Les mosaïques ornant les deux portes d’entrée latérales de la basilique Notre-Dame du Rosaire, à Lourdes, œuvre emblématique du prêtre jésuite slovène Marko Rupnik – accusé de violences sexuelles sur une vingtaine de femmes – ont été masquées le 31 mars 2025.
De grands panneaux jaunes, sobrement estampillés de croix et de la mention "Avec Marie, Pèlerins d’espérance 2025" en référence à l’Année sainte, accueillent désormais visiteurs et pèlerins venus à Lourdes.
«Pour les victimes – pas uniquement celles de Marko Rupnik, mais aussi beaucoup plus largement –, c’est un geste symbolique fort. Cela devenait impossible, pour elles, de venir à Lourdes, de passer sous cette “Porte de la Vie”, devant laquelle tous les groupes de pèlerinages diocésains se prennent en photo», a réagi pour le journal La Croix Brigitte Navail, membre d’un collectif de victimes.
Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, avait nommé une commission chargée de réfléchir au devenir de ces mosaïques. Il estime, dans un communiqué publié le 31 mars, qu’un «nouveau pas symbolique devait être fait pour que l’entrée dans la basilique soit facilitée pour toutes les personnes qui aujourd’hui ne peuvent en franchir le seuil». Avant d’indiquer encore que les mosaïques ornant les deux grandes portes centrales seraient, elles aussi occultées dans les prochains jours.
Ce geste est de surcroît justifié par l’Année jubilaire, poursuit Mgr Micas. Le sanctuaire de Lourdes est en effet une des lieux du diocèse pour recevoir l’indulgence plénière. Le passage des portes d’entrée de la basilique se devait d’être à la hauteur symbolique du moment.
“Cancel culture”?
Ce recouvrement est une nouvelle étape qui s’inscrit dans une réflexion entamée il y a près de deux ans au sein d’une commission mise en place pour réfléchir à l’avenir des œuvres de Rupnik sur la basilique du Rosaire. Au sein de cette structure composée de clercs, de spécialistes d’art sacré ou de victimes, les avis étaient cependant divergeants.
«Pour les uns, enlever les mosaïques n’apporterait rien, car le traumatisme des victimes ne pourrait jamais être guéri par la destruction de tout ce qui rappelle leurs agressions, expliquait l’évêque dans La Croix en juillet 2024. (…) Un autre argument consiste à dire – je l’ai beaucoup entendu – qu’il faut séparer l’homme de l’artiste, qu’il ne faut pas sanctionner l’œuvre pour son auteur et que si l’on devait effacer toutes les productions d’artistes dont les vies n’ont pas été droites, cela serait céder à la spirale de la “cancel culture” à la mode.» (cath.ch/cx/mp)