrique. Et le Père Chenu
d’expliquer: d’ores et déjà, un certain nombre de problèmes ne figurent pas
dans les documents préparatoires: le problème de la famille et du mariage
chrétien par rapport au mariage coutumier; les ministères laïcs, les finances, le rôle des femmes et des jeunes dans l’Eglise. L’orateur a terminé en
soulignant les trois enjeux qui se posent: la personnalité du christianisme
africain; l’identité catholique en Afrique; la solidarité avec les pauvres
et avec les autres Eglises et les autres religions.
Au terme de ces journées, l’Afrique est apparue dans toute sa pauvreté
matérielle, mais aussi dans toute sa richesse humaine. "L’Afrique a un génie à partager avec le reste du monde, et pas seulement les matières premières. Elle a beaucoup à donner sur le plan humain. C’est un continent en
forme de coeur", a conclu Mme Diallo. (apic/ecl/pr)