Lourdes: ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France (281092)
Lourdes, 28octobre(APIC) Décalage entre "la vitalité qui anime l’Eglise"
et "l’image que certains de nos contemporains s’en font", tel est le premier constat de Mgr Joseph Duval, président de la Conférence des évêques de
France, en ouverture mardi de l’Assemblée plénière des évêques de France, à
Lourdes. Les 126 évêques présents se pencheront sur deux dossiers: la famille - en prévision de l’année internationale de la famille - et l’oecuménisme. Cela en présence de représentants des Conférences épiscopales étrangères ainsi que d’autres invités, comme les supérieurs majeurs d’Instituts
religieux, d’observateurs non-catholiques, dont le pasteur Jacques Stewart
et Mgr Jérémie, exarque du patriarcat oecuménique de Constantinople.
Si l’on en juge par les seuls chiffres, l’Eglise n’apparaît plus comme
une force: joie pour les uns et regret pour les autres. Le tissu ecclésial
s’effrite: baisse de la pratique dominicale, du nombre des mariages et des
baptêmes. Il y a aussi les nouvelles pousses qui lèvent, "mais elles ne
peuvent prendre toute la place abandonnée par ceux qui ont pris de la distance et, peu à peu sont tombés dans l’indifférence", a constaté le président de la Conférence des évêques.
Un regard critique sur l’Eglise
Beaucoup aujourd’hui portent un regard très critique sur l’Eglise. Son
langage est mal compris et mal accepté. Si on tolère qu’elle ait une parole
en matière de foi, on n’accepte pas qu’elle entre dans la vie concrète. Aux
dires de Mgr Duval, les catholiques ne sont pas les derniers à faire ce
genre de critiques. Et de citer ce témoignage d’un missionnaire en congé:
"Je suis vraiment surpris d’entendre ici en France autant de critiques à
l’égard de l’Eglise." Cette critique vise tous les représentants de la
hiérarchie: le pape, les évêques, le Vatican. "Toute parole donnée par ce
que l’on appelle avec un certain mépris la hiérarchie, est ressentie comme
une parole agressive, inadaptée, quand ce n’est pas anti-évanglélique."
Tout en reconnaissant la valeur de la "critique et de l’autocritique salutaires inspirées par la passion apostolique", l’archevêque de Rouen a mis
en garde contre "une certaine complaisance dans la critique et le ressentiment". Il a également fustigé ceux qui "critiquent l’Eglise de France et
ses insititutions sous prétexte d’affirmer leur fidélité à Rome". "On ne
peut être solidaire du pape sans être solidaire des évêques, ni être solidaire des évêques d’une nation en prenant ses distances à l’égard de Rome",
a conclu Mgr Duval.
Les tentations de l’Eglise
Au long de son histoire, l’Eglise a toujours vécu les deux tentations:
s’adapter au monde au point de perdre sa spécificité ou rompre totalement
avec lui. "La première tentation lui suggère de "prendre acte des changements de moeurs face au mariage, au divorce, à la contraception, (...) et
de s’autoriser à résoudre le problème des ministères par l’ordination des
hommes mariés, voire des femmes". La deuxième l’incite à se retirer du monde, à le condamner, "dans l’attente d’un monde tout autre".
Mgr Duval a préconisé un examen attentif de la situation. Non dans le
but d’"adapter le message de l’Evangile à l’attente des personnes", mais
bien parce que "pour adresser la Parole de Dieu aux hommes de notre temps,
il faut faire un effort pour mieux connaître leurs attentes et leurs aspirations". A charge pour les catholiques en particulier et les chrétiens en
général de reconnaître leur part de responsabilité dans cette méfiance et
cette distance par rapport à l’Eglise.
Si la critique peut être utile, il en va autrement du dénigrement.
"Avoir un peu de délicatesse à l’égard de son Eglise, n’a rien à voir avec
un calcul hypocrite et servile", a affirmé avec force le président de la
Conférence des évêques.
L’évangélisation au service des hommes
Réduite en nombre, l’Eglise n’en garde pas moins une vitalité certaine,
ainsi qu’en témoignent les nombreux synodes diocésains. Sa force ne vient
pas du nombre de ses membres, mais de "la présence en elle du Christ ressuscité". C’est Lui qu’elle doit annoncer au monde en pleine mutation.
Evangélisation et solidarité vont de pair. Solidarité avec l’homme de la
conception à la mort, solidarité avec les victimes de la guerre, de la famine, de la violence, des crises économiques ou politiques. A ce propos,
Mgr Duval a mis en garde contre "la tentation d’un faux spiritualisme qui
nous arracherait au service de l’homme et des hommes". (apic/ecl/mp)