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    docteur honoris causa de la K.U.L. :

    Louvain : Mgr Hurley (Afrique du Sud) (040288)

    "l’apartheid est une politique de paiens"

    Louvain, 4 février 1988 (APIC/CIP) Le 2 février, lors de la fête patronale

    de l’Université catholique de Louvain (K.U.L.), Mgr Denis Eugène Hurley,

    archevêque de Durban en Afrique du Sud, a été promu docteur honoris causa

    de cette Université.

    C’est Mgr Hurley qui a prononcé l’homélie lors de l’eucharistie qui a

    précédé la cérémonie académique et qui était présidée par le cardinal Danneels. L’archevêque sud-africain y a repris à son compte les paroles prophétiques du vieillard Siméon à l’occasion de la Présentation de Jésus au

    Temple : "Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous

    les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes". Et de poursuivre

    : "L’Eglise partage la même mission que celle de Jésus : évangéliser et humaniser le monde d’aujourd’hui."

    Défenseur des Droits de l’Homme

    Mgr Hurley a été promu docteur honoris causa de la K.U.L. en même temps

    que trois autres personnalités : André Leysen, patron d’Agfa-Gevaert; Auguste Vanistendael, figure du mouvement ouvrier chrétien et ministre

    d’Etat; enfin un professeur suisse, K. Alex Mueller, prix nobel de physique

    pour ses recherches sur la céramique.

    Le recteur de la K.U.L., Roger Dillemans, a salué en Mgr Hurley "un

    évêque qui élève la voix pour exiger la justice dans un monde de sécheresse

    et d’injustice". Puis le professeur Lam Brecht, de la Faculté de Théologie

    de la K.U.L., a déclaré que celle-ci, en honorant l’archevêque de Durban,

    entendait "témoigner publiquement du soutien moral qu’elle accorde aux

    Noirs, aux Métis, aux Indiens et à des Blancs de plus en plus nombreux qui

    s’engagent sur place contre l’apartheid et pour une révolution non violente".

    Mgr Hurley est né en 1915 au Cap. Ses parents étaient Irlandais d’origine et son père était gardien du phare du Cap. En 1932, Dennis Hurley entra

    dans la congrégation religieuse des Oblats. En 1939, il fut ordonné prêtre

    à Rome, ou il avait fait ses études de philosophie et de théologie. C’est

    en 1947, à l’âge de 31 ans, que Mgr Hurley fut ordonné évêque (le plus jeune du monde, à l’époque). En 1951, il fut nommé archevêque de Durban. Une

    dizaine d’années plus tard, lors du Concile Vatican II, Mgr Hurley allait

    prendre une part active aux discussions sur les rapports entre l’Eglise et

    le monde, l’apostolat des laïcs, la formation des prêtres, la promotion de

    la justice et de la paix.

    Mgr Hurley est resté un grand admirateur de Teilhard de Chardin, ainsi

    que des grands théologiens Karl Rahner, Marie-Dominique Chenu, Yves Congar.

    Il a également tiré profit de la méthode du cardinal Cardijn, le fondateur

    de la Jeunesse Ouvriere Chrétienne (JOC): voir, juger, agir.

    Jusqu’en janvier 1987, Mgr Hurley était président de la Conférence des

    évêques catholiques d’Afrique australe. Il reste aujourd’hui président de

    la Commission épiscopale "Justice et Paix" : une responsabilité qui lui a

    déjà valu pas mal de différends avec le régime de Prétoria. En 1983, notamment, il avait eu le courage de dénoncer le Koevoet sud-africain pour deux

    meurtres commis en Namibie ce qui lui valut d’être traduit en justice...jusqu’au début de l’annee 1987, ou les accusations portées contre lui

    furent purement et simplement déclarées nulles.

    Comment extirper l’apartheid ?

    Le jour même de sa promotion académique à Louvain, Mgr Hurley a donné

    une conférence de presse dans cette ville, ou il a expliqué qu’une visite

    du pape en Afrique du Sud ne serait pas opportune. "Le pape est très bien

    informé de la situation en Afrique du Sud, a-t-il précisé. Et il appuie

    pleinement l’attitude de l’épiscopat sud-africain, comme l’a encore montré

    la dernière visite quinquennale que nous avons effectuée à Rome."

    Comment voit-il la situation actuelle dans son pays? Extirper

    l’apartheid, est-ce possible? "Nous acceptons que l’A.N.C., le Congrès National Africain, et l’U.D.F., le Front démocratique uni, forment les mouvements de libération les plus importants, répond Mgr Hurley. Nous acceptons

    que l’A.N.C. se sente obligé de prendre les armes. La situation injuste en

    Afrique du Sud justifie une révolution. Ceci correspond à la théologie morale catholique au sujet de la "guerre juste" et de la "révolution juste".

    Peut-être peut-on considérer qu’une lutte armée n’a, à brève échéance, dans

    les circonstances données, aucune chance de réussir. La révolution violente

    peut avorter, étant donné la puissance croissante de l’armée et des services de sécurité, dont même le parlement semble perdre le contrôle."

    L’archevêque de Durban a également formulé des critiques acerbes à

    l’égard des réformes très marginales que le régime de Prétoria a certes

    réalisées, mais qui laissent intacts les piliers du système d’apartheid.

    "Aussi longtemps que des lois agraires réserveront aux Blancs 87 o/o des

    terres du pays, aussi longtemps que la législation sur l’enseignement équivaudra à une éducation de moindre qualité pour les Noirs, les Noirs resteront, en vertu de la Constitution, dépossédés de tous leurs droits politiques et civiques", observe l’archevêque sud-africain.

    Le rôle des Eglises

    Le 3 février, Mgr Hurley a prononcé au collège Marie-Thérèse de Louvain

    deux conférences sur le rôle et la responsabilité des Eglises en Afrique du

    Sud. Les auditeurs de l’archevêque, étudiants et professeurs, européens,

    mais aussi africains et asiatiques, lui ont réservé une longue ovation. A

    quoi Mgr Hurley a répondu avec son sens habituel de l’humour : "Quand on

    applaudit un discours, on fait un acte de foi, d’espérance et de charité."

    Les Eglises en Afrique du Sud jouent un "rôle-clef" en vue du démantèlement de l’apartheid, estime Mgr Hurley. Et elles peuvent justement jouer ce

    rôle en se mettant pleinement au service de l’évangélisation.

    On observe, en effet, que pas mal de croyants sud-africains finissent

    par se heurter à la mentalité rigide et "païenne" qui règne jusque dans

    leurs propres rangs. L’expérience vécue par de nombreux Blancs Afrikaners

    est révélatrice à cet égard. Pour ces Blancs, raconte Mgr Hurley,

    l’apartheid continue d’aller de soi et reste un mode de vie "chrétien". Ils

    trouvent donc normal de préserver leur identité éthnico-religieuse en dominant les Noirs et en leur refusant le partage du pouvoir.

    Or, précisément, une brêche a été introduite dans ce système rigide. En

    1986, un pas important a en effet été accompli par le Synode de la Nederduits Gereformeerde Kerk, l’Eglise protestante qui regroupe la majorité des

    Afrikaners. Cette Eglise a enfin jugé que l’apartheid n’était pas conciliable avec l’Evangile. Résultat : quantité de fidèles Afrikaners ont

    quitté cette Eglise pour reconstituer entre eux une nouvelle communauté

    ecclésiale.

    L’Eglise catholique, de son côté, rassemble aujourd’hui quelque trois

    millions de membres, pour les trois quarts d’entre eux, des Noirs. Les

    catholiques ne représentent cependant que 10o/o de la population sud-africaine. Et le problème numéro un pour les responsables d’Eglise est d’assurer l’intercommunication entre la base et le sommet de l’Eglise : sinon,

    comment promouvoir la justice et la paix ?

    Mgr Hurley est en tout cas convaincu que l’évangélisation passe par la

    communication, le dialogue, les efforts éducatifs. Voilà pourquoi, en janvier 1989, l’épiscopat sud-africain lancera un vaste plan pastoral, à

    mettre en oeuvre à travers une concertation effective dans les paroisses et

    les communautés ecclésiales de base. Thème de ce plan pastoral: "L’Eglise,

    communauté au service de l’humanité". Service ? "De la part de l’Eglise,

    précise l’archevêque de Durban, cela comprend tout ce qu’on met sous le

    terme évangélisation : proclamation de la parole, catéchèse, éducation,

    prière, culte, paroles de compassion, souci de la famille, engagement pour

    le développement, la justice et la paix - tout cela - et vous savez, je

    pense, ce que signifient la justice et la paix dans notre pays."

    Et les sanctions économiques ?

    Constatant la ténacité du régime d’apartheid, Mgr Hurley se dit partisan

    d’une révolution non violente. Car, dit-il, autant la violence structurelle

    qui règne dans le pays pourrait justifier des actions violentes, autant ces

    actions entraîneraient de nouvelles violences, et l’on ne verrait jamais la

    paix.

    Quant aux sanctions économiques prises contre son pays, Mgr Hurley continue de les trouver "défendables", mais se pose de plus en plus de questions : "Jusqu’à présent, ces sanctions ont surtout fait sentir leurs effets sur le monde des affaires. Sur le plan politique, elles ont plutôt

    produit l’effet inverse: les Blancs cherchent davantage leur salut auprès

    de l’extrème-droite."

    Mgr Hurley n’ignore pas que l’archevêque anglican Desmond Tutu plaide,

    lui, pour des sanctions radicales, de manière à mettre le régime

    d’aparthied "à genoux" . Mais à Durban, l’archevêque reste prudent dans ses

    appréciations des sanctions . Même à propos des sanctions économiques

    "sélectives", telles que les préconisent les évêques catholiques sud-africains, des questions restent posées: "les Noirs sud-africains, dit Mgr Hurley, craignent que ces sanctions aient des conséquences négatives sur leur

    emploi. L’un d’eux m’a dit : pour vous, les évêques, c’est facile de parler. Vous avez du boulot. Et vous le garderez. Mais nous, qu’est-ce qui va

    nous arriver ?" (apic/cip/bd)

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