Lucerne, 3juillet(APIC) Avec le gouvernement démocratiquement élu, Haïti
contre la malnutrition pour laquelle une réforme agraire constitue une exigence de toute première urgence, mais aussi par la lutte contre le déboisement massif et la catastrophe écologique qui a suivi. Caritas Suisse estime
pouvoir profiter du contexte politique favorable pour redoubler d’ardeur en
basant ses actions sur des groupements paysans, promoteur de leur propre
développement. Daniel Stöcklin, collaborateur à Caritas, vient de rentrer
d’une mission d’information en Haïti. Il livre ses impressions.
Engagé dans un processus de démocratisation qui a amené l’élection du
Père Aristide en décembre 1990, Haïti hérite d’un lourd passé: le néocolonialisme de 30 ans de dictature a perpétué des structures socio-économiques
propres à engendrer la malnutrition qui sévit aujourd’hui. Parmi les maux
de cette île des Antilles, la répartition inégale de la terre est sans doute la cause la plus directe de la faim: les meilleures terres, sous-utilisées, sont ooccupées par les grands propriétaires, dont l’Etat, qui possède
le cinquième des surfaces cultivables. Celles-ci se situent en plaine, le
long des cours d’eau. Il ne reste pour les petits paysans que les terrains
les plus escarpés. Sans beaucoup d’eau qui plus est.
Déboiser pour survivre
Cette situation ne tardera pas à pousser les petits paysans à l’ultime
recours pour pouvoir survivre: couper les arbres et en faire du charbon qui
sera acheminé par camions entiers vers Port-au-Prince, la capitale, où il
sera vendu par morceau pour la cuisine. Les arbres coupés, il ne restait
plus rien à vendre. D’ou l’exode rural qui a un jour poussé les paysans à
suivre la route du charbon: les bidoonvilles grossirent d’une masse d’infortunés, qui à leur tour nécessitèrent du charbon... Le cercle vicieux en
quelque sorte.
Aujourd’hui, il ne reste plus guère que 2% de la couverture végétale
qu’aurait pu observer un explorateur débarqué dans l’ìle il y a quelques
siècles. Dans la région la plus pauvre, appelée "Far-Ouest, les plus démunis en sont réduits à arracher jusqu’aux racines des arbres.
Mauvaise gestion de l’eau
Autres raisons pour expliquer la malnutrition: la mauvaise gestion de
l’eau. Avec la disparition des forêts, les pluies, bien que raréfiées sous
l’effet du déboisement, entraînent des coulées de terre et de roche, une
sédimentation qui vient abîmer les lits des rivières et les barrages. Le
tout causant des ravages aux cultures et finit par enliser le littoral.
"Nos montagnes montrent leurs os", disent les Haïtiens. L’absence d’un véritable système d’irrigation et de canalisation constitue la pierre d’achoppement d’une agriculture, qui pourtant offre un potentiel certain.
L’élevage comme alternative
Pour tenter de remédier à cette situation, Caritas Haïti, avec d’autres
organismes, mène plusieurs projets agricoles. Dans le sud de l’île, un programme de repeuplement porcin a été mis sur pied. Le porc créole, qui avait
été décimé par la peste de 1982, constitue en effet une alternative poour
l’agriculture: c’est "la banque du Haïtien", commentent les paysans. La Caritas diocésaine de Léon s’occupe de la reproduction et vend à bas prix des
porcs créoles à des groupes de paysans après des cours de formation à
l’élevage.