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    Louvain-la-Neuve : colloque sur les nouvelles questions sociales (160688)

    Louvain-la-Neuve, 16juin(APIC/CIP) Les problèmes nationaux et

    internationaux du développement ont été au centre d’un colloque organisé du

    2 au 4 juin à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. Lors de ce

    colloque, les auditeurs ont pu se rendre compte que la doctrine sociale de

    l’Eglise était loin, en fait, d’inspirer des points de vue convergents. Les

    points de divergence ont notamment porté sur la question de la "neutralité"

    de l’économie, sur le lien entre la croissance industrielle et le

    développement, ainsi que sur la conception même de la solidarité entre les

    hommes et de leur libération.

    Quatre mois après la publication de l’encyclique "Sollicitudo rei socialis" que Jean Paul II a consacrée au développement, on ne pouvait entamer

    le colloque sans revenir sur l’enseignement de l’Eglise en la matière. Situant la dernière encyclique du pape dans le prolongement des encycliques

    sociales précédentes et des orientations déjà données par le Concile Vatican II en ce domaine, le Père Yves Calvez, du Centre de recherche et d’action sociale animé par les jésuites à Paris, rappelle surtout quelques insistances de Jean Paul II. "Le point de vue économique ne suffit pas,

    précise-t-il. Il ne suffit même pas à l’économie. Les obstacles au développement sont culturels, politiques, moraux. En outre, dans le mal-développement, il n’y a pas que de la malfaçon, mais du péché. D’autant plus que

    l’aventure du développement s’inscrit dans l’histoire du Christ."

    Michel Schooyans, théologien à l’Université de Louvain, enchaîne en

    valorisant encore le point de vue moral et théologique de Jean Paul II. Non

    seulement le pape met en cause les tendances impérialistes de l’Est comme

    de l’Ouest, mais il consteste la notion naïvement optimiste de "progrès". A

    la lumière de la grande tradition de l’Eglise, le seul développement digne

    de ce nom ne peut qu’être inégal et donc rencontrer l’offre de salut que

    Dieu fait aux hommes en Jésus-Christ.

    Des forces religieuses et sociales

    Quel peut être le poids d’un engagement chrétien dans le développement ?

    Le témoignage d’un syndicaliste français, P. Bornard, apporte une première

    réponse à cette question. Il cite notamment divers exemples de coopération

    syndicale qui s’est développée à travers le monde pour soutenir, face aux

    inégalités, un mouvement de solidarité, des programmes de développement et

    des aides directes. Mais, ajoute-t-il, les principes les plus généreux

    n’empêchent pas les militants syndicaux d’être exposés aux risques d’erreur

    comme aux risques de la répression.

    Patrick de Laubier, professeur à l’Université de Genève, élargit la

    question : quel est le rôle des religions dans le développement social ? Il

    constate aujourd’hui un renversement de l’échelle des valeurs. Alors que le

    pape place tout au sommet le religieux puis, dans l’ordre, le culturel, le

    politique, l’économique et le technique, c’est plutôt l’inverse qui domine

    actuellement. Dès lors, ne faut-il pas expliquer, en dernier ressort, le

    sous-développement social comme le surdéveloppement par "un phénomène mortel d’idolâtrie au niveau de sociétés entières" ? La religion devrait, dans

    ce cas, permettre à nouveau de "subordonner le temporel au spirituel". Le

    conférencier relève toutefois que la religion peut aussi freiner le développement, voire y introduire des "perversions". La question reste donc ouverte.

    Elle l’est beaucoup moins pour Manfred Spieker, professeur à

    l’Université allemande d’Osnabrück. Pour lui, la doctrine sociale de

    l’Eglise suppose des "processus de libération favorables au bien commun", à

    commencer par "les vertus civiles de la sagesse, de la justice, du courage

    et de la modération". C’est dans un tout autre sens que lui paraît aller la

    "théologie de la libération", qu’il accuse de "totalitarisme" tandis qu’il

    reproche aux "communautés de base" de partir en "croisade pour la

    libération des opprimés" en Amérique Latine. Il condamne donc la théologie

    de la libération car elle lui paraît empêcher "l’élaboration d’une éthique

    politique".

    Le néo-libéralisme en question

    Sans nier que le néo-libéralisme recouvre un ensemble de doctrines et de

    tendances assez disparates, Philippe Van Parijs s’interroge, en philosophe,

    sur la possibilité, dans un cadre "libéral", d’articuler liberté, égalité

    et efficience. Si l’objectif est de "donner à chacun une liberté réelle

    maximale", la conception libérale lui paraît insuffisante. Car la liberté

    n’est pas encore le bonheur. De plus, qu’en est-il de la solidarité

    communautaire, non seulement aujourd’hui, mais pour les générations

    futures? Le libéralisme ne réduit-il pas l’éthique à la "philosophie

    politique" ?

    Quant à Jacques Delcourt de l’Université de Louvain, il passe en revue

    les reproches

    adressés à l’enseignement social de l’Eglise par les "néolibéraux

    chrétiens". L’Eglise serait-elle injustement sévère envers le libéralisme ?

    Jacques Delcourt ne le croit pas, tant il observe les sérieuses limites de

    l’économie de marché. Non seulement le libéralisme délaisse la

    préoccupation des biens publics nécessaires à une collectivité et qui ne

    sauraient se commercialiser, mais en outre le marché ne crée pas l’égalité

    des chances. Loin de lutter contre le déséquilibre des forces, il apporte

    même des problèmes nouveaux, notamment en ce qui concerne les coûts sociaux

    du développement.

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