"Les enfants ne savent pas ce qu’est la pluie"
Lucerne, 20août(APIC) L’Afrique australe est en proie à la sécheresse
du siècle. Environ 18 millions de personnes risquent d’y mourir de faim et
de soif. En collaboration avec la Chaîne du Bonheur et la Confédération,
Caritas Suisse apporte des secours pour un montant total de 4,3 millions de
francs. Cette aide d’urgence se concentre sur le Zimbabwe.
Joseph Werlen, membre de la société missionnaire de Bethléem qui travaille dans le diocèse de Gweru, affirme que le Zimbabwe subit actuellement
la pire sécheresse depuis 1911: "Voilà deux ans qu’il n’a pas plu dans la
savane, au sud-est du pays. Les petits enfants ne savent pas ce qu’est la
pluie".
Jules Greber,supérieur de la Mission de Berejena, confirme l’ampleur de
la catastrophe; les gens ont depuis longtemps mangé le maigre produit de la
dernière récolte, de même que les semences. "Il n’y a plus de maïs dans les
greniers, ni même d’herbe dans les pâturages. Le bétail encore en vie doit
allonger le cou pour atteindre les rares feuilles des arbres desséchés".
Selon les estimations du ministère des affaires sociales du Zimbabwe, en
avril déjà, plus de quatre millions de personnes soit près de la moitié de
la population du pays souffraient de la sécheresse. Le manque d’eau potable
est tout aussi dramatique que la pénurie alimentaire. Joseph Sande de Caritas Zimbabwe témoigne: "les fleuves et les lacs sont à secs, l’approvisionnement en eau a dû être rationné dans les villes."
Le tarissement des puits et trous d’eau a entraîné la mort de milliers
de boeufs et autres animaux domestiques. Une grande partie des troupeaux a
dû être vendue à vil prix pour garantir la survie du cheptel restant.
Erreur politique
La sécheresse n’est cependant pas l’unique cause de la famine qui accable le Zimbabwe. Le gouvernement a en effet commis une lourde erreur en matière de politique agricole, soutenant la production de denrées destinées à
l’exportation au détriment des cultures vivrières. Le père Werlen résume:
"Lorsqu’il peut gagner dix fois plus en cultivant du tabac, pourquoi un
paysan planterait-il encore du maïs".
Ainsi donc, parce que l’Etat ne paye pas assez pour le maïs, bon nombre
d’agriculteurs se sont convertis au tabac et au coton. Ajoutons que le Zimbabwe a suivi cette politique, qui lui procure les devises tant convoitées,
sur pression du Fonds monétaire international et de la banque mondiale.
Caritas Zimbabwe, qui s’attendait à une grave sécheresse depuis le début
de l’année, a élaboré un programme d’aide d’urgence qui s’élève à 3,7 millions de francs. Caritas Suisse y affecte un million de francs. L’approvisionnement des groupes à risque se trouve au premier plan. Aussi les vivres
seront-ils distribués en priorité aux enfants, aux malades et aux personnes
âgées.
3’000 tonnes par jour
Au cours des prochains mois, le Zimbabwe aura besoin de 3000 tonnes de maïs
par jour. Mais si l’aide alimentaire revêt un caractère urgent, l’approvisionnement en eau s’avère tout aussi prioritaire. Il s’agit d’approfondir
les puits et de construire des citernes pour ravitailler la population en
eau potable, d’élever de petites digues en vue de garantir l’irrigation des
terres agricoles lors de la prochaine saison des pluies.
Il faudra en outre procurer aux paysans semences et engrais, afin qu’ils
puissent ensemencer leurs champs à temps. Enfin, souligne Joseph Sande, "à
plus long terme, il convient d’encourager les communautés rurales à cultiver davantage de maïs et de millet." (apic/com/ak)