"La situation de la population palestinienne toujours plus précaire"
Lucerne, 20avril(APIC) "La situation de la population palestinienne dans
les territoires occupés est toujours plus précaire, les voix modérées ont
de plus en plus de peine à se faire entendre dans les deux camps et la population palestinienne chrétienne est soumise à des pressions croissantes
de la part d’une petite minorité musulmane fanatique mais très agissante".
De retour de Terre Sainte, ou il a été témoin du massacre commis par la Police des Frontières israélienne dans la nuit du 13 avril au village de Nahalin, près de Bethléem, Bruno Hasler, administrateur de l’oeuvre d’entraide catholique ’Aide aux enfants de Bethléem’, à Lucerne, déplore la montée
de l’extrémisme tant du côté juif que du côté musulman.
Certains estiment, relève Bruno Hasler qui n’a pu le vérifier, que c’est
parce qu’il y a des fondamentalistes islamiques à Nahalin que les Israéliens ont attaqué ce village musulman en plein ramadan, ou l’Hôpital Caritas des enfants de Bethléem, financé par les catholiques de Suisse et d’Allemagne, a mis sur pied un dispensaire. Selon Joël Greenberg, du quotidien
israélien "Jerusalem Post", la Police des Frontières israélienne est entrée
dans le village de Nahalin jeudi ou elle a ouvert le feu sans qu’il y ait
eu provocation de la part des habitants, faisant au moins cinq morts. Les
soldats ont brisé les vitres des voitures, de l’école et de nombreuses maisons avec des pierres, des rafales de mitraillette ou des bâtons. Ils n’ont
pas épargné le bétail et ont laissé derrière eux des cadavres d’âne, de
chèvre, de chien et même de chat. Les maisons sont criblées de balles et
les réservoirs d’eau sont transpercés par les balles.
Un massacre sans provocation
Bruno Hasler a visité les blessés de Nahalin - une trentaine - dans les
hôpitaux publics de la région de Bethléem. Il relève que les soldats israéliens sont entrés dans le village au milieu de la nuit, alors que les habitants déjeunaient - on est en plein ramadan - et s’apprêtaient à se rendre
à la mosquée pour la prière. Les soldats, à bord de dix jeeps, vraisemblament accompagnés de colons (les colons des implantations juives de la région auraient déjà mis la main sur près des deux-tiers des terres de Nahalin et aimeraient faire raser ce village de 3’500 habitants), ont tiré sans
discrimination. Les ambulances ne sont arrivées que vers neuf heures le matin, soit quatre ou cinq heures après les tirs, certains blessés ayant déjà
pu être évacués par des autos privées. Bruno Hasler a vu des blessés par
balles, dont certains devaient être soignés dans les corridors. Une fille
de quatorze ans avait reçu trois balles dans le dos.
Une situation économique désastreuse
Pour l’administrateur de l’Aide aux enfants de Bethléem (Kinderhilfe Bethlehem), ce grave incident illustre bien la polarisation de la situation
dans la région de Bethléem, ou il n’y a pas de jours sans qu’il y ait mort
d’homme, souvent des jeunes, même des enfants. La situation économique de
la population des territoires occupés s’est encore aggravée ces derniers
mois : il y a plus de 50 % de chômeurs, le cours du dinar a fortement chuté
et les salaires - pour ceux qui en reçoivent - n’ont pas été compensés dans
la plupart des cas. Aussi la viande est-elle devenue paradoxalement meilleure marché, les familles appauvries ne pouvant plus s’en offrir. En raison de la crise économique, de l’occupation militaire mais également de la
pression exercée par une petite minorité fondamentaliste musulmane, des
commerçants chrétiens, notamment à Jérusalem, ont dû fermer boutique et
vendre leurs magasins. Ils émigrent vers l’Europe ou vers les Etats-Unis.
La présence chrétienne en Terre Sainte est ainsi de plus en plus menacée.
Ainsi, constate Bruno Hasler, avec la poursuite de l’intifada, ce sont
les extrémistes des deux bords - intégristes musulmans et colons juifs qui ont la parole. Les sectes d’origine chrétienne se développent également
et la présence des Mormons ou des Témoins de Jéhovah est de plus en plus
visible. Des organisations n’appartenant pas à des Eglises ou des communautés religieuses reconnues, sont toujours plus actives. C’est le cas de
"l’oeuvre d’entraide internationale chrétienne Terre Sainte", dont le siège
est à Kansas City, aux Etats-Unis, qui fait actuellement une propagande
énorme, également en Suisse, pour le "Mount of David Orthopaedic Hospital"
de Bethléem.
Une aide de plus en plus nécessaire
De son côté l’Aide aux enfants de Bethléem ne reste pas inactive : depuis l’an dernier, près de 500’000 dollars seulement pour l’aide individuelle aux familles ont été décidés, dont quelque 300’000 ont déjà été distribués par le biais de l’Hôpital Caritas des enfants de Bethléem, et pour
Jérusalem, par l’intermédiaire d’un comité formé par le Délégué apostolique, le Secrétariat des écoles catholiques en Terre Sainte, la Mission pontificale et la Caritas de Jérusalem. Cet argent provient essentiellement
des catholiques de Suisse et d’Allemagne, qui financent également le fonctionnement de l’Hôpital Caritas des enfants de Bethléem pour un montant de
3 à 3,5 millions de francs par an (selon le cours du dollar et du dinar),
dont les 2/3 récoltés en Suisse. Des demandes de plus en plus pressantes
arrivent actuellement à Lucerne, notamment pour venir également en aide,
sans considération d’appartenance religieuse, aux familles libanaises et
palestiniennes touchées par les derniers combats à Beyrouth. (apic/be)
Aide aux enfants de Bethléem, 6000 Lucerne 6, CP 133. CCP 60-20004-7.