Louvain, 25novembre(APIC) A quelques jours du Synode des évêques sur
Kerkhofs, jésuite, sociologue de la religion et professeur émérite à
l’Université catholique de Louvain (KUL), a accordé une interview sur ses
attentes quant au Synode. Il parle des défis posés à l’Eglise par
l’unification de l’Europe, ds chances à saisir et des difficultés à
surmonter dans les quinze prochaines années.
"Il ne faut pas faire un mythe de l’unification de l’Europe", avertit
d’emblée Jan Kerkhofs. "Dans les faits, cela va prendre du temps. Il faudra
sans doute une dizaine d’année pour mettre au point et appliquer toute une
série de mesures sociales. Il faudra également du temps pour élaborer un
système européen de défense".
En attendant, l’unité de l’Europe sur le plan économique est
prioritaire, souligne le religieux jésuite. La chute du communisme ouvre
manifestement des possibilités nouvelles. Mais la réalité ne correspond pas
pour autant aux espoirs que l’on entrevoit. Le sociologue louvaniste se
dit, à cet égard, "modérément optimiste".
Trois défis
Selon le Père Kerkhofs, le premier défi posé par l’unification de
l’Europe concerne la disparité des ressources existant entre les diverses
régions européenne, tant à l’Est qu’à l’Ouest". Un deuxième défi, ne pas
"créer un vide" en Europe centrale. Troisième défi, favoriser la solidarité
de
l’Europe avec le Moyen Orient et l’Afrique noire. L’Asie, remarque le
jésuite, ne s’intéresse pratiquement pas à l’Afrique. L’Amérique n’y trouve
qu’un intérêt d’un point de vue géopolitique, notamment à cause de
l’Afrique du Sud. "Seule l’Europe s’intéresse à l’Afrique comme telle. Ce
que les Européens feront dans les prochaines années sera, par conséquent,
déterminant pour l’avenir de l’Afrique".
Jan Kerkhofs insiste sur l’urgence de ces trois défis: "Des solutions
doivent être trouvées dans les quinze prochaines années. Or ce ne sera
facile ni pour l’Europe ni pour l’Eglise. D’abord parce que les problèmes
posés ne peuvent se résoudre à l’échelle d’un diocèse ou d’une paroisse.
Ensuite parce que, même parmi les chrétiens, peu sont conscients des
responsabilités de l’Europe à l’égard d’autres régions du monde".
Sur le plan mondial, le sociologue louvaniste attend de l’Europe qu’elle
veille au dialogue sur les droits de l’homme et promeuve, en matière de
justice, l’attention aux aspects juridiques et éthiques. A cette fin, les
Européens doivent pouvoir compter sur l’appui des Eglises.
Un poumon plus malade que l’autre
Le paysage ecclésial en Europe "n’est guère plus homogène à l’Est qu’à
l’Ouest. Le poumon oriental de l’Europe me paraît plus malade que le poumon
occidental. A l’Est, à l’exception de la Pologne, le nombre de personnes
qui
se disent chrétiennes est très inférieur à celui qu’on ttrouve à l’Ouest et
l’attitude à l’égard de l’Eglise est plus souvent négative".
"En Union soviétique, les gens n’ont guère eu l’occasion d’apprendre à
porter des responsabilités. Ils ne sont donc pas préparés à agir de manière
autonome. Leur théologie est sous-développée. Ils ont à peine découvert les
orientations du Concile Vatican II. Le clergé a vielli, et l’on est pas
convaincu là-bas que la femme peut se voir confier des responsabilités dans
l’Eglise". C’est, pour le sociologue, le résultat de l’empire exercé par le
type d’homme, "Homo sovieticus", qui a été façonné par le comminisme en
Europe de l’Est.
"Les pesécutions et la répression exercée par les services secrets ont
créé tout un climat de méfiance jusque dans les Eglises. Ceci a
considérablement retardé le développement d’une opinion publique de la part
des chrétiens, ainsi que la création d’organes de concertation proprement
ecclésiaux. Le résultat est que nombreux sont les fidèles qui trouvent
l’Eglise trop cléricale".
S’ajoutent à tout cela les tensions entre les Eglises, en particulier
entre l’Eglise catholique très attachée, et l’Eglise orthodoxe russe, au
sein de laquelle les divergences sont également perceptibles.
Une plus grande collaboration
Etant données les divergences observées entre les Eglises d’Europe, il
serait illusoire de penser, affirme Jan Kerkhofs, que les chrétiens de
l’Ouest ont tout à apprendre à ceux de l’Ouest. Ils peuvent certainement,
par des témoignages concrets, apprendre les uns des autres comment vivre et
témoigner de l’Evangile dans une société sécularisée. Ils peuvent donc
s’enrichir mutuellement, en échangeant leurs expériences. "Mais
n’entretenons pas l’illusion que la Terre Sainte va soudain se transplanter
en Europe et donner une âme à ce continent. Cette âme, il nous faudra la
trouver nous-mêmes".