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    Le référendum sur la Nouvelle-Calédonie : une question de solidarité

    Lourdes : interview de Mgr Aubry, évêque de l’Ile de La Réunion (281088)

    Lourdes, 28octobre(APIC/Marie-Jo Hazard) Réunis à Lourdes en Assemblée

    plenière, les évêques français ont longuement évoqué la question de la

    solidarité : ils doivent aboutir à une véritable "charte de la solidarité".

    C’est dans ce contexte que Mgr Gilbert Aubry, évêque de l’Ile de La

    Réunion, dans l’Océan indien, a situé le problème de la Nouvelle-Calédonie,

    ce lointain territoire français d’outre-mer (TOM), dont l’avenir sera

    soumis à référendum le 6 novembre prochain.

    Originaire de La Réunion, département français d’outre-mer (DOM), Mgr

    Aubry est membre de la Conférence épiscopale française. Il est membre également du CEDOI (Conférence épiscopale de l’Océan Indien) qui regroupe les

    évêques de l’Ile Maurice et de l’Ile Rodrigue (indépendantes), de La Réunion (DOM), des Seychelles (également indépendantes) et des Comores (dont

    une île, Mayotte, est aussi DOM), soit un total de quelques 2,1 millions

    d’habitants, Madagascar constituant à elle seule, avec 18 évêques, une conférence épiscopale.

    L’agence APIC a interrogé Mgr Aubry sur le sens de son intervention devant les évêques de France.

    APIC : Vous avez situé votre intervention sur la Nouvelle-Calédonie et le

    référendum du 6 novembre dans le cadre du débat sur la solidarité. Peut-on

    dire que, au nom de la solidarité, vous appelez les chrétiens à voter, lors

    de ce référendum, et même à approuver la question portant sur un processus

    qui devrait conduire les Calédoniens à décider de l’avenir de leur territoire dans 10 ans ?

    Mgr Aubry : En fait, mon intervention avait une double signification : il

    s’agissait d’abord d’inviter les évêques, les diocèses et tous les Français

    à participer à ce référendum. Certes, les Français sont libres de se

    prononcer selon leur conscience. Mais ils doivent se déterminer en fonction

    de la Nouvelle-Calédonie, et non des luttes politiciennes de l’Hexagone.

    Il faut bien voir la signification de la poignée de main échangée entre

    Jean-Marie Tchibaou et Jacques Lafleur : quelque chose a changé. Les ennemis d’hier sont devenus des partenaires civiques tout en restant des adversaires politiques. Ils se sont mis d’accord pour un processus qui les conduira à se prononcer dans dix ans. Le référendum est une garantie pour ces

    dix ans, même s’il y a un changement de gouvernement.

    APIC : Dans votre intervention, vous avez affirmé que toute utilisation politicienne de ce référendum était "lamentable ... et à la limite criminelle".

    Mgr Aubry : Je pense aux nombreux morts d’Ouvéa. De pareilles violences

    peuvent recommencer, et notre attitude face au référendum peut contribuer à

    les déclancher.

    APIC : La situation actuelle de la Nouvelle-Calédonie est-elle

    généralisable à l’ensemble des territoires et départements d’outre-mer ?

    Mgr Aubry : Il faut voir plus loin que la Nouvelle-Calédonie, tout en considérant que cette appellation de territoires et départements d’outre-mer

    ne sert qu’à regrouper des pays qui sont hors de France, mais dont les situations respectives sont totalement différentes les unes des autres. Il

    est donc essentiel que l’opinion publique métropolitaine soit à l’écoute de

    ce qui se passe dans chacun de ces pays. Il est essentiel de considérer les

    populations d’outre-mer en elles-mêmes.

    Il y a déjà eu des violences dans certains de ces pays - en Guadeloupe,

    à la Martinique, à La Réunion. La situation est fragile, dépendante de la

    situation française, de l’environnement immédiat de chaque pays et des

    grandes questions internationales. La perspective européenne de 1992 aura

    des répercussions... C’est tout cela à quoi il importe d’être attentif.

    APIC : A ce propos, vous avez souhaité que se mettent en place une

    "dynamique de conscientisation". Qu’entendez-vous par là ?

    Mgr Aubry : De façon générale, les grands médias sont influencés par des

    intérêts politiciens ou des puissances financières, d’un point de vue

    français ou européen.

    Un relais établi par des Eglises portant attention aux situations humaines de ces pays permettrait de faire passer, de manière efficace, des informations venant directement des pays d’outre-mer. Il deviendrait ainsi

    possible de faire valoir des situations réelles auprès des pouvoirs publics

    et des grands réseaux médiatiques.

    APIC : Comment les chrétiens peuvent-ils se situer vis-à-vis des questions

    de l’outre-mer ?

    Mgr Aubry : D’abord, comme je viens de le dire, en étant informés et en

    faisant circuler l’information. Par ailleurs, sur certaines opérations, des

    groupes peuvent se constituer, soit pour agir localement, par exemple visà-vis de leurs députés, soit pour aider au financement d’opérations

    d’outre-mer. (apic/mjh/bd)

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