Louvain-la-Neuve : les enjeux actuels de la (301088)
Une analyse du sociologue chilien Christian Parker
Louvain-la-Neuve, 30octobre(APIC/CIP) Le sociologue chilien Christian
Parker, spécialiste des rapports entre Religion et Société, a présenté dans
le cadre du séminaire de philosophie sur l’Amérique latine de l’Université
catholique de Louvain-la-Neuve une analyse des enjeux actuels de la Louvain-la-Neuve : les enjeux actuels de la (301088). C’est sur la base de ses recherches, menées au sein de l’Académie d’Humanisme Chrétien à Santiago, que le
scientifique chilien a démontré l’originalité de la démarche latino-américaine.
Depuis ses origines au début des années soixante, la théologie de la
libération en Amérique latine a privilégié la réflexion inductive, à partir
des réalités vécues, au lieu de partir d’une doctrine abstraite et déjà
élaborée, mais forcément distante des réalités concrètes. La démarche
inductive, cependant, insiste le chercheur chilien, n’empêche pas que la
théologie de la libération soit une véritable théologie : ses théologiens
entendent proposer une réflexion systématique et la plus rigoureuse
possible sur l’expérience des communautés chrétiennes. Ces communautés
expriment leur foi en Dieu à travers leur vie quotidienne, et spécialement
les problèmes de l’oppression des pauvres et des atteintes à la dignité des
personnes. C’est à partir de là que les théologiens de la libération se
sont mis à repenser les différents aspects de l’expérience ecclésiale
abordés dans la théologie traditionnelle.
Des théologiens du changement dans l’histoire
La comparaison entre les théologies européennes et la théologie de la
libération en Amérique latine est assez révélatrice de l’originalité, mais
aussi de la fécondité de cette approche latino-américaine. C. Parker relève
surtout cinq points de comparaison.
En général, la théologie du Premier Monde est plus abstraite et s’intéresse à "l’essence des choses", tandis que la théologie de la libération
s’élabore clairement à l’horizon de l’histoire concrète, et spécialement de
l’histoire de la libération des peuples du Tiers-Monde.
Les théologiens du Premier Monde prétendent souvent à l’universalité de
leur discours et à l’expression de valeurs éternelles. Les théologiens de
la libération interprètent l’ensemble de ce que propose le christianisme à
la lumière d’une optique particulière. La théologie occidentale a pour interlocuteur privilégié l’homme cultivé, les élites, les scientifiques et
les académiciens. La théologie de la libération se nourrit de la réflexion
des pauvres et des misérables, des analphabètes et s’inscrit dans une
perspective de lutte avec eux pour leur libération.
La théologie occidentale s’appuie sur une longue tradition intellectualiste et attache une importance prépondérante à la rigueur. Dans la théologie de la libération, la pratique libératrice est fondamentale et la réflexion à partir de cette pratique, du moins pour les premières années, a parfois manqué de rigueur.
Six questions nouvelles
En vingt ans, la Louvain-la-Neuve : les enjeux actuels de la (301088) a ellemême évolué parallèlement aux réalités du sous-continent. De nouveaux problèmes sont aujourd’hui au coeur du débat. C. Parker en relève six, qui
comportent chaque fois un enjeu pour l’Eglise et sa solidarité avec les
pauvres.
Jusqu’à ces dernières années, dans l’approche des rapports Nord-Sud, la
théorie de la dépendance a prévalu pour qualifier la situation en Amérique
latine : la dette extérieure à l’égard des puissances financières occidentales en est un exemple flagrant. Mais la dépendance n’est pas tout : il y
a de plus en plus, observent les sociologues, des espaces d’autonomie dans
le Tiers-Monde. Il faut donc tenir compte, comme insiste également le pape
Jean Paul II, des interdépendances.
Les outils intellectuels, notamment les modèles d’analyse, pour comprendre les réalités latino-américaines, ont aussi évolué. Le débat concerne également les catégories employées dans la doctrine sociale de l’Eglise.
La notion de "propriété privée", par exemple, peut recouvrir des réalités
très différentes pour hier et pour aujourd’hui. Il importe de mieux cerner
ce qu’on entend par "propriété".
Dans les années soixante, la théologie de la libération s’est surtout
élaborée en fonction des classes populaires et d’une élite politisée. Le
prolétariat avait une position-clef et les théologiens de la libération attachaient beaucoup d’importance aux cadres d’analyse de société et aux
stratégies socio-politiques. Aujourd’hui, dans une société de plus en plus
marquée par le néo-libéralisme, on observe un accroissement important du
nombre des marginaux, ainsi que la naissance de nouveaux mouvements sociaux.
Ces nouveaux mouvements, portés par de nouveaux acteurs sociaux, concernent la qualité de la vie, le logement, la place des femmes, les droits des
indigènes, l’écologie et la défense des droits de l’homme. Dès lors, les
acteurs de la libération ne peuvent être réduits au prolétariat : ils appartiennent à une variété de mouvements populaires, paysans, féministes,
écologistes, défenseurs des droits de l’homme, etc. Une des questions posées ici à l’Eglise est la suivante : comment se situe-t-elle par rapport à
ces nouveaux acteurs ?
Crise de la modernité et pluralisme culturel
Il y a désormais une crise de la modernité en Amérique latine, ainsi
qu’un pluralisme culturel. On voit émerger des cultures populaires et des
manifestations de religiosité populaire, ainsi que des questions proprement
ethniques. Comment penser l’identité culturelle latino-américaine, alors
que cette culture est métissée (indienne, noire, occidentale). Quelle sera
la libération des hommes et des femmes dans ce contexte? La pensée moderne
et occidentale n’est portée que par une petite partie de la société : la
grande masse est en quête d’une autre identité que celle proposée par l’Occident. La libération ne pourra, en tout cas, se faire que dans une optique
plurielle, et non dans une perspective monolithique.
Il y a une quinzaine d’années, l’analyse de la société chez les intellectuels latino-américains, y compris chez les théologiens, empruntait
beaucoup de ses outils à la pensée marxiste. Aujourd’hui, les mêmes intellectuels s’interrogent : que vaut le marxisme pour l’Amérique latine ? Sans
doute y a-t-il quelque chose à tirer des analyses marxistes pour une meilleure perception des phénomènes socio-économiques, mais le marxisme apparaît plus que jamais problématique pour comprendre les phénomènes culturels
et religieux. De plus, toute la réflexion faite aujourd’hui sur les droits
de l’homme révèle aussi des aspects nouveaux de la réalité sociale et politique. L’éthique est particulièrement interpellée par ces nouvelles perceptions : comment repenser une utopie de société qui soit mobilisatrice et
une démocratisation de la société dans ses différents domaines ? Et comment
élargir les espaces d’autonomie, d’abord face aux grands pouvoirs mondiaux?
Enfin, devait conclure Christian Parker, la théologie de la libération
est confrontée, au sein de l’Eglise, à un nouveau défi, que lui lancent les
critiques théoriques, institutionnelles et disciplinaires. L’Eglise actuelle connaît une "offensive restauratrice", affirme le sociologue chilien.
Une telle situation met la théologie de la libération au défi d’apporter
une contribution de qualité pour répondre à la question : "Que veut dire
’Eglise’ et que veut dire ’Eglise des pauvres’" ? (apic/bo/be)