Louvain-la-Neuve, 2décembre(APIC/CIP) Au temps des cathédrales, on
peignait aussi et on sculptait des sujets religieux. L’art contemporain
est-il encore porteur de spiritualité ? La question a fait l’objet d’un
colloque le jeudi 1er décembre à Louvain-la-Neuve.
Art contemporain ? A vrai dire, "pour qui sait regarder, toutes choses
sont nouvelles", a observé l’abbé Gryson, doyen de la Faculté de Théologie,
en ouvrant les débats. Pour transporter des choses visibles "au ravissement
des invisibles", ajoute-t-il, "le véritable artiste sera toujours un
voyant, capable de percer la profondeur des choses, et un prophète, car la
vérité ne peu se communiquer sans l’éclat du beau".
Les formes et l’esprit
L’évolution des technologies et le renouveau liturgique ont pourtant
considérablement modifié le regard créateur des architectes. Comment bâtir
désormais des monuments qui "chantent" ? Entre les cathédrales du Moyen-Age
et les églises-maisons modernes, que de voies explorées, reconnaît Jean
Cosse. En moins d’un demi-siècle, de la chapelle de Ronchamp (Le Corbusier)
à l’Eglise de Louvain-la-Neuve (J.Cosse), les choix les plus divers ont été
faits : poétiques, fonctionnels, intimes, sophistiqués, liturgiques. Non
sans que "le souci de l’originalité détourne l’esprit et fausse les buts",
constate Jean Barthélémy.
Quelles seraient aujourd’hui les tâches prioritaires pour l’architecture
sacrée ? "Concevoir, dit Jean Cosse, des lieux empreints de mémoire et
renouer avec les valeurs du sacré spécifique aux églises chrétiennes."
"Retrouver, dit Jean Barthélémy, l’esprit qui se cache sous les formes, et
être ancré dans son temps pour se nourrir de valeurs qui le dépassent."
La liturgie n’a cependant pas besoin de l’art pour être elle-même, affirme le Père Jean-Yves Quellec, bénédictin de Clerlande (Ottignies). Car
la "beauté du salut" de Dieu est première et peut tout transfigurer. Que
l’art soit inspiré, comnme la liturgie, "vie devenue art". Que l’art soit
"non seulement expression de l’homme, mais impression du divin". Il peut
être audacieux, "s’il est traversé par un grand amour". Mais qu’il soit au
service, non des choses, mais des personnes et de leur communion.
L’âme et la matière
"Tout art digne de ce nom est religieux", disait Matisse. "A ma façon,
ajoutait le peintre français, j’ai toujours chanté la gloire de Dieu." A
l’opposé, Rouault peignait "Jésus sanglant", tout en regardant la peinture
comme un "moyen d’oublier la vie".
L’art, objectif ou subjectif ? Le conflit s’est résorbé dans l’art
abstrait, explique en historienne Dora Vallier. Et là, le culte de la forme
a pu pousser jusqu’au rejet de la spiritualité. "Il faut qu’il y ait dans
un tableau plus d’âme que d’intelligence", prétendait Poliakoff. Dubuffet
lui répond par la pure matérialité. Tapies dresse même "l’art contre
l’esthétique". Et l’on arrive au "non-art" affiché par Marcel Deschamps.
Et l’art dans l’église ? "Il faut d’abord que les chrétiens se réconcilient avec l’art comme tel, suggère Dora Vallier. Or nos artistes... sont
en plein boulversement!"
L’avenir n’est pourtant pas à la méfiance mutuelle entre l’art et la religion. Car il y a des connivences à redécouvrir. Le professeur Volp
(Mayence) remarque que l’art, comme la religion, refuse de confondre l’image et la réalité; tous deux doivent "faire confiance à la beauté" pour exprimer l’inexprimable. L’un et l’autre peuvent donc se servir mutuellement
d’avocat. A condition de renoncer à leurs prétentions totalitaires et de se
libérer des lois qui leur sont étrangères. (apic/cip/bd)