Lucerne: Caritas Suisse pour une politique migratoire cohérente (070591)
Lucerne, 7mai(APIC) La Suisse ne règlera pas le problème des réfugiés et
des requérants d’asile par une loi sur l’asile, mais en mettant sur pied
une authentique politique migratoire, a déclaré Norbert Kieliger, chef du
département "Etrangers en Suisse" de Caritas Suisse lors de la conférence
de presse annuelle de l’organisation mardi à Lucerne. Posant un regard sur
l’année écoulée, le directeur Fridolin Kissling a pour sa part évoqué les
préoccupations de Caritas en 1990: les récents changements en Europe de
l’Est et l’Europe de 92, les flux migratoires croissants, la faim dans plusieurs pays d’Afrique et le fossé grandissant entre riches et pauvres.
L’oeuvre d’entraide a vu en 1990 ses rentrées passer de 61 à à 77 millions
de francs.
Caritas Suisse a consacré en 1990 9 millions de francs de plus que l’année précédente pour venir en aide aux réfugiés et aux requérants d’asile en
Suisse, accueillant plus de 5’100 d’entre eux dans 27 foyers. Cette action
est l’un des nombreux projets soutenus par l’oeuvre d’entraide tout au long
de l’année.
Caritas Suisse dénonce la politique suisse en matière d’asile: une politique de dissuasion qui prévoit l’armée aux frontières, élève des barrières
juridiques, agrandit la liste des pays "sûrs" pour le renvoi des requérants
d’asile aux yeux de la Confédération. Caritas regrette en outre que la
Suisse ne fournisse pas aux oeuvres d’entraide les moyens - notamment financiers - leur permettant de soutenir plus efficacement les requérants
d’asile et les réfugiés.
Pour Caritas Suisse, il convient non seulement de séparer les "faux" réfugiés des "vrais", ceux qui courent un réel danger s’ils sont refoulés,
mais aussi d’alléger et d’accélérer la procédure en matière d’asile.
L’oeuvre d’entraide réclame notamment la mise sur pied d’une instance indépendante de plainte, des mesures concrètes pour réduire le fossé entre le
Nord et le Sud et la publication du "rapport stratégique 2" demandé par le
Parlement sur la politique d’asile et la politique envers les étrangers au
cours des années 90. Elle invite les autorités à replacer le problème de
l’asile dans un contexte global qui coordonne la politique extérieure et la
politique de développement de la Suisse.
Ne pas imposer à l’Est un modèle occidental
Les récents bouleversements en Europe de l’Est et l’Europe de 92 ont
constitué deux des principales préoccupations de Caritas Suisse en 1990, a
relevé Fridolin Kissling. Une bonne surprise pour l’oeuvre d’entraide: des
Caritas locales avaient commencé à se constituer sous le régime communiste
en Lituanie, en Ukraine, en Russie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Roumanie et en Yougoslavie; l’Eglise elle-même avait développé des réseaux de
solidarité. Il s’agit maintenant de promouvoir les échanges d’expériences
entre l’Est et l’Ouest, de reconstituer les structures et de former le personnel sans pour autant imposer un modèle occidental, a souligné le directeur. Caritas soutient actuellement des projets en Roumanie, en Arménie et
en Ukraine. Pour elle, l’Europe de 92 doit non seulement être forte économiquement, mais elle doit développer une politique sociale qui prenne en
compte les besoins de tous.
Enfin, Caritas Suisse s’est préoccupée en 1990 du sort des populations
menacées par la faim en Afrique, dénoncant le manque de volonté politique,
la passivité de l’opinion publique et le silence des médias. Les réfugiés
kurdes et le sort fait à la population irakienne à la suite de la guerre du
Golfe ont aussi retenu son attention. L’oeuvre d’entraide a déjà versé
300’000 francs pour venir en aide aux victimes du cyclone qui a ravagé le
Bangla Desh il y a une semaine. (apic/cor)