Luxembourg: 51e réunion du CCMIE (020492)
Luxembourg, 2avril(APIC) Le Comité Catholique des Migrations en Europe
(CCMIE) a tenue sa 51 réunion du 24 au 27 mars au Centre Européen au Luxembourg, avec l’appui de la Commission des Communautés européennes. Théme
central de cette session: "Les minorités en migration et leurs droits fondamentaux". Il fait suite au mémorandum publié par le CCMIE après sa réunion tenue en 1990 à Ariccia (Italie) au sujet de ces minorités.
La session du Luxembourg, tenue sous le patronage de Jacques Santer,
Premier ministre luxembourgeois, a permis aux différents responsables
nationaux de la pastorale catholique des migrations d’entendre une série de
conférences et de prolonger la réflexion dans les groupes linguistiques, en
l’absence de la délégation britannique - le groupe allemand étant en
revanche surreprésenté -, les participants ont adopté une déclaration
finale. Un rapport définitif est en voie de publication.
Comme l’a rappelé en ouvrant la séance le Père Antonio Perotti, directeur du Centre d’information et d’études sur les migrations internationales
de Paris, le concept de "minorité" se prête à une telle variété de significations et de typologies, qu’il est nécessaire d’en préciser le contenu. En
fait, le concept de minorité est, avant tout, lié au processus de formation
de la nation et de l’Etat et tout spécialement, de l’Etat moderne. L’utilisation du terme "minorité" implique ici un jugement de valeur. Il postule
un Etat démocratique suffisamment organisé pour exercer une influence profonde sur des groupes qui, par leur importance numérique, peuvent jouer un
rôle décisif dans le processus politique. Mais tout groupe ethnique ou minorité culturelle ne peut y prétendre. Concrètement, les droits et les devoirs d’une minorité dépendent de l’histoire particulière que cette minorité entretient avec la nation dans laquelle elle s’insère.
Le P. Perotti insiste fortement sur les ambiguïtés à éviter. Il ne faut
pas confondre dans la notion de "société pluriculturelle" les minorités
ethniques ou régionales faisant partie de la même nation, les minorités
postcoloniales installées dans les anciennes métropoles où elles bénéficient de la citoyenneté nationale, les immigrés ayant gardé leur statut
d’étrangers, les générations issues des migrations, les gitans.
Analyse différenciée nécessaire
Les situations pluriculturelles d’une société méritent donc une analyse
différenciée selon qu’elles résultent de l’histoire des nationalismes, de
celle des colonisations, de celle de l’immigration ou de celle aussi de la
spécificité culturelle. Ces situations pluriculturelles n’éveillent pas les
mêmes sentiments collectifs ni dans la population générale ni dans les
groupes minoritaires qui sont confrontés à des problèmes d’intégration.
Pour les mêmes raisons, il importe de ne pas identifier la "société pluriculturelle" née des migrations à une société "pluricommunautaire", et pas
davantage le concept de société pluriculturelle en Europe. L’excès ou le
fantasme dans la façon de percevoir ces communautés, non seulement ne correspond pas à la réalité, plus fragmentée et plus diversifiée qu’on le
croit généralement, mais peut conduire à refuser le caractère pluriculturel
réel sans faire l’effort de l’analyser, de l’expliquer et de l’assumer. La
conception d’une société "pluricommunautaire" entraîne d’ailleurs des situations très différentes en fonction du concept socio-politique, lié à la
philosophie sous-jacente du concept de nation.
Sociétés pluriculturelle et droits des minorités
Bien d’autres ambiguïtés doivent être évitées lorsqu’on traite du problème des minorités et de leurs droits: concevoir la société pluriculturelle - dont les minorités font partie - comme une mosaïque où les groupes et
communautés de langue, culture, ethnie, ou religions différentes, seraient
simplement juxtaposés; concevoir les relations humaines uniquement entre
minorités et majorités en excluant l’analyse des relations "inter-minorités"; voir la société pluriculturelle comme une société politique qui ne
supporterait pas l’acceptation commune de règles de communication, "ce qui
implique une ou plusieurs langues officielles, un système juridique commun
et la règle démocratique du consensus social"; penser la "société pluriculturelle" en autonomisant les cultures, comme si l’interaction entre individus, groupes, communautés, se faisait dans une relation d’égalité de statut juridique, social, culturel, politique et "d’autonomie par rapport à la
visée politique de la majorité"; concevoir enfin la "société pluriculturelle" en "surinvestissant" la différenciation ethnique, nationale ou religieuse, en "oubliant" la différenciation introduite par la classe sociale,
l’âge, la génération, le sexe, le territoire...
D’autres questions ont encore retenu l’attention du Comité au terme de
ses débats, comme par exemple de savoir s’il convient de privilégier l’intégration des personnes ou plutôt des collectivités; le problème de la présence de minorités de type religieux, en particulier l’islam; ainsi que les
nouvelles questions économiques et humaines que pose l’immigration en provenance de l’Europe centrale et de l’Est, et l’immigration en provenance du
tiers monde, par le biais ou non de la demande d’asile. Deux questions essentielles ont été particulièrement mises en avant: celle des critères
chrétiens d’une politique de régulation de l’immigration, et celle de l’aide à apporter aux pays de l’Est ou du tiers monde pour qu’ils puissent développer leur économie et créer de l’emploi. (apic/cip/pr)
Le rapport pourra être obtenu au secrétariat du Comité catholique pour
les migrations intra-européennes, 30 rue de Vermont, CP 96, Genève.