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    sous le regard d’un historien des mentalités

    Louvain-la-Neuve : les images de piété (250288)

    Louvain-la-Neuve, 25février(APIC/CIP) Jean Pirotte a présenté, le 24

    février, à la Faculté de philosophie et lettres de l’Université catholique

    de Louvain-la-Neuve, un travail monumental de recherche portant sur les

    petites images de piété dans la région de Namur entre 1840 et 1965.

    Le travail de Jean Pirotte s’inscrit dans une tendance actuelle en sciences historiques : chercher à mieux connaître les mentalités présentes dans

    l’ensemble de la population. L’intéret que porte Jean Pirotte à l’histoire

    du catholicisme et à la culture populaire a donc trouvé, dans les images de

    piété répandues dans une des régions de Wallonie, un champ tout naturel de

    recherche.

    L’image de piété a joué un très grand rôle dans l’éducation à la foi des

    milieux populaires. Surtout à une époque ou magazines, cinéma, affiches,

    télévision n’avaient pas encore occupé le terrain. Les images de piété,

    simples ou ornementées, qui gonflaient volontiers les livres de dévotion et

    les missels des fidèles, avaient un format restreint et étaient proposées

    aux acquéreurs à un prix modique. En outre, ces objets à manipuler, à voir

    et à collectionner, avaient toujours un rapport avec des événements importants de la vie des croyants : communion solennelle, décès, ordination,

    etc. Elles ont donc, pour ces raisons, pénétré partout et ont véhiculé toute une vision du monde et des réalités de la foi.

    Pour comprendre le rôle des images de piété, Jean Pirotte a recueilli

    plus de 10.000 images, dont il en a retenu 2.000 pour les soumettre à une

    analyse aussi serrée et aussi précise que s’il s’agissait de tableaux de

    maitres. Il s’est spécialement attaché à l’analyse des moyens de séduction

    de ces images : l’esthétique, la rhétorique et le pathos. Images des vivants, des morts, et de Dieu.

    Le patient travail de décodage accompli par l’historien lui a permis de

    dégager trois volets principaux quant à la sensibilité du peuple chrétien

    se reflétant dans les images. Les documents analysés sont, en effet, autant

    de témoignages sur la manière dont les chrétiens se représentaient le monde

    des vivants, le monde des morts, et le monde de Dieu et des "Protecteurs

    célestes", pour reprendre la triple classification de Jean Pirotte.

    Tout d’abord, le monde des vivants. Jusqu’au milieu du XXème siècle, ce

    monde apparaît dans les images comme unifié dans une certitude tranquille.

    Il est peu traversé par les difficultés concrètes de la vie. Toutefois,

    dans l’Eglise, le rôle du peuple chrétien et non seulement de la hiérarchie

    commence à poindre vers 1930. Dix ans plus tard, on passe insensiblement

    d’un monde à fuir à un monde qu’il convient d’assumer.

    Le monde des morts est aussi très présent dans l’imagerie religieuse populaire. Au XIXème siècle, la mort est présentée comme préparée par toute

    la vie. On la voit sous deux faces : la douleur de l’arrachement et la consolation dans la patrie céleste. Progressivement, l’évocation de la mort

    s’estompera, pour faire place au rappel des faits et gestes du disparu.

    La place faite, dans les images de piété, au monde de Dieu et des protecteurs célestes montre que la dévotion populaire ne s’est pas perdue dans

    l’accessoire. Elle était même prioritairement centrée sur le Christ, Marie

    occupant la seconde place et les saints ayant encore un rôle plus effacé.

    Au XXème siècle, le rôle du chrétien apparaît, et l’on verra qu’il lui est

    possible de hâter l’avènement du triomphe du Sacré-Coeur.

    Filles de leur temps

    En conclusion, Jean Pirotte devait souligner que les images de piété

    sont bien filles de leur temps. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont

    nécessairement à la traîne. Plus d’une fois, elles ont devancé des idées

    officielles. Ainsi, dès 1950, les images populaires de dévotion montrent un

    nouveau visage de l’Eglise et font état d’un malaise et d’une recherche qui

    ne feront leur apparition que plus tard dans les manuels catéchétiques. En

    revanche, dans d’autres secteurs, comme par exemple les souvenirs de communion solennelle, les images offrent une réelle résistance aux innovations.

    La thèse défendue par Jean Pirotte est intitulée "Images des vivants et

    des morts. La vision du monde propagée par l’imagerie de dévotion dans le

    Namurois. 1840-1965". Elle est publiée dans la collection " Recueil de travaux d’histoire et de philologie" de l’Université catholique de Louvain,

    Louvain-la-Neuve. (apic/bo/be)

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