Louvain: le théologien Philippe Weber souligne
Louvain-la-Neuve, 11juin(APIC) Le phénomène des sectes et des nouveaux
mouvements religieux est devenu une préoccupation dans l’Eglise. Mais de
quoi y-a-t-il lieu de se préoccuper? Est-ce pour mieux se défendre? Est-ce
pour contre-attaquer? Le théologien Philippe Weber souligne à partir des
recommandations du magistère quelques défis à relever dans la sérénité.
Après la parution d’un premier document sur le sujet, les cardinaux romains y ont consacré toute une assemblée en 1991. A partir de ces textes
Philippe Weber, professeur au Centre d’Etudes théologiques et pastorales de
Bruxelles ainsi qu’à la Faculté de théologie de Louvain souligne les défis
à évaluer et appelle à une révision du comportement des chrétiens à commencer par les pasteurs et les théologiens.
Quatre défis sont mis en exergue par le théologien belge. Le premier
concerne la foi elle-même. Certains nouveaux mouvements religieux proposent
en effet le salut par le savoir (parfois limité aux initiés), d’autres misent sur l’irrationnel voire l’illuminisme. Faut-il dans l’Eglise par réaction accentuer les mêmes aspects ou faut-il mettre en exergue les différences? Pour le théologien, il convient plutôt de retrouver l’équilibre de la
foi chrétienne, avec sa composante émotionnelle et son besoin de raison.
Les nouveaux mouvements religieux témoignent souvent d’une fascination
immédiate de l’Absolu. Sans exclure dans le contexte chrétien la possibilité d’une jouissance immédiate du divin, parfois en dehors des relais institués, Philippe Weber invite à redécouvrir le sens de la médiation. La rencontre de l’Autre s’accomplit à travers la marche de l’histoire, le parcours de la Bible et l’humble relais des ministres.
La théologie doit aussi s’interroger devant les phénomènes religieux
nouveaux. Les difficultés et les failles rencontrées dans les communautés
chrétiennes sont-elles dues aux seules "lacunes du praticien" et jamais aux
"insuffisances du penseur"?
Enfin, "le tout, tout de suite et par moi-même" qui résonne dans beaucoup de mouvements religieux, comme dans la société de consommation occidentale, interpelle l’Eglise sur la question du salut de Dieu. Le chrétien
ne saurait témoigner de sa foi en ignorant la nécessité d’un "accueil lucide d’un Dieu dont l’action sera toujours par quelque côté gratuite, excessive et irréductible aux efforts humains".
La provocation des sectes doit plutôt être saisie comme une chance pour
l’Eglise, conclut Philippe Weber en rappelant, selon la parabole, qu’en
s’attachant à déraciner l’ivraie on risque aussi d’abimer le bon grain.
(apic/cip/mp)