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    Lugano : séminaire international sur "Les (230490)

    nouveaux mouvements religieux en Europe"

    La discussion plutôt que la lutte

    Lugano, 23avril(APIC) Quelque 50 chercheurs dans le domaine des nouveaux

    mouvements religieux venus de dix pays d’Europe, des Etats-Unis et du Japon

    ont participé vendredi et samedi 20 et 21 avril à Lugano au quatrième séminaire international du centre italien d’études des nouvelles religions

    (Cesnur). Ce séminaire, patronné par Mgr Eugenio Corecco, évêque de Lugano,

    rassemblait pour la première fois des chercheurs de tant de pays, a confié

    à l’agence APIC Massimo Introvigne, directeur du Cesnur. Il avait pour but

    de mettre en commun les résultats et les analyses des spécialistes.

    Les rapports des chercheurs européens ont présenté en gros la même image

    des nouveaux mouvements religieux dans les pays du continent. Des différences sont toutefois apparues en ce qui concerne les mouvements isolés ou les

    conditions historiques. Les sectes chrétiennes comme les Témoins de Jéhovah

    et les Mormons sont présents dans toute l’Europe et elles devraient s’étendre encore dans les décennies à venir, a relevé Yvon Le Mince, membre du

    groupe d’étude de la Conférence épiscopale française pour les nouveaux mouvements religieux. L’on constate une tendance à privatiser la religion et à

    faire de plus en plus référence à la Bible. Une référence sur laquelle

    s’appuie le mouvement raélique, le seul "mouvement des soucoupes" qui ait

    une extension internationale. Yvon Le Mince a demandé s’il n’était pas nécessaire, faisant allusion à ce mouvement, que les gens apprennent comment

    lire un texte et respecter son style littéraire.

    Les Témoins de Jéhovah : la "secte" la plus importante en Italie

    Le professeur Massimo Introvigno a souligné la particularité de l’Italie

    sur le plan des mouvements religieux: les Témoins de Jéhovah sont de loin

    la "secte" la plus forte dans ce pays. Avec quelque 300’000 membres, elle

    est le second groupe religieux d’Italie, beaucoup plus important que

    l’Eglise de l’unification du révérend Moon, qui compte quelque 200 adeptes,

    ou l’Eglise de scientologie, qui regroupe environ 600 membres. Les Témoins

    de Jéhovah ont eu un grand succès par le porte à porte auprès des migrants

    italiens venus du Sud pauvre vers le Nord industrialisé. Selon les recherches du Cesnur, les migrants n’ont pas retrouvé la fête annuelle des saints

    locaux et la piété populaire qui y est liée. L’Eglise officielle, quant à

    elle, a sous-estimé l’importance de la piété populaire. Le rapport

    autrichien insiste sur la nécessité de revaloriser la piété des sacrements

    et la pratique des pèlerinages.

    Le "New Age" : une nouvelle manière de penser

    Les mouvements religieux venus d’Orient ainsi que les mouvements ésotériques et de spiritisme présentent un autre aspect du phénomène des sectes.

    Le "New Age" puise ses racines dans ces deux courants. Il est plus une nouvelle manière de penser et une nouvelle conscience qu’un mouvement religieux à proprement parler. Le "New Age" se comprend plus comme une thérapie

    et une aide en vue de l’auto-réalisation. Yvon Le Mince s’est exprimé ainsi

    à son propos: "de tels mouvements ne cherchent plus Dieu, ils tentent de

    devenir Dieu". Le concept de force est important dans le "New Age". Le

    chercheur danois Johannes Aagard a quant à lui parlé d’une "tantrisation"

    du christianisme: le concept indien de Tantra transforme toujours plus, par

    l’entremise du mouvement théosophique, l’idée de la culture occidentale ancrée dans le christianisme.

    Une visite au Monte Verità, près de Lugano, a permis aux participants de

    mieux saisir le lien entre le mouvement théosophique, le mouvement anthroposophique et le "New Age". Les idées débattues en ce lieu à la fin du siècle dernier et du début de ce siècle, transformées et commercialisées aux

    Etats-Unis, atteignent l’Europe sous l’appellation de "New Age". La société

    théosophique a aussi grandement contribué à la propagation d’idées venues

    d’Orient comme la réincarnation et le Karma et à l’établissement en Europe

    de cultes orientaux.

    Jean-François Mayer, de Fribourg, a illustré ce lien entre théosophie et

    extension des cultes asiatiques par l’exemple de la psychologue de Winterthour Hanna Herrmann, membre de la société théosophique. Lorsqu’après la

    fin de la seconde guerre mondiale Selvarajan Yesudian, un maître de yoga,

    se trouva durant quelques jour en Suisse sur sa route vers l’Amérique, Hanna Hermann l’invita. Le succès de ses conférences semble avoir été si grand

    qu’il a décidé de rester en Suisse et d’y ouvrir les premières écoles de

    yoga. Dans les années cinquante, Hanna Herrmann a été l’élève du célèbre

    gourou indien Swami Sivananda. Après sa mort, elle a persuadé l’un de ses

    élèves, Swami Omkarananda, de s’établir à Winterthour, où il a ouvert le

    premier Ashram de Suisse, le centre de la "Divine Lumière".

    L’influence de la loge maçonnique

    Le professeur Massimo Introvigne a ajouté quant au "New Age" et à son

    histoire que dans les pays du Sud le mouvement théosophique est moins important que la loge maçonnique, largement répandue et qui y exerce une

    grande influence. Les pays du Sud ont moins propagé les idées orientales

    que les anciennes pratiques cabalistiques et de spiritisme, qui touchent

    aujourd’hui les masses par le "New Age".

    La situation à l’Est

    Tadeusz Doktor, de l’Université de Varsovie, s’est exprimé sur la situation en Pologne et dans les autres pays de l’Est. Les mouvements religieux

    de l’Orient y sont apparus plus tardivement qu’à l’Ouest, dans les années

    septante; aujourd’hui elles ont atteint un plafond. La "nouvelle liberté"

    changera peu de choses, a relevé Tadeusz Doktor.

    Les nouvelles religions : des idées déjà répandues

    Les chercheurs ont fait une constatation: un phénomène général dans les

    cultes venus d’Orient et les mouvements ésotériques est que le noyau de

    professionnels au sein de ces groupes est élevé par rapport au nombre modeste d’adeptes. Rarement l’Eglise de l’unification du révérend Moon, Hare

    Krishna et des mouvements semblables comptent quelques centaines de membres

    par pays. Les idées que défendent ces mouvements, comme la réincarnation,

    l’astrologie et la communication avec les morts sont devenues pour une bonne part du domaine public. Ainsi, un quart de la population en Suisse et un

    cinquième en Italie croient à la réincarnation. Toujours plus de contemporains se composent leurs pratiques religieuses et leurs convictions au supermarché du "New Age". C’est là un vrai défi pour les Eglises.

    Un combat mené par les mouvements anti-cultes contre les nouveaux mouvements religieux dirigé uniquement contre leur attitude (séparation et endoctrinement) est voué à l’échec, ont estimé les spécialistes réunis à Lugano. La discussion de leurs doctrines majeures peut aboutir à de meilleurs

    résultats. Il est urgent, a souligné le président du Cesnur, Mgr Giuseppe

    Casale, archevêque de Foggia-Bovino, d’entreprendre une recherche sérieuse

    sur ces phénomènes. (apic/ra/cor)

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