Lugano : séminaire international sur (200490)
Explosion des sectes
Lugano, 20avril(APIC) Plus de 50 spécialistes des nouveaux mouvements religieux sont réunis à Lugano ces 20 et 21 avril pour participer à un séminaire international sur "Les nouveaux mouvements religieux en Europe". Ce
séminaire, organisé par le Centre italien d’études sur les nouvelles religions (Cesnur) et le Fonds national suisse, est le premier de ce genre,
puisqu’il regroupe des chercheurs venus de dix pays d’Europe, du Japon et
des Etats-Unis. Il tentera de saisir le phénomène des nouveaux courants religieux dans toute sa complexité et d’en approfondir l’analyse sur les
plans culturel et doctrinal. Son extension régionale retiendra également
l’attention des chercheurs, a constaté dans son introduction Mgr Eugenio
Corecco, qui invitait les participants
Pour Jean-François Mayer, de Fribourg, la situation des nouveaux mouvements religieux en Suisse est très différente selon les cantons, si l’on
s’en tient uniquement aux règlementations légales. Des quarante sectes les
plus importantes de Suisse, les trois quarts possèdent un groupe à Zurich,
tandis que Genève, avec son importante communauté de langue anglaise, comprend en pourcentage le plus grand nombre d’adeptes. Quelque 80’000 personnes en Suisse sont membres de tels mouvements, qui vont de sectes issues du
protestantisme à des mouvements venus d’Asie. A elle seule, l’Eglise néoapostolique compte 40’000 membres: elle est la plus importante secte de
Suisse.
Le nombre des adhérents de mouvements d’influence orientale ou ésotérique est peu connu, ont souligné d’autres intervenants, jetant un regard sur
la situation dans les pays européens. Depuis vingt ans, les sectes connaissent une explosion et un fractionnement. Les idées véhiculées par celles-ci
sont répandues, et toujours plus, par des livres, des revues et des cours,
de telle sorte qu’aujourd’hui le quart de la population suisse croit à la
réincarnation.
Les courants que regroupe l’appellation "New Age" ont été évoqué à Lugano. Peu structurés, ils recrutent peu d’adeptes. Le "New Age" se comprend
moins comme une religion que comme une thérapie, un chemin de guérison et
d’épanouissement personnel, a relevé Yvon Le Mince, du groupe d’étude des
nouveaux mouvements religieux de la Conférence épiscopale française.
Durant la discussion publique du jeudi soir, qui a réuni plusd’une
centaine de participants, Massimo Introvigne, professeur à Turin et directeur du Cesnur a résumé en trois points le phénomène complexe des nouveaux
mouvements religieux: privatisation de la religion, signification politique
moindre, mobilité des gens et des idées qui conduit à une rencontre des
cultures et à des mélanges. Ainsi, Massimo Introvigne a rencontré à Turin
une Italienne qui présentait l’offrande japonaise du riz à ses ancêtres.
La nouvelle religiosité est le vrai défi lancé aux Eglises et à la culture occidentale. L’offre est de plus en plus abondante et chacun se sert
selon son tempérament et ses goûts, même les personnes qui fréquentent les
Eglises traditionnelles. Citant le théologien Karl Bath, Mgr Corecco a relevé que la religion, comme elle est comprise par les nouveaux mouvements
religieux, "peut devenir une autosatisfaction qui au lieu de conduire à
Dieu enferme l’homme en lui-même et le ferme à Dieu". (apic/ra/cor)